16/10/26

Ballotage.

Illustration de deux portraits côte à côte sur fond brésilien

L’ascension de l’extrême droite dans les démocraties de l’Amérique du Sud se poursuit.

Au Brésil, au 2e tour des élections à la présidence de la République deux candidats : d’un côté, le social-démocrate Lula da Silva, 80 ans, réélu pour la 3ème fois en 2022 à la présidence ; sans majorité au Congrès, il a perdu de son crédit dans d’inévitables négociations politiques et des décisions erratiques. De l’autre, Flavio Bolsonaro, 45 ans, sénateur, fils de l’ex-président d’extrême droite Jair Bolsonaro, condamné en 2025 à 27 ans de prison pour tentative de coup d’État en 2022 après son échec à la réélection face à Lula. Flavio est élu sénateur à l’élection de son père en 2019 : articulateur séducteur.

À la surprise générale, Flavio devance Lula de 2% au premier tour ; on attendait l’inverse. Comme son père, il défend les intérêts économiques du capital : libéralisme « trumpiste », classisme, discrimination ; contre la pauvreté, la méritocratie, la loi du plus fort ; les institutions sont des entraves à la liberté d’entreprendre, de penser, de s’exprimer.

Le deuxième tour prend une courbe dramatique : Flavio, après le premier tour, a déjà à sa botte le Sénat où son parti et ses alliés détiennent 63% des sénateurs, majorité qualifiée pour modifier la Constitution, et 56% des députés de la chambre basse pour toutes les manœuvres du quotidien ; président il détiendrait l’exécutif et, pendant son mandat, il nommerait 4 des 11 ministres de la Cour suprême (STF), où ses alliés passeront de 2 à 6. Un pouvoir quasi absolu.

L’élection de Lula pourrait freiner la vague brune au Sénat et à la Chambre des députés dans un exercice de négociation permanent dont il a l’habitude : un frein aussi à son action au gouvernement, mais qui éviterait la prise de pouvoir du STF par l’extrême droite et un Congrès acquis au totalitarisme.

Le quatrième mandat de l’ancien syndicaliste serait aussi peu reluisant que le troisième, mais serait, pour la jeune démocratie du Brésil (1988), un moindre mal face à l’institutionnalisation démocratique d’un régime d’extrême droite de la famille Bolsonaro.  

#democratie #totalitarisme

09/10/26

Violence.

Cher Ami,

Des études le montrent, l’évidence aussi : la société humaine actuelle est violente.
 
De 1 à 2 % de la population mondiale a un cadre de vie satisfaisant : à sa tête une minorité extrême vit dans une absurde démesure. 98 % de la population mondiale vit dans des conditions insatisfaisantes et précaires, voire dénuées du minimum vital : une inégalité intolérable !

Les principales autorités politico-médiatiques -Trump, Poutine, Xi – et leurs oligarques écrasent de mépris l’humanité et son affliction des problèmes du quotidien ; ils imposent la terreur et la guerre pour maintenir leurs intérêts et ceux des États qu’ils dirigent. Leurs mensonges et leur iniquité sont une offense morale.

Le sentiment de plus en plus partagé que notre civilisation vit au-dessus des moyens que la planète peut lui offrir s’accentue ; les conséquences que chacun peut appréhender, l’effet boule de neige dont la vitesse et le dénouement final sont imprévisibles, génèrent une inquiétude refoulée, réelle, croissante. L’environnement et l’IA sont des sujets mal élaborés ou même dégagés en touche qui inquiètent. 

Pour les plus démunis, le manque de perspective explique la révolte et l’alternative à la marge de notre société ; médiatisé, le crime organisé croît dans l’économie mondiale comme les GAFA : son pouvoir économique et politique équivaut déjà à celui de certains gouvernements. Violence sournoise qui s’immisce et nous entoure.

Ni les politiques sans crédits, ni les intellectuels qui ne parlent qu’entre eux, ni les artistes qui cultivent leur particularisme n’éclairent l’horizon chargé ; l’absence d’une narrative de Renaissance précipite un bon nombre dans la posture nostalgique de la recherche de l’autorité patriarchale qui promeut l’ordre ancien et la soumission.

Le matérialisme immodéré et la violence hybride actuels sont en contradiction avec une quête d’un autre ordre qui existe dans nombre de cultures, religions et philosophies : aspiration humaine à l’équilibre, la tolérance, le respect de l’autre, dans le but d’un mieux vivre ou d’un bien-être, la foi dans le doute, le scepticisme. 

#violence #scepticisme

10/02/26

Ecrire

Cher Ami,

Paraphrasant Flaubert à Tourgueniev en 1872, je tâche de vivre en gardien de phare, mais une marée de merde en bat les murs… J’écris pour circonscrire la réalité.

Mais l’écriture n’est-elle pas un artifice de la vie ? Mon artisanat prosaïque n’est-il pas une création aux antipodes du vivant, un non-vivant ? Mon voisin du dessus, le poète, franchit un pas de plus ; ses mots disent plus que ce qu’ils veulent dire : émotion sublimatoire. Une porte s’entrouvre, prépare l’imagination et la conscience à l’illusion parfaite du filet tendu par la réalité fictive de l’IA.

Quant à la pertinence des informations en circulation, à leur origine, à leurs objectifs apparents et réels, aux causes qu’elles servent : elles desservent la réalité. Et les vagues se succèdent, rendant un travail d’analyse impossible.

Encore : des différences existent entre documentaire, information, opinion, billet, chronique, lecture et autres blogs ; leurs frontières s’érodent : comment appréhender les nuances révélatrices ? Journalistes et critiques passent d’un registre à l’autre ; par exemple, les chiffres représentations codées des faits, deviennent une néo-réalité à la discrétion d’un présentateur manipulateur.

De plus, le public valorise les médias à la hauteur des scandales révélés ; la quantité et la consistance des mauvaises nouvelles croissent en une escalade de marées de vives-eaux. Dernier succès spectaculaire : les dirigeants des entreprises créatrices d’IA viennent dire que leurs « Awesome Babies » représentent une menace existentielle pour l’humanité, et gagnent la une de tous les médias. La haute technologie récente ne connaît aucun spécialiste intègre pour analyser et mesurer ce propos. Coup médiatique ! Les faux-frères ennemis d’hier ont fait front commun, gagnant notoriété et image d’humanistes, à la veille de l’introduction en bourse de deux d’entre eux. Concours de circonstances plus qu’heureux ! Je doute du tout, et de mon propre doute…

 
Mon exercice d’écriture participe en principe à la confusion ; sa modeste portée me pousse à prendre soin de ma santé mentale en franc-tireur.

#ecrire