Je tiens, en effet tout au long de ces associations de souvenirs à m’en tenir strictement aux faits : mais les hallucinations sont aussi des faits.
Louis Althusser, « L’avenir dure longtemps »
Prologue.
Un jeune couple, Laure et Lucien S., ouvre une boulangerie dans le centre-ville d’O. Ils aiment leur métier et travaillent d’arrache-pied pour estimer cette fonction importante dans la cité ; ils veulent se donner les moyens d’avoir une famille. Elle se dédie à une écoute attentionnée des clients, lui aime l’artisanat vivant d’un quotidien sans cesse renouvelé ; la constance et la qualité de leur travail se transforment en une sérieuse réputation. Progressivement leur officine propose de nouveaux produits de pâtisserie et confiserie ; plus tard le couple offre un service de petit-déjeuner, sandwicherie et salon de thé. Lucien travaille à l’atelier, à la réception et au stockage des marchandises ; Laure à l’accueil, à la vente et à la mise en rayon. Ils se font aider par un ouvrier et une vendeuse, puis deux ouvriers et deux vendeuses… Lui devient maitre-boulanger ; elle, la patronne, tient la caisse et les comptes. Ils travaillent du mardi au dimanche midi ; leurs revenus s’améliorent, choisissent d’avoir des enfants : la première grossesse est un coup double. Avec l’annonce des jumelles, ils louent l’appartement au-dessus du magasin, et s’éloignent du centre-ville dans une petite maison : un environnement plus adapté pour élever les filles.
Laure et Lucien, réquisitionnés par leur commerce, cherchent une aide extérieure pour surveiller les bébés, Marie Laure et Marie Lucie. La maison voisine est occupée par un couple un peu plus âgé, les M. : Georges, sous-officier de la Police Nationale, et Isabelle, institutrice. Ils ont deux enfants Joseph 16 ans et Louise 12 ans. Le premier, jeune sportif, est sollicité et vit tambour battant. La seconde littéraire introvertie, va en cours le soir, se lève tard et passe la majeure partie de sa journée à lire, à écrire : ça agace son père, conquis par le style de l’aîné : « Elle est bonne élève – Dans les matières qui l’intéressent ! -, et aime les enfants petits. » contrebalance la mère.
Quand Laure soumet son problème a sa voisine, Isabelle demande le temps de réfléchir, lui promet une réponse rapide : elle pense à sa petite dernière. Elle en parle à Georges : il y voit une occasion pour que Louise se lève tôt et se socialise. Elle présente seule la proposition à leur cadette ; la forme impérative paternelle pourrait la braquer. La jeune fille est surprise de la confiance témoignée, et démontre une joie appréhensive : saura-t-elle à s’occuper seule des deux bébés ? La charge paraît lourde mais Isabelle ne travaille que jusqu’en début d’après-midi, et Laure, en cas d’urgence, peut revenir d’un coup de voiture. Mère et fille concluent : ce sera un apprentissage, pour être institutrice comme sa mère, et gagner un peu d’argent !
Avec une empathie réciproque, Laure et Isabelle s’étonnent de la tranquillité des jumelles : la gémellité leur donne une sorte d’assurance, la présence d’un autre à l’unisson les équilibre. La baby-sitter se révèle responsable et sereine, s’entiche des petites sœurs d’adoption qui lui vouent une affection enviée. En dehors des maladies d’enfance systématiquement partagées, les gamines contrarient l’intuition de leurs parents : Marie-Laure se révèle avoir les deux pieds sur terre comme son père, et Marie-Lucie est prudente et circonspecte comme sa mère. Elles se chamaillent comme chien et chat et s’entendent en gaies luronnes, rivalisent pour prendre la tête du tandem, et offrent un front uni devant l’adversité, assument les conséquences de leurs bêtises se rebellant à l’unisson. Pour la maternelle, l’horaire du matin est choisi pour que les petites prennent de bonnes habitudes, et que l’après-midi elles profitent de Louise, la grande sœur, et de la supervision d’Isabelle.
Isabelle est préoccupée : sa cadette a gagné en assurance et affronte son ainé ; elle l’agresse verbalement parfois. Jalouse de Joseph, elle trouve que leur père la regarde avec un œil mauvais. Au collège, Louise se sent marginaliser, n’a pas d’amie ; elle ne se sent bien qu’avec les petites, et chez elle avec sa mère, qui la raisonne, pour la délivrer de ce qu’elle croit être complexe d’infériorité. Ces notes sont passables en sciences exactes et excellentes en lettres, histoire et géographie.
À 17 ans, à la fin de ses études secondaires Louise opte pour des études en faculté de lettres avec l’appui de sa mère qui y voit une suite logique. George exprime son désaccord ; Louise rejette l’idée d’un poste dans l’enseignement, que va-t-elle faire avec une licence de lettres modernes ? Joseph a pris la bonne décision : une formation de professeur d’éducation physique pour devenir un « pro du volley-ball ». Il accepte mal l’accord d’Isabelle au choix de Louise ; la cadette est surprotégée par sa mère. Les rapports père-fille se dégradent.
Louise fait ses études en faculté le matin, continue d’être la tutelle de des petites sœurs l’après-midi, voire le soir. La fin de semaine, elle reste chez Laure et Lucien qui, éreintés, acceptent volontiers sa présence ; elle lit et étudie, en surveillant les « miss » qui grandissent. Louise trouve un équilibre entre jeux et télévision, copines et devoirs, leurs donne son goût de la lecture. Ensemble elles décident, et font adopter l’usage simplificateur de Lucie pour Marie-Lucie, et de Marie pour Marie-Laure. Les adultes embarquent sans s’en apercevoir.
Pendant les quatre ans de sa licence en lettres, Louise se sent discriminée par ses collègues de faculté, persécutée même par certains. Elle s’en ouvre à sa mère : elle est persuadée que ses origines en sont la cause. Elle est de la famille celle qui est la plus marquée par l’ascendance africaine de son père. En famille elle proclame enflammée « Le racisme a besoin d’être combattu ! »
À ses examens de licence qui ne contiennent que des épreuves écrites, elle obtient une mention bien, avec quelques réserves des professeurs pour des problèmes lors des travaux en groupe ; ces réserves ulcèrent Louise qui y voit un préjugé racial. Georges perd patience devant l’arrogance de sa fille qui conteste l’autorité des enseignants universitaires. Isabelle tempère « C’est une adolescence ombrageuse à la sortie difficile : elle se débrouille si bien avec les jumelles ! »
Sa licence en poche, Louise communique sa décision à sa mère : elle sera avocate ! Il est temps qu’elle prenne fait et cause contre la ségrégation des personnes d’ascendance étrangère ! Elle n’a que vingt-et-un-ans et veut poursuivre ses études avec une licence de droit. Elle participe au frais de la maison grâce à son travail de répétitrice de Lucie et Marie … !!!??? La surprise passée, elle est félicitée par les adultes des deux maisons : tous sont persuadés qu’elle a trouvé sa voie. Sa revendication va y trouver un exutoire et sa verve écrite va l’aider à structurer sa vindicte. Les jumelles, qui croyaient à l’âge de neuf ans perdre leur sœur ainée, se réjouissent. L’événement est fêté dans une allégresse générale lors d’un déjeuner commun un lundi férié : Louise se sent soutenue et aimée par sa grande famille réunie.
Acte I
Joseph termine ses études d‘éducation physique, complétées par une spécialisation en physiothérapie ; recrutée par le club de volley de première division de L. à un salaire attrayant, il quitte sa famille au grand-dam de tous, surtout de sa mère. Son succès professionnel et sa naturelle séduction en font l’orgueil de son père ; indépendant il évitait de prendre parti et rabibochait les deux tendances familiales. Son départ retire un élément d’équilibre dans la maison, l’ambiance se radicalise.
Louise se sent un peu plus rejetée par son père et l’évite ; sa mère veut la persuader que son père est très satisfait qu‘elle ait intégré la fac de droit. La jeune femme y est déçue ; dans l’antichambre de la Justice, lieu d’apprentissage de celles et ceux qui se préoccupent de faire valoir l’esprit des lois et les valeurs universelles qui la sous-tendent, elle ne trouve que préoccupation à défendre l’intérêt particulier. Les étudiants viennent s’armer pour une cause dont généralement les démunis et les défavorisés sont absents ; sans idéal, on y vient pour faire carrière, pour l’argent, par tradition familiale, pour être une source de pouvoir. Louise confie à sa mère sa désillusion : la discrimination voilée dans les rangs des amphis attise son anxiété, elle se prépare à « une guerre de tranchée » : « l’ennemi est partout infiltré ! » clame-t-elle véhémente. Sa mère tente de la rassurer, la société humaine est une compétition, inégale ; la lutte contre l’ostracisme passe par les instruments de la loi.
Louise dit à sa mère qu’elle trouve des coïncidences dans ses lectures, dans l’arrangement des lettres ; elle lit dans des diagrammes complexes son destin. Sa mère la taquine, met sur le compte du surmenage ses divagations persécutrices ; leur affection réciproque les tranquillise. La compagnie des jumelles, leur effusion, comme une thérapie, l’apaise. La gaité de Lucie et Marie sont ses îlots de détente dans la mer démontée du quotidien de Louise. Isabelle se préoccupe d’absence de « petit copain », mais elle-même n’a pas été précoce !
La dernière année de sa licence, à la faculté elle se plaint à la direction dans des lettres bardées d’éléments juridiques, d’actions de « booling », de la part d’étudiants, et de professeurs. Aucune suite n’est donnée. Son fantasme persécuteur ne diminue pas lorsqu‘elle passe ses examens de licence qu’elle réussit ; les épreuves écrites reçoivent d’excellentes notes, les oraux ne peuvent que constater l’annulation de ses moyens intellectuels en présence des examinateurs. Louise est paralysée sous le regard étranger… Elle y voit le préjugé racial qui la hante et la terrifie.Sa double licence lui fait décrocher un stage dans le bureau d’un avocat pénaliste François F. sur recommandation de son professeur de droit pénal ; elle travaille dans une petite salle au montage des dossiers, excelle dans les recherches et l’élaboration de l’argutie des défenses. Maitre F. s’étonne de sa personnalité farouche et vindicative, les traits marqués d’origines mélangées et sa bienveillante intelligence tempèrent l’indomptée. Sa ténacité et son travail transforment sa première expérience en contrat de free-lance.
Elle se fait opérer de nodules aux seins, la persécution devient obsessive : elle y voit le mauvais œil de nombreuses personnes, et cherche à convaincre sa mère que son père en est. Isabelle évite qu’ils se rencontrent, donne un temps au temps. Lucie et Marie requièrent tous les soirs Louise pour étudier, partager les doutes de l’adolescence et les fins de semaine pour sortir accompagnées. La jeune chaperonne implacable est une garantie pour les jumelles et leurs amies.
Elles se déclarent cousines pour le grand public et imaginent que l’initiale et la sonorité des prénoms, Louise, Laure /Marie et Lucie, sont la preuve d’une proximité inscrite dans le cosmos ; une intime discrétion évite aux jumelles d’aborder les non-dits brûlants qui bouleversent la plus âgée. Accompagnées de près par leur ainée, elles sont de bonnes élèves. Après le bac, Marie souhaite être avocate comme Louise et Lucie veut étudier la psychologie pour mieux comprendre.
Me F. embauche un partenaire avocat junior qui puisse aussi plaider à la cour, pour le soulager sur les deux fronts ; le free-lance s’en ressent, Louise a moins de travail. Il la recommande à des collègues ou à des entreprises ; le parrainage et les notes de son C.V. ouvrent les portes pour un premier rendez-vous. Mais son style impétueux étonne, son opiniâtreté inquiète, son incapacité à soutenir un dialogue ou une controverse les referment. Sa défiance facilement irascible grandit et renforce sa conviction d’un complot raciste monté contre elle. Quand son père est seul à la maison, elle s’enferme dans sa chambre.
Marie et Lucie obtiennent une mention au baccalauréat et souhaitent aller étudier à Paris. Des cousins plus âgés de Lucien dont les enfants ont déjà quitté leur foyer se réjouiraient de les recevoir chez eux ; une heure en TGV (deux heures en voiture, deux heures et demie en bus !) sépare les deux villes, les jumelles pourraient revenir toutes les fins de semaine. Les parents S., le cœur serré, y voient une opportunité pour leurs filles de grandir et d’avoir une meilleure formation supérieure ; les jumelles à la veille de leurs dix-huit-ans y trouvent un premier affranchissement. Louise les encourage à quitter « le provincialisme rétrograde et raciste d’O ». Les mamans craignent la violence de la grande ville pour les « petites » ! Les cousins parisiens ont élevé un garçon et une fille et offrent un accueil garanti. Une visite prolongée persuade Lucien et Laure de prendre le risque de « l’expatriation », dans les facultés parisiennes.
En milieu d’année Joseph présente à sa famille une collègue de l’équipe féminine, Nathalie, avec qui il a l’intention de se marier : le départ du frère et fils aimé paraît définitif. En septembre les jumelles laissent un grand vide consenti. Subitement Isabelle est prise de vertiges et d’une migraine intense : elle s’alite. Une tomographie fait apparaître une tumeur au cerveau, cancéreuse. Louise cesse son travail pour accompagner sa mère nuit et jour à l’hôpital ; rien n’arrête la maladie, elle décède au début du mois de janvier. Le tulle rêche du deuil envahit les espaces vides des deux maisonnées.
Terrorisée Louise commence à entendre des voix… Persuadée que la maladie de sa mère et son décès sont le fait d’une conspiration : elle voit des signes qu’elle est la prochaine. Elle se sent rejeter par son père, le trouve haineux : elle le dénonce par écrit à la police avec force éléments de loi. La courte enquête classe l’affaire « sans fondement ». Son travail de free-lance, limité au seul Me François se raréfie : les rares dossiers la cantonnent dans sa chambre. Elle en sort rapidement lorsque son père est absent, pour recevoir ou rendre des dossiers qu’elle est chargée d’étudier. Abandonne la maison les fins de semaine quand les jumelles viennent la chercher. Elles restent toutes les trois chez les S. ou rarement vont en ville, sans attrait après Paris : dans ces rares promenades elle confesse qu’elle se voit suivie d’un regard bizarre. Les deux sœurs la chahutent, diminuent le poids des fantasmes ; le plaisir d’être ensemble prend le dessus. Après leur départ pour contrôler sa peur lancinante, Louise se réfugie dans la prière.
Deux ans après la disparition de sa mère, le cabinet de Me F. ne lui remet plus de dossiers nouveaux. Louise vit en prière pour faire taire les voix qui la poursuivent, confinée dans sa chambre, volets fermés et porte verrouillée : elle remercie le ciel d’avoir survécu un jour, une nuit de plus. Sans ouvrir, elle échange rarement quelques paroles avec son père avec qui elle a peur de parler. Elle ne quitte sa chambre que pour s’alimenter, et sa maison les fins de semaine pour voir Marie et Lucie chez les S.. Là après être arrivée silencieuse, recroquevillée sur elle-même, elle se détend. Quand Lucie lui demande ce qu’elle ressent, pour ne pas l’inquiéter Louise lui dit : « C’est difficile, je ne sais pas comment faire ! », déplore le décès de sa mère : « je prie pour que Dieu et ma mère me protègent du mauvais œil ». Après quelques heures avec ses deux « petites sœurs », elle se sent mieux, arbore le sourire triste de la distance de ses angoisses : elle rentre chez elle moins sombre.
Les jumelles reviennent moins souvent à O. : Louise vit dans un état de terreur permanent ! Un jour lugubre, la rengaine mal accroché d’un volet de la salle de séjour qui tape contre le mur extérieur, les longs grincements d’une porte mal fermée qui geint, le glapissement étrange du vent sous l’auvent de l’entrée prennent sens. Ils sont les signes précurseurs que ses persécuteurs vont passer à l’acte : l’abattre ! Quand son père arrive à la maison avec un ami, une voix lui ordonne : « Tu as compris c’est aujourd’hui, n’attend plus, tue pour ne pas mourir ! » Subjuguée par une puissance occulte, elle leur demande pardon, et les exécute de nombreux coups de revolver.
Lorsqu’elle est interrogée par le Procureur de la République elle déclare : « Mon geste a été de légitime défense ! » L’enquête policière ne relève aucun indice d’agression ni de menace à son égard ; elle est assignée en maison d’arrêt. Un avocat est commis d’office. Une information est ouverte au regard de l’article 81 du code de l’application de procédure pénale, huitième alinéa sollicitant une expertise psychiatrique.
Acte II
Joseph après l’enterrement de son père, vend la maison familiale et le mobilier. Sa vie définitivement se fera à L. La famille S. traumatisée par l’événement décident de quitter O., de vendre leur boulangerie pour remonter une affaire à Paris, près de leurs filles. Les jumelles choquées ne comprennent pas la cause de l’acte barbare, ni le jugement qui interdit à la personne la plus chère de leur enfance de se faire entendre : policiers, juges et psychiatres ne l’écoutent pas ! Louise est cataloguée : son acte est la preuve nécessaire et suffisante. Bouleversées, elles concluent tant bien que mal leur licence de droit et de psychologie, plus soudées que jamais. Elles ruminent leur douleur, ne se conforment pas à l’aveuglement de la justice, et sont révoltées par la décision sans appel.
La fin de l’année universitaire correspond à la vente de la boulangerie ; parents et enfants s’accordent des grandes vacances au bord de la mer. Chacun procure un peu de tranquillité intérieure : on parle peu de l’événement. Pourquoi cette violence extrême sans mesure avec la banalité des dissensions familiales : « Louise assassine son père et un ami » semble à un film de terreur.
Après un mois de « mer et soleil », Lucien et Laure sont pressés de tourner la page ; ils cherchent une boulangerie dans la région parisienne en perte de vitesse, pour la remonter et la revendre quand elle sera à son maximum, dans dix ou quinze ans à l’heure de se mettre au vert. Les jumelles veulent faire une maitrise orientée par le désir péremptoire de comprendre et défendre Louise. Leur grande sœur n’est pas folle, elle a eu un accès de folie ; elle doit être écoutée, défendue et soulagée. Elles veulent transformer leur reconnaissance viscérale en une prise en charge : l’une veut montrer les qualités d’intelligence et de cœur, l’humanité de Louise, l’autre veut la sortir de l’exclusion juridique de la communauté des hommes. Les parents trouvent leur position idéaliste : les feux croisés de l’argutie de la psychologue et de l’avocate ne laissent aucun répit à Lucien et Laure. Pas complètement convaincus, de guerre lasse, ils finissent par s’aligner sur le fervent discours de leurs filles : « À vingt ans, si on n’est pas un peu utopiste, le monde ne changera jamais ! » Rajeunis, ils souscrivent à ce qui ressemble à une croisade cervantesque.
Les parents trouvent l’affaire qui leur convient dans la proche banlieue et reprennent du service dans la boulange. Les coudes serrés, les jumelles conscientes de leur manque d’expérience se lancent dans leur défi ! Marie après sa licence, commence un stage de collaboratrice de Me Léonard dans un bureau d’avocat pénaliste de bonne renommée. Lucie pour parfaire sa formation, opte pour une école de psychanalyse et commence une analyse avec la Dr Marcelle, psychiatre et psychanalyste. Elle intègre des hôpitaux psychiatriques de Paris l’équipe pluridisciplinaire de V.E. Les deux sœurs choisissent résolument d’orienter leur mémoire de maitrise prenant fait et cause pour Louise : elles pensent que la Justice et la Santé ne savent pas écouter et traiter sa singularité.
Joseph préfère rester à distance : il demande des nouvelles. Les premières visites des jumelles sont entachées par la grande réserve de Louise : au parloir de la maison d’arrêt, elle s’exprime peu, par des phrases très courtes, qu’elle n’arrive pas à conclure. Elle semble fatiguée d’avoir à s’exprimer, essoufflée. Elle ne leur témoigne aucune marque d’affection : un personnage l’emprisonne pense Lucie. Elle supporte mal leurs regards ; ses gestes sont secs, cassants. Contrariée et méfiante elle impose une distance tendue. Quand Marie lui demande ce qu’elles pourraient faire pour l’aider, elle ne lui répond pas. Son avocat lui a proposé une ligne de défense ; sur la base de sa déposition dans laquelle elle se reconnaît coupable et prétend avoir agi sur l’ordre des voix qu’elle a entendues : il veut plaider l’irresponsabilité. La perspective est un internement en milieu hospitalier, aux yeux de l’avocat plus supportable. Ce à quoi Louise ajoute « Mais je pense… J’étudie… Je prie et j’écris … » Et conclue avec une insolence triste : « Je suis seule, responsable … »
Quand Lucie tente d’avoir quelques nouvelles de sa santé auprès du corps médicale de la maison d’arrêt tenue à la discrétion, elle n’obtient que des informations générales : état stationnaire, personnalité calme et introvertie, sans problème de cohabitation malgré un isolement permanent volontaire. Elle démontre une claire intolérance à toute espèce de contact ou dialogue ; elle répond bien à la médication prescrite pour traiter la schizophrénie paranoïde diagnostiquée.
Les visites deviennent plus fréquentes et plus longues : quatre-vingt-dix minutes une fois par mois, puis une fois tous les quinze jours. Le temps de l’instruction voit une évolution lente de leur rapport. Avec la suppression des boxes, le parloir réaménagé en espace ouvert facilite un peu le contact ; l’environnement et la surveillance freine les confidences de Louise et instigue sa paranoïa. La conversation se limite à l’échange de quelques informations sur ses conditions de vie ; sa codétenue française d’origine étrangère accusée de crime contre la sureté de l’état, elle aussi est extrêmement réservée. Elle concentre ses demandes sur quelques boites de biscuits « au goût d’enfance », des livres : le code pénal de 1994 et celui de 1810, « Les grands Arrêts du droit pénal ». Avec les gâteaux secs Lucie essaye de renouer le lien sororal et Marie tente de tisser autour du procès une communauté professionnelle : Louise se laisse surprendre par le jeu de ses deux sœurs, mais instantanément interrompt l’échange pour s’enfermer dans un mutisme obstiné. Au fil des mois, quand elle se sent conduite, elle impose, ex abrupto, un changement de sujet. Lucie, suivie de Marie, l’habitue à leur départ à un baiser rapide sur ses cheveux parsemés de quelques fils blancs, puis sur son front. Les conversations se détendent, elles échangent des regards lourds de renoncement, quelques pâles sourires apparaissent fulgurants, puis effusifs. Les deux jeunes sœurs se réjouissent de ces maigres progrès.
Marie prend contact avec l’avocat commis d’office pour accompagner le montage de la défense, mais n’obtient aucune ouverture pour avoir accès au dossier. Le juge d’instruction rend une ordonnance d’irresponsabilité pénale pour cause de trouble mental et transmet le dossier au procureur général. Quand la date du jugement à peine un an après la fin de l’instruction leur est communiquée, les trois jeunes femmes s’en réjouissent.
Le jugement a lieu un peu plus de trois ans après les faits. Seule la presse locale est présente et devant une salle d’audience dépeuplée, la sentence est rendue après un débat pro forma. À la première question posée au jury : « L’accusée a-t-elle commis les faits qui lui sont reprochés », les jurés à l’unanimité répondent par l’affirmative. À la seconde question : « L’accusée bénéficie-t-elle pour ce fait de la cause d’irresponsabilité prévus par l’article 122.1 du code pénale… » par 7 voix contre 2 le jury abonde dans le sens de l’Avocat Général qui considère l’accusée atteinte de troubles psychiatriques graves. Selon le Code pénal elle n’est pas pénalement responsable : Louise était atteinte, au moment des faits, d’un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement et le contrôle de ses actes. Les juges suivent la majorité des jurés et la considèrent irresponsable et périlleuse : une mesure de sureté est appliquée, elle devra intégrer l’hôpital des prisons de Paris.
Avec l’aval de Joseph, son tuteur, et l’autorisation de la direction de l’établissement, Marie et Lucie circulent avec Louise dans le jardin clos de l’hôpital, deux heures les vendredis après-midi. Ces rencontres distillent un espoir, les cadettes montent une stratégie pour la reconquête de Louise : la faire sortir de sa réserve, de sa défiance, la ramener à elle, à elles. L’aire de liberté, surveillée, marque le début d’une détente entre les jumelles et leur sœur. Parties de très loin, elles commentent leurs souvenirs, de ces heures d‘intimité de leurs vies à trois ; elles peuvent la toucher du bout des doigts, lui tenir la main. Elles reconstruisent leur histoire, s’émeuvent de la découverte dans la mémoire de l’une ou de l’autre d’une anecdote, d’une péripétie. Au bout de six mois elles se sourient, puis s’embrassent avec une réminiscence de proximité dont une aile sombre suspend l’effusion ; au bout d’un an, elles rient ensemble des démonstrations d’affection enfantines du passé qu’elles reprennent. Un nouveau lien se noue, émotion grave, geste retenu, regard lent ; une réciproque confiance inquiète surgit. Marie et Lucie s’en contentent.
Un jour les cadettes se sentent en confiance : Lucie raconte à leur ainée leur désir de l’aider. Louise écoute, se raidit, et brusquement se lève du banc où elle était assise entre ses deux sœurs. « Pas vous !? » crache-t-elle. Les jumelles restent assises paniquées : « Qui, si ce n’est nous ! Qui peut t’aider ? » répond, instinctivement Marie. Un Silence foudroyant ! Marie et Lucie impavide assiste : Louise mord sa main droite avec une rage glacée ! Elle se lève, jette ses deux mains dans les poches de sa veste de survêtement, marche le regard perdu. Lucie l’accompagne à distance, Marie un peu plus en retrait ; décalées, les trois avancent à pas comptés, une tension torve distord les espaces. La raideur de l’ainée est celle des premiers contacts : intouchable…
Un demi-tour sur les talons, Louise leur jette dans un cri étouffé : « Attendez-moi ici ! » impérative désobligeante, elle s’éloigne. À la question muette de Marie, Lucie répond catégorique à voix basse « Tu ne dis rien ! Tu ne fais rien ! On en parle après… »
Les Jumelles, recueillies, attendent assises le retour de leur ainée. Louise revient inchangée ; elle a trouvé une dynamique : la main droite dans la poche, dans l’autre un sac en plastique gris, qu’elle leur tend : « C’est mon secret, vous seules pouvez lire ! Après je vous explique ! » péremptoire. Elle souligne d’un regard violent à chacune d’elle, les salue de la tête comme deux étrangères, tourne les talons. « À vendredi ! » Rappelle Lucie, reprise par Marie, double lancer de bouée que Louise néglige.
À la sortie de l’enceinte, sur la route du retour, Lucie livre à Marie son explication : Louise a entendu leur proposition d’aide comme le discours bienveillant du personnel soignant et de son ex-avocat pour obtenir sa collaboration, remplir leur tâche, la neutraliser ! Une émotion subite l’a étranglée, sa paranoïa a effacé la différence entre l’attitude professionnelle des uns, ses faux amis, et la leur affectueuse. « Nous avons touché, sans le vouloir, sans le savoir un point sensible de sa paranoïa ! Mais elle a su se contrôler un peu… »
Douloureuses responsables d’avoir provoqué une crise, un accès de furie, la tête basse dans le métro, elles se taisent perplexes. En arrivant chez leurs parents elles devisent ; Marie trouve que la situation ressemble à un cul de sac : Louise ne leur fait pas confiance. Lucie pense le contraire : son arrogance et sa violence cache mal l’écorchée vive et son attitude finale, ressemble à un premier dépassement.
Arrivées, elles ouvrent le lourd sac où elles découvrent des années de travail que Louise leur a confié. D’une soigneuse petite écriture elle construit sa défense, expose sa position ; elle est responsable mais pas coupable, des voix lui ont ordonné de tuer : ordre réel pour son esprit hanté par l’obsession de mourir.
Pendant le dîner avec leurs parents, elles racontent les évènements du jour, reformulent les émotions qui sont les leurs, Lucie explique les sentiments paradoxaux qu’elle prête à Louise, Marie valorise le travail de recherche et la dialectique minutieuse. Elles tirent les premières conclusions de ce qui leur paraît déjà un virage important sur la voie étroite et longue qui fera « réadmettre leur sœur dans les rangs des citoyens libres ». La déclaration un brin emphatique, laissent les parents éberlués et sceptiques. Laure les félicite, Lucien leur souhaite : « Merde, pour les prochaines étapes ! »
Plus tard l’argumentation de Lucie convainc Marie : la scène a été houleuse, mais le mouvement de Louise dans leur direction est une avancée, dans le renouement de la confiance. Elles vont consulter les professionnels expérimentés avec qui elles travaillent, sous prétexte d’orientation de leur thèse de maitrise, pour évoquer le cas. Chacune commence la lecture des notes de Louise. La justice a tranché, décidé pour son irresponsabilité ; le rendu, à leurs yeux « préjugé irrémédiable » n’est pas acceptable. Elle doit avoir le droit à un jugement de droit commun, l’examen psychiatrique ne peut définitivement statuer sur son incapacité à une vie sociale ; l’acte est la conséquence d’une souffrance extrême, non reconnue, une crise. Avec un accompagnement psycho-médical, elles la sentent capable de dépasser cette douleur : elle apprend tous les jours à composer avec elle. Elles consacreront la prochaine rencontre à l’écouter.
Le jour de la visite, à leur arrivée les cadettes notent un effort de gentillesse de la part de leur ainée ; l’attitude est de retenue. Un large pansement s’étale au-dessus-de l’articulation du pouce de la main droite, qu’elles se gardent de commenter.
Louise a changé de ton pour recevoir ses deux petites sœurs : elle les materne du regard et les sermonne ; dans un angle du jardin un peu à l’écart, les deux jumelles sont assises sur un banc, elle est un peu en hauteur en face d’elles sur une chaise, l’aînée. Les cadettes se sentent presser de rentrer dans le rôle de secrétaires ; elles ont chacune un bloque-note pour ne rien perdre des élaborations psychologiques fantasques et des considérations juridiques surprenantes. Sans aide-mémoire, Louise prononce un plaidoyer rigoureux et clairvoyant ; elle condense les nombreuses lettres écrites à son avocat pour le juge d’instruction chargé de son dossier. Dossier qui n’a pas été instruit et ne le sera peut-être jamais : l’instruction a été suspendue par la mesure d‘enfermement psychiatrique. Elle plaide coupable, reconnait les faits, mais aujourd’hui elle conteste son « un-imputabilité », son irresponsabilité pénale pour insanité mentale. Si elle a agi sous la coercition irrésistible d’une force supérieure à laquelle elle ne pouvait qu’obéir, elle savait ce qu’elle faisait, elle répondait à l’ordre de se défendre. Elle doit être encadrée dans l’article 22 du code pénal qui caractérise le crime comme ayant été commis sous contrainte. Elle veut répondre de son acte qu’elle admet aujourd’hui d’une violence disproportionnée avec la cause ; elle demande à être entendue pour recouvrer la dignité humaine qu’on lui nie. Elle reconnaît avoir perdu la tête, comme d’autres en état d’ébriété, ou dans une crise de jalousie, « sur un coup de sang » ! Elle veut assumer toutes les conséquences que la Justice déterminera pour reprendre sa place dans la société. Elle veut être reçue et écoutée par un juge.
Elle conclue sur ce qui lui paraît le nœud de son argutie qu’elle estime devoir travailler, comment peut-elle à la fois reconnaître avoir entendu des voix coercitives, ce qui est compris comme une reconnaissance de démence et prétendre être responsable ?
Pendant le long développement, quelques fois pathétique, Marie et Lucie ont pris des notes avec une imperturbable attention, l’installant Louise dans son rôle de grande-sœur. L‘idée maitresse, à vérifier, est de contester le verdict définitif de l’expert psychiatrique : faire glisser l’attaque de furie du champ de la maladie pathologique (Schizophrénie paranoïde) « incurable » à l’origine du crime dans le champ de l’accès de colère criminelle à traiter, à accompagner. Le sujet était hors de lui ! Levier pour que le dossier revienne dans les mains d’un juge, pour recommencer l’instruction et obtenir un jugement en bonne et due forme. L’idée fait sens, le chemin à parcourir est long et tortueux, incertain. Marie a du mal à rencontrer Me Léonard dont l’agenda est chargé ; ne pouvant argumenter d’une urgence mais seulement d’un conseil personnel, un rendez-vous d’une demi-heure est pris quinze jours plus tard ; après l’avoir écouté dix minutes, il lui propose de lui envoyer une synopsis, première structure de son mémoire. Débordé, sa réponse est professionnelle : la demande complexe mérite une ébauche écrite structurée et précise pour une réponse efficiente. Pas de refus, mais la cas Louise n’offre pas d’attrait particulier !
De son côté Lucie souhaite dépasser le diagnostic médical, par trop proche de l’approche scientifique de la DSM et du catalogage des personnes en objets. Elle en parle avec son analyste qui lui propose de faire une supervision avec la Dr Élise A., une collègue de la même école de psychanalyse qui a une longue expérience. Professeur elle dirige le service de Psychiatrie de l’hôpital V.E. ; elle lui propose de lui envoyer un courriel synthétique pour lui exposer le cas, et lui donner « la meilleure attention, possible », mais accepte de suivre Louise en analyse une fois par semaine, si elle le souhaite. C’est à Louise d’en faire la demande. Il faut d’abord faciliter l’autorisation d’une aide « psy » extérieure qui passe par l’autorisation du juge de l’application des peines, avec l’avis favorable du corps médical. Le C .V. de la Dra Élise A. psychiatre chef de service facilite l’obtention du feu vert. Lucie la présente à Louise comme une aide strictement personnelle, confidentielle ; l’occasion d’un travail d’élaboration sur elle-même pour la soulager, lui redonner confiance… Elle finit par accepter.
Les jumelles sont déçues par l’accueil distant, mais sont conscientes que la disponibilité de chacun est limitée : le cas Louise, habillé en mémoire de maîtrise, n’est ni urgent, ni brillant.
Devant le peu d’intérêt suscité et l’ambiguïté de leur discours Marie et Lucie se décident à présenter à leur coach respectif la véritable motivation de leur mémoire. La nouvelle approche modifie la relation avec leur mentor ; les mentors sont sensibles à leur démarche et les écoutent d’une oreille attentive. Lucie choisit un assistant de son professeur de psychopathologie, elle s’ouvre de la cause-sujet de son mémoire : il l’encourage mais la prévient de la nécessaire confrontation avec la psychiatrie clinique.
Une année se passe, l’avancement du travail des jumelles est lent, le moral est morose. Louise au contraire semble profiter pleinement de son travail avec la Dra Elise A., avance dans sa prise de conscience d’elle-même, des difficultés de sa relation avec les autres : les visites sont plus décontractées, chaleureuses.
Les circonstances viennent aider le travail de Marie en quête d’un nouvel abordage du non-jugement de Louise. En février 2008 une modification du code pénal fait apparaître un nouvel abordage de la responsabilité dans les cas de troubles mentaux. Le décret du 16 avril énonce les premières dispositions réglementaires ; les procédures devront dans des cas de crime comme celui de Louise déterminées : le suspect-condamné pour un crime souffrant de troubles psychiques est évalué, soit ayant un total manque de conscience de son acte, soit une conscience partielle. Dit autrement étant dans un état d’abolition total du discernement, ou d’une altération du discernement. L’évaluation détermine la responsabilité ; dans le second cas l’individu devient partiellement responsable et la peine encourue est diminuée d’un tiers.
Le 17 avril quand elle apprend les détails du décret d’application, Marie revient au domicile familial sûr de tenir l’élément nouveau au moment du jugement qui permettra de demander sa révision, de reconsidérer l’enfermement de Louise. Lucie lui saute dans les bras ; elles sortent ensemble acheter une bouteille de champagne, pour fêter la date d’un nouveau départ : Lucien et Laure participent de la réjouissance, circonspects, reconnaissent qu’elles peuvent finir par avoir raison. Une orientation apparaît pour la défense de Louise. Tard dans la soirée après que leurs parents soient allés se coucher Marie et Lucie se félicitent le cas de Louise sera exemplaire.
Lucie réfléchit à la forme de présenter la nouvelle à Louise : il faudra la faire participer et garder la main. L’objectif est la sortir de l’hôpital psychiatrique des prisons, pour un retour à la vie normale. Marie va devoir contrôler le radicalisme des énoncés Louise, et Lucie tenir à distance ses fantasmes paranoïaques.
C’est avec un nouveau cœur à l’ouvrage que les jumelles abordent leur mentor et directeur de mémoire : l’actualité et la justesse de la cause établissent la démarche académique.
Acte III
Lucie à la lecture du décret de loi d’avril 2008 prend la mesure des difficultés qu’elle va rencontrer : le milieu hospitalier des prisons est un milieu à part, à l’accès difficile. Les experts psychiatres sont des professionnels de longue date, « incommunicables et tenus au secret médical ». La procédure de révision de Louise passera par une contre-expertise médicale ; la précédente n’envisageait pas d’alternative : le diagnostic ne pourra statuer sur l’état psychique de Louise au moment du crime plusieurs années après. L’aliénation totale ou partielle au moment des faits incombera à l‘argutie de la défense. Les procédures, sans précédent, et le rendu exemplaire seront difficilement contestables. L’aspect positif tient à l’état de santé mental actuel de Louise, favorable à laisser penser que la paranoïa était passagère, ou dans un stage critique momentané ; mais sa fragilité est patente.
Dans la posture à adopter vis à vis de Louise la supervision qu’elle réalise avec la Dra Élise A. la guide ; elle parvient petit à petit à modifier leur rapport, elle devient sa conseillère. Après avoir tenu informé Louise, Lucie approche le personnel soignant dans un échange intéressé, sondage discret et campagne d’information.
Pendant leurs visites, en arrivant à l’hôpital souriantes, Marie et Lucie reconnues comme les sœurs d’adoption infiltrent le service : les infirmiers et infirmières se laissent approcher, et les jumelles en profitent pour se dire enchantées des progrès de Louise. Dans ce climat d’empathie, elle aide l’infirmière-chef à des tâches administratives, où sa rigueur impitoyable trouve sa place.
Lucie se préoccupe de Joseph, le tuteur légal de Louise. La distance géographique augmente l’étrangeté : il évite tout contact avec sa sœur. Le temps est passé et les jumelles ne sont souvent pas allées dans sa direction : quelques coups de téléphone le tiennent informé des difficultés routinières. Sa bonne volonté est incontestable pour signer documents administratifs divers : il leur fait confiance, mais évite de renouer avec la souffrance de l’absurde. Son témoignage sera déterminant, sa bienveillance écartera d’éventuelles procédures civiles : il est l’unique représentant de la famille à être contemplé comme victime. La famille collatérale de Georges s’est peu manifestée. Quant à l’ami décédé le jour du drame, célibataire sans enfant, aucun parent ne s’est porté partie civile.
Il faut informer Joseph et le gagner à la démarche : si son tempérament ne l’incline pas à la revanche, la douleur et le traumatisme de la mort violente sont présents. Lucie initie le rétablissement d’une relation plus proche : il faut l’écouter et le faire participer. Un lien de confiance est à renouer ; expliquer la violence du tourment de Louise avant le passage à l’acte : faire entrevoir le geste désespéré. Le rassurer, la maladie est incurable, mais stabilisée et contrôlée : Louise accompagnée peut recouvrer une vie « normale ». Marie fera la lumière sur la nouvelle loi et les procédures juridictionnelles dans lesquelles il sera pris à partie.
Le téléphone n’est pas suffisant pour créer les conditions du dialogue, les jumelles iront à L. rencontrer Joseph, restaurer les liens distendus, faire ressurgir l’aimable grand-frère de l’univers de leur enfance, à mi-chemin de la planète des adultes.
Marie à ses côtés, Lucie téléphone pour prendre des nouvelles : Joseph est devenu entraineur de l’équipe junior de son club et sa famille s’est agrandi d’un couple de bambins qui font sa joie ! Elles évoquent le projet de faire sortir Louise de l’hôpital psychiatrique des prisons, sans provoquer de réaction de sa part : non-réponse synonyme de méfiance épidermique.
À la veille des vacances d’été, au vu du calendrier 2008 le mois de juillet offre une fin de semaine trois jours : un mois à l’avance, un jour d’inspiration Lucie lance sa proposition de visite pour « renouer avec le grand-frère dont elles regrettent la distance ! ». Joseph a vu venir le tandem en croisade et répond bon enfant : « Allez je vous attends à la maison, nous avons une chambre d’amis ! Ça nous fera plaisir, mais je vous vois venir avec vos bonnes intentions… » La partie n’est pas gagnée mais l’ambiance est favorable.
Marie de son côté a du pain sur la planche. Son travail doit commencer par la nécessité de justifier la demande de révision du jugement. Louise peut-elle être contemplée : sa conduite laisse-t-elle un doute après la modification du code pénal et du décret d’application ? Un avocat spécialisé est chargé du pourvoi qui passe par la chambre criminelle de la cour de Cassation pour être hors des délais habituels, mais justifiable par une modification de la loi favorable à la condamnée. Le nouveau contexte mobilise le supérieur hiérarchique de Marie au cabinet qui y voit un précédent intéressant à travailler. Quant à son directeur de maitrise, appui non négligeable pour le montage de son projet académique, il cache mal son enthousiasme et lui propose de transformer son mémoire en thèse de Maitrise : Capa en perspective ! Après les douches froides des premiers contacts de l’hiver, le printemps révèle des vents favorables.
Forte de ces nouveaux appuis, elle avance à coudées franches dans ces recherches, orientée par ses mentors. Elle se documente pour avoir accès au dossier du premier jugement : une demande formelle que Joseph devra signer. Marie avance sur des rails, le dossier n’est pas simple, mais n’est qu’une affaire de travail.
Pour les trois jours du weekend du 14 juillet les jumelles sont à L. en deux heures. Elles arrivent le vendredi soir un plein cabas de produit de la boulangerie pour tous âges et toutes circonstances, sans oublier les Cotignacs de l’enfance, spécialité de Laure et Lucien à Paris. Joseph est à l’arrivée pour les accueillir à bras ouverts, les lèvres pincées. Les jumelles prudentes le complimentent d’abord sur sa belle apparence proche de la quarantaine, il sourit ravi en prenant le sac de provision. Dans la voiture l’ambiance se détend, Lucie devant le chahute sur une légère proéminence au-dessus de la ceinture, que les produits de la boulangerie familiale vont affirmer surenchérit Marie. Le grand frère contre, réclame de ne pas être au courant des prochaines fiançailles : les donzelles nient trop farouchement pour ne pas cacher quelque chose… En arrivant à la maison de Joseph, le ciel lavande de fin de journée est ponctué d’éclats de rire, nerveux.
La première soirée est consacrée d’abord à faire connaissance avec les deux loupiots, Jean et Annick, qui attendaient les tantes. Joseph va coucher les enfants, la gente féminine échange sur leur job respectif. Nathalie après sa carrière d’athlète professionnelle a choisi d’être kinésithérapeute, profession dont elle connaît les bienfaits par expérience ; elle a choisi de travailler à la récupération des affections traumatiques moteurs et posturales. Une forme de préoccupation d‘un autrui désemparé les rassemble. Quand Joseph arrive avec une gigantesque omelette-salade il a l’impression d’interrompre une réunion de copines… Le temps passe rapidement, la mise à jour du quotidien des trois mousquetaires remplit la soirée, Louise est évoquée en passant, d’un commun accord sous-entendu ; le sujet est trop important, repoussé au lendemain… On se quitte pour aller dormir satisfait de s’être reconnu aussi facilement.
La journée du samedi est mise à profit pour renouer l’esprit de famille : le matin Joseph emmène Marie et Lucie voir le gymnase des juniors où des travaux d’amélioration sont en cours pour les vacances. Le déjeuner et l’après-midi font une place importante aux enfants qu’on emmène faire du vélo au parc. Après le dîner de la jeune classe dès l’apéritif « light », Joseph prend l’initiative :
– Allez donnez-moi des nouvelles de Louise ?
Lucie explique l’évolution très satisfaisante de sa santé ces dernières années, sans cacher à Joseph qu’on doit la considérer comme une personne handicapée : handicap ni physique ni intellectuel – Elle l’a montré ! -, mais psychique, un ancrage émotionnel déficient, une pathologie complexe qui a besoin d’écoute et d‘accompagnement. Pour schématiser une thérapie psychologique/psychanalytique pour une meilleure conscience d’elle-même, et un suivi médical avec des médicaments pour éviter la crise, l’accident. Cette difficulté « psy » peut être dépassée, encore un peu incertaine, le temps et les circonstances pèsent : cette fragilité est à considérer sur le long terme. Louise est consciente, demande de l’aide, se soigne.
Joseph pense, puis tendu lance :
– Mais pourquoi a-t-elle tué notre père ?
Ne pouvant contenir son émotion, il se lève subitement et sort du salon désarçonné… À son retour les trois jeunes femmes sont assises à table pour le dîner, une pause est nécessaire. Elles échangent sur leurs perspectives professionnelles pour détendre l’atmosphère. Puis pour faire sourire Joseph, les jumelles font des confidences sur leur vie amoureuse : Marie très raisonnable, Lucie plus fantasque, toutes les deux sont à la recherche d’un partenaire pour un long voyage.
oseph gronde gentiment Lucie en lui disant qu’elle a de la chance qu’il n’ait pas été recruté par un club parisien… À l’heure du dessert, Joseph contrit reprend courageux :
– Maintenant vous pouvez répondre à ma question !
Très tôt, dès son jeune âge, sans que personne ne s’en rende compte Louise accuse cette fragilité émotionnelle, psychologique ; les circonstances, l’enregistrement qu’elle fait de son vécu, transforme le déficit, sournoisement, en quelque chose de plus grave. À l’ombre de la banalisation du discours de bonne volonté et d’amour qui l’entoure, se développe lentement une maladie. L’étiquette psychiatrique qui recouvre mal sa maladie est une paranoïa obsessive, qui a atteint chez elle une dimension délirante ; parfois elle entend des voix. Aujourd’hui, elle est soignée, écoutée ; elle a conscience de cette dérive psychique. La conversation se poursuit longtemps dans la soirée : quel a été le rôle de chacun dans le paysage affectif de Louise, comment le dialogue impossible, l’incompréhension, l’absence, de personnes proches, génèrent ressentiments, tensions insupportables, et provoque l’acte violent. Minuit depuis longtemps dépassé, tout le monde va se coucher ; les esprits sont agités par la discussion mais le drame de Louise a trouvé une place plus humaine.
Le lendemain les enfants sont debout les premiers, mais Jean très responsable sait préparer le « p’tit déj’ » de sa sœur quand les adultes font la grâce matinée. Au retour à la surface des adultes, le duo des benjamins est installé devant la télévision à regarder un dessin animé ; la maisonnée, pyjamas et chemises de nuit, se relaie à petite vitesse autour de la table de la cuisine et des Cotignacs. Le reste de la journée sera italienne déclare Nathalie pour faire honneur à ses origines : les enfants sautent de joie ! Pizzas, préparées à la maison au goût de chacun, quatre saisons, pour le déjeuner et tarte tatin. Après le déjeuner on s’entasse dans la voiture de Joseph pour faire une balade digestive dans le centre historique et ses rues piétonnes. Pour le dîner « insalata caprese e sorbetti fragole e limone », les benjamins devant un documentaire, les adultes reviennent à Louise.
Marie prend le devant de la scène ; elle explique le cheminement de la justice. La chance leur a souri sous la forme d’un nouveau texte de loi qui demande un véritable jugement. Pour simplifier dans la procédure actuelle, Louise a été considérée irresponsable, porteuse d’un trouble psychique ayant aboli son discernement elle est passée de la Maison d’arrêt à l’hôpital psychiatrique des prisons. Le jugement en Assise n’a statué que sur son un-imputabilité : irresponsable, porteuse d’un trouble mental, « dangereuse ». La nouvelle loi et son décret vont permettre de reprendre la procédure à son principe : Louise était-elle dans un état de perte totale de conscience ou partielle, momentanée ? Lucie et elle pensent que Louise, isolée, en l’absence d’une écoute affective et/ou psy professionnelle, a perdu pied ; elle est rentrée dans une spirale, un délire paranoïaque : elle entend des voix « qui lui ordonnent » de tuer qui allait mettre fin à ses jours… Elle n’a pris la mesure de son acte qu’après. Lucie a expliqué hier… Leur travail, à toutes les deux, est de monter un dossier médico-juridique qui fasse comprendre, au jury et aux juges, que le cas de Louise est un accident, par manque de suivi médico-psychologique. Joseph suit avec intérêt l’exposé de Marie, pose des questions.
La procédure de révision qu’elle a pris en charge avec l’aide du cabinet dans laquelle elle travaille, commence par une demande de sa part, le tuteur désigné. Mais il pourrait aussi se constituer partie civile, comme victime ? Il est son tuteur pour ne l’avoir jamais fait… Elles vont avoir besoin de son assentiment et de son aide, pour la paperasse. Joseph baisse les yeux et se rejette dans le fond du sofa. C’est une procédure qui peut durer un an, au mieux ; l’objectif est d’obtenir que Louise, avec un accompagnement psyco-médico-social, ait accès à une vie « normale » ! Elle a surmonté son handicap psychique, comme d’autres un handicap moteur : et avec leur d’assistance elle reprendra le cours de sa vie.
Joseph est resté silencieux pendant la seconde partie de l’exposé de Marie. Lentement, tendu et douloureux il confesse avoir fait un premier pas hier en acceptant les explications de Lucie… Aujourd’hui Marie lui demande de pardonner à Louise le meurtre de son père, et de l’aider à sortir de l’impasse dans laquelle elle s’est jetée… !!!
Un long silence pesant s’installe : Jean et Annick surpris par l’absence du brouhaha de la discussion suspende le documentaire pour vérifier que tout va bien ! Joseph en profite pour demander l’heure et programmer la mise au lit de la jeune classe qui négocie 15 minutes pour voir la fin du programme. Nathalie en profite pour proposer un café, un chocolat, une tisane, un jus fruit… !!!??? Tout le monde se lève de table pour débarrasser, donner un temps au temps.
Le sourire bien veillant de Nathalie laisse penser qu’elle est du côté des jumelles ; Lucie lui propose d’aller coucher les enfants avec Marie et d’en profiter pour leur lire une histoire de leur choix, remplir leur rôle de tante… Marie hérite de Jean et Lucie d’Annick.
Annick plus jeune s’endort quand Jean, héritier de son père joue les séducteurs du haut de ces huit ans…
Lucie redescend la première. Nathalie s’avance, Joseph veut leur confier un secret de famille, jamais confessé si ce n’est à elle. Mais on va attendre Marie… À son arrivée Joseph mal assuré raconte : une grand tante sœur de sa grand-mère maternelle a fait de longs séjours en hôpital psychiatrique… C’est Isabelle sa mère, qui un jour l’a évoqué, pour lui dire sa préoccupation à propos de Louise, juste avant de tomber malade… Il s’en est rappelé récemment. Il n’a pas de détails à fournir, Isabelle ne s’était pas étendue sur le sujet, la maladie l’a très rapidement emportée
Marie le remercie de la confiance et lui promet de garder le silence. Lucie la rejoint et complète, malheureusement on parle dans ce cas de prédisposition génétique, cela explique le caractère de Louise qui n’a pas à être évoqué mais qui renforce la difficulté à démonter les causes, voire les responsabilités. Parfois la meilleure volonté maternelle et son trop-plein d’amour se trompent à l’heure d’aider.
Joseph après cette confession demande un temps ; beaucoup d’émotions en deux soirées, de problèmes soulevés… Il est essoufflé ! Il n’arrive plus à penser, obsédé dit-il par la mémoire de son père.
Marie propose que le déjeuner du lendemain, 14 juillet, est lieu dans un Bouchon de leur choix : les jumelles tiennent à participer à la fête du 14 juillet et à soulager Nathalie : Joseph se fait tirer l’oreille avant d’acquiescer ; l’intimité nécessaire au sujet principal de la fin de semaine retrouvée, un air de liberté est bienvenu.
Le 14 juillet se déroule en famille, sans tambour ni trompette, mais avec la satisfaction de la tâche accomplie. Joseph un peu absent, est entouré par une nuée de bienveillance intuitive de ses enfants, attentive des adultes. La famille au complet raccompagne les tantes parisiennes au TGV de 17H pour un départ ému.
Acte IV
À la fin des vacances, Joseph à l’occasion d’un stage de la « Fédé » en région parisienne, passe quelques nuits dans la chambre d’ami de Laure et Lucien. Les soirées sont mises à profit pour reprendre avec Marie et Lucie la discussion où elle s’était arrêtée. Il a assimilé leur longue conversation de juillet, elles l’ont convaincu ; il veut aider Louise à s’en sortir. Il a deux nouvelles préoccupations ; la première est de faire un pas dans la direction de sa sœur. Il souhaite la rencontrer mais par où commencer ? Lucie lui propose de parler de son ressentiment avec un collègue à L., Alexandre R ; il l’aidera à trouver le chemin de cette étape importante pour Louise et pour lui, leur confrontation avec leur passé mortifère.
La seconde est comment va se passer l’assistance nécessaire à son retour à la vie normale. Marie prend la parole : la réponse est incertaine, la justice va décider du cadre de sa réintégration. Si le résultat de l’appel favorable, l’objectif sera que Louise soit considérée handicapée mentale, assurée sociale et médicale de l’état ; aujourd’hui Lucie et elle assurent une présence éclairée au quotidien, le reste sera à écrire, avec son aide. La réponse est imprécise, la décision de justice une première : on navigue à vue. Si la partie n’est pas gagnée d’avance, la démarche et la loi nouvelle répondent au cas de Louise. Chacun, frère et sœurs, embrasse son paquet avec cœur. Laure et Lucien assurent à la petite assemblée une ambiance de famille, que Joseph apprécie. Il est au centre : tuteur légal, toutes les mesures passent nécessairement par son aval et son assentiment. Les jumelles le tranquillisent.
À la visite suivante, Lucie raconte à Louise les détails du projet et l’approbation de Joseph ; Louise ne répond rien, mais son visage se colore et son regard chavire… Lucie se hâte d’annoncer qu’elle sera en première ligne pour les recherches nécessaires à la motivation de la demande. Marie ajoute qu’elle est à l’origine de la démarche, qu’elle a anticipé la modification de la loi. Lucie conclue :
– C’est ta reconquête ! Et tu peux compter sur nous.
La procédure de révision auprès de la cour de Cassation est exceptionnelle mais elle se justifie par une modification de la loi qui peut être favorable à la condamnée : si la saisie de la plus haute instance de la justice française est d’une formalité supérieure, en principe le fond de la demande n’est pas un problème. Elle soulève une question ; l’incriminée a été reconnue coupable à O., son représentant légal habite L., Louise est en traitement dans un établissement parisien. Après quelques tergiversations les magistrats choisissent la capitale, sollicitée par les avocats de Louise : le barreau et la cour de Paris s’intéressent de leur côté à un premier rendu de justice dans le cadre d’une nouvelle loi. La demande en révision est acceptée et est confiée à la Cour d’Assise de Paris dans une procédure dite circulaire. Un avocat associé du Cabinet, Me Jacques B., prend en main les rênes du procès ; la situation n’est pas courante et la création d’un précédent motivent le futur baron de l’ordre. La production de Louise est surabondante ; le triage est l’affaire de Marie qui passe le résultat ensuite au crible de la hiérarchie. Le travail de documentation est apprécié de l’associé. Lucie et Marie, fortes de leur bonne relation avec l’équipe hospitalière, divisent en deux la visite autorisée par le juge de suivi des peines. Marie continue à venir le vendredi ; le travail juridique, recherche, montage du dossier sans précédent, est l’objet de longues discussions. L’ainée y apprend l’esprit de la lettre et la cadette écoute une autre lecture du code, à la lucidité crue. Le mardi, la visite de Lucie est moins objective : Louise d’abord désorientée, par l’absence d’objet se laisse aller, à petit pas, à des démonstrations d’affection, où affleure une sororité ancienne ; elle se projette vers un nouvel avenir, dehors, libre sollicite des nouvelles de Joseph, de sa famille… Un jour elle demande comment reprendre cette relation fraternelle ? Lucie verra avec Joseph et lui propose d’en parler avec son analyste, et son psychiatre : « détoxe et intoxe » !
Avec l’autorisation du juge du suivi des peines et l’assentiment de Louise, une première rencontre est marquée, plus de cinq ans après le drame, un premier tête-à-tête auquel les jumelles prennent soin de ne pas participer. Une belle après-midi d’octobre Joseph retrouve sa sœur dans le jardin de l’hôpital : ils s’embrassent avec un semblant d’affection, une retenue douloureuse. Sous la ramure bruyante d’un marronnier, ils s’asseyent l’un en face de l’autre, chacun sur son banc de pierre, une allée, deux enjambées de distance.
Ils échangent sur leur quotidien respectif : la vie professionnelle de Joseph et celle de Nathalie, les enfants, leur scolarité. La routine de l’hôpital, la liberté de Louise à l’intérieur des murs, et sa participation active à la révision d’un « procès qui n’a pas eu lieu » précise-t-elle. La discussion glisse sur le rôle essentiel des jumelles : leur action attentive et affectueuse, leur compétence discrète et effective reçoivent les éloges de Joseph et un voile de réserves émues de Louise. Elle profite du détour pour reprendre les détails juridiques de son histoire : distante elle en parle avec une connaissance précise ; les textes de loi, les décrets, les procédures semblent n’avoir aucun secret pour elle. Le grand-frère est bluffé par l’expertise avec lesquelles elle lui explique les prochaines étapes, les chances de succès, les risques : le travail est bien parti… L’exposé se tarit. Après un silence prolongé, Joseph frileux :
– Tu me donnes des nouvelles de ta santé ?
– Je sais que tu en as déjà. Mais je veux t’en parler.
Louise regarde la pointe de ses pieds, croise les bras serrés sur sa poitrine, réfléchis, dans un essoufflement irrégulier :
– Ce que je vais te raconter personne ne te l’a raconté… C’est ce que je te dois…
Elle essaye de fixer son frère, mais son regard se trouble, Joseph le voit et s’émeut. Elle baisse les yeux, les relève, sans le regarder :
– J’étais très malade… Je ne le savais pas… Personne ne le savait !!! Je le suis encore, mais je me soigne, j’ai appris à faire avec.
oseph ne la quitte pas des yeux.
– Ce que peu de personnes savent, c’est que ceux qu’on appelle les cinglés, les fêlés, les dingues, les fous furieux, les aliénés sont des femmes et des hommes atteints de maladies mentales, qui souffrent ignorants leur mal et sans savoir à qui en parler.
Elle reprend son souffle, surveille Joseph du coin de l’œil.
– Enfant, seul ma famille ne me m’a pas rejetée… Je croyais que c’était la couleur de ma peau, et j’en voulais à Papa…
Elle se concentre en regardant droit devant elle.
– Ma maladie m’a fait entendre des voix, j’étais persécutée, j’allais mourir ! Ça a duré des mois, des années… Surtout après le décès de Maman. J’étais terrorisée 24 sur 24 à l’idée de mourir : un jour elles m’ont ordonnée de tuer pour ne pas être tuée…
Elle lève les yeux au ciel, bouleversée… Ardente elle regarde Joseph dans les yeux :
– Joseph ! Ce que je te raconte est réel, aussi réel que tu es devant moi maintenant.
Elle se lève…
– Les psychiatres parlent de schizophrénie paranoïde, la justice de paranoïa quérulente, les médias de psychopathie. Ma psy n’aime pas les étiquettes ! Avec elle je parle de ma souffrance pour en faire le tour : elle a raison, tous ces noms c’est pour les autres, ceux qui ne savent pas.
Elle marche nerveuse :
– Je prends et prendrai un médicament longtemps, toute ma vie peut-être, pour contrôler ma maladie ; un sourd ne porte-t-il pas un appareil pour entendre ? Un drogué ne prend -t-il pas un antidote ? Ma maladie c’est ma drogue, mon handicap, ma vie…
Puis de nouveau assise, elle le fixe, presque calme, dans les yeux :
– Il faut que je me méfie de moi, c’est ce que j’apprends toutes les semaines, à chaque séance avec ma psy.
Joseph se lève lentement, franchit les deux pas qui les séparent, s’assied à côté d’elle. Il n’a pas tout compris mais il a retrouvé sa sœur, souffrante et véhémente ; elle a besoin de son affection :
– Louison, maintenant, je sais ce qui t’es arrivée, un peu…
Louise tremble, vibre comme un arbre dans un vent d’orage…
– Louison, tu vas t’en sortir. Je te fais confiance et je vais t’aider…
Louise pleure en silence, sans se cacher
– Louison, je suis ton frère, tu es ma sœur, tu peux compter sur moi.
Comme elle ne bouge pas, il passe un bras protecteur sur ses épaules. Elle se redresse, reprend son souffle, essuie les larmes de son visage :
– Jo, je croyais que je ne te reverrais jamais, que tu m’en voudrais toute ta vie ! Que tu me prendrais pour une folle bonne à rester enfermer, que tu garderais tes distances…
– C’est difficile à accepter ce qui est arrivé ; il faut arriver à comprendre…
Jo à retirer son bras des épaules de Louison, mais leur discussion continue à bâtons rompus longtemps.Quand ils se quittent, obligés par le règlement, ils s’embrassent fraternellement. Jo ajoute :
– e reviens te voir, promis ! Avant téléphones-moi quand les jumelles viennent te voir.
L’heure est arrivée de présenter Louise a son avocat Me Jacques B. puisque c’est lui qui l’accompagnera dorénavant dans sa nouvelle confrontation avec la justice. Soigneusement préparée le premier rendez-vous laisse une bonne impression des deux côtés. Louise s’est sentie en confiance, à discuter quelques détails de la procédure à venir comme les conditions de sa présentation au président de la cour : elle a été tranquillisée par les réponses. Son avocat la prépare à la confrontation qui aura lieu avec les neuf jurés, le trois juges et l’avocat général : ce dernier a, comme elle le sait, le rôle de faire respecter la loi, aveugle et sourde par nature. Le face à face sera déterminant.
Les courants sont favorables. La loi a entériné l’évolution de la morale générale, sous influences multiples. La cour et le parquet s’empressent de recevoir ce dossier nouveau dont la complexité reste modérée : il demande un peu de hauteur de vue dans les considérations préalables et dans son rendu, pour créer un précédent solide. La cour d’assise de Paris ne voit pas d’inconvénient à passer en tête dans le premier virage. Les vents soufflent dans le bon sens : le bureau d’avocat est connu, le dossier largement documenté. Lorsque le juge d’instruction demande une expertise au psychiatre des prisons et un avis au juge de suivi des peines : rien ne désabonne à ses yeux le cas de Louise ressemble tellement à un cas d’école qu’il requiert un complément d’information et une contre-expertise. Les deux corroborent les premières analyses.
e juge d’instruction transmet le dossier au ministère Public début novembre. Un avocat général est nommé en charge dorénavant du dossier. Sur proposition du procureur général le premier Président par arrêt de la cour d’assises charge la chambre 3-7 : une Présidente et deux assesseurs sont désignés, la procédure de tirage au sort des neuf jurés est lancée. Ni Joseph ni personne de sa famille ne s’est porté partie civile. Le procès de Louise sera centré sur son crime et sur sa personne. Le procès est prévu par le premier magistrat du 12 au 16 janvier 2009.
Acte V
Le premier jour la Présidente insiste sur le rôle des jurés – leur devoir de réserve et leur attitude durant le procès -, elle présente les faits reprochés à Marie, et le changement de législation cause de l’appel. Puis elle expose les éléments mentionnés lors du premier jugement revenant sur la qualification légale des faits.
La Présidente demande la présence de Louise à la barre, pour lui demander si elle reconnaît les termes du jugement précédent ? Louise impressionnante de tranquillité répond :
– Madame la présidente, Messieurs les juges, Mesdames et Messieurs jurés, je reconnais les termes enregistrés par la cour d’O., mais ce n’est pas le jugement de ma personne puisque j’ai été considérée irresponsable : ce que je conteste, cause principale de ce jugement en appel.
Un silence bruyant court la salle d’audience.
La parole est donnée à l’avocat général. Son réquisitoire revient sur les faits qu’ils détaillent sobrement ; suivent les rapports de police, les circonstances apparentes, l’état de santé constaté de l’accusé par deux experts psychiatres auprès de la cour de O. Devant un auditoire attentif, il insiste sur la transparence des débats, la cohérence de la décision, et l’absence d’éléments nouveaux. La justice a statué en accord avec la législation d’hier et d’aujourd’hui : il questionne la demande de révision. Il demande à la barre des témoins les deux experts psychiatres chargés par le juge d’instruction d’un nouvel état de santé de Louise : les deux diagnostics de schizophrénie paranoïde sont semblables. À la question de l’avocat général, peut-on guérir de cette maladie, la réponse est identique :
– Dans l’état actuel de la science, et de la médecine en particulier, la guérison est très improbable.
La Présidente propose en l’absence de partie civile à Me Jacques B. et aux jurés s’ils souhaitent poser des questions aux experts. L’avocat de Louise n’a aucune question, mais la Présidente demande au premier psychiatre cité des explications sur la maladie pour tenter d’éclairer juges et jurés. À la fin de la première journée, les jumelles se rapprochent de Louise bouleversée : elle y voit un acharnement… Les jumelles interviennent, la rassurent : les doutes soulevés sont la marque de l’intérêt légitime à comprendre avant de juger. De son côté l’avocat la tranquillise, rien n’a été dit contre sa défense future : il est satisfait du déroulement de cette première journée, le travail d’élucidation a été fait par l’avocat général, les experts des tribunaux et la Présidente. Son silence est stratégique.
La deuxième journée commence, avec l’autorisation de la Présidente d’une première déclaration de Me Jacques B. dans laquelle il souhaite présenter Louise avant qu’elle ne se présente elle-même comme une personne handicapée, porteuse d’une déficience psychique, qui la fragilise émotionnellement sans compromettre son discernement. À la suite de ce préambule, elle est demandée à la barre. La Présidente souhaite l’entendre répondre aux questions pour comprendre ce qui est arrivé le jour du crime. Quant à la reconnaissance des faits, Louise acquiesce. L’avocat général, « Pourriez-vous nous raconter les évènements qui précèdent le crime ? » Louise qui avait su se contrôler, se retourne manifestement émue vers son avocat qui la rassure du geste. La Présidente à son tour :
– Parler sans crainte !
Louise mal assurée, commence son histoire dès son enfance… L’avocat général manifeste son désaccord, la Présidente demande à Louise de poursuivre. Les jurés accompagnent attentifs.
Après un premier moment d’intense appréhension silencieuse, Louise accrochée à la barre, délivre un message saisissant de son histoire dès son plus jeune âge, sa relation avec sa mère qui décède précipitamment, la responsabilité qu’elle impute à son père, les voix qu’elles écoutent, qui la persécutent … Arrivé à ce point manifestement épuisée, elle demande à s’asseoir. La Présidente propose une suspension de séance de trente minutes.
À la reprise, la Présidente demande à Louise, si elle se sent capable de répondre, et après son acquiescement, lui demande qu’elle revienne strictement sur la journée du crime.
Louise reprend le déroulé de sa journée, isolée, elle reprend son discours sur la présence des voix qui la poursuivent…
L’avocat général demande la parole :
– Monsieur le président l’accusé ne s’en tient pas aux faits…
Louise sans autorisation :
– Mais pour moi ce sont des faits !
La Présidente survient se dirigeant à Louise :
– Veuillez-vous en tenir aux actes, s’il vous plait.
L’intervention de l’avocat général a eut l’effet de contrarier bon nombre des jurés qui souhaitent comprendre la personnalité de Louise.Louise s’est retournée vers son avocat pour lui demander conseil, se tranquilliser. Quelques minutes passent, elle se retourne vers ses douze juges, poursuit d’une voix enrouée :
– Pendant que mon père garait sa voiture dans le garage, je suis allé prendre l’arme de service qu’il cache dans son armoire à linge…Avant que lui et son ami n’aient franchi le seuil de la porte, j’ai tiré sans réfléchir plusieurs fois, persuadée qu’ils arrivaient pour me liquider…
Un silence pesant accompagne ces dernières paroles. Louise s’assied les jambes flageolantes. Son avocat se penche vers elle, lui glisse à l’oreille quelques paroles qui ne produisent pas d’effet. Elle continue la tête entre les mains, les coudes sur les genoux.
L’avocat général demande la parole :
– Monsieur le président l’accusé ne s’en tient pas aux faits…
Louise sans autorisation :
– Mais pour moi ce sont des faits !
La Présidente survient se dirigeant à Louise :
– Veuillez-vous en tenir aux actes, s’il vous plait.
L’intervention de l’avocat général a eut l’effet de contrarier bon nombre des jurés qui souhaitent comprendre la personnalité de Louise.
Louise s’est retournée vers son avocat pour lui demander conseil, se tranquilliser. Quelques minutes passent, elle se retourne vers ses douze juges, poursuit d’une voix enrouée :
– Pendant que mon père garait sa voiture dans le garage, je suis allé prendre l’arme de service qu’il cache dans son armoire à linge…Avant que lui et son ami n’aient franchi le seuil de la porte, j’ai tiré sans réfléchir plusieurs fois, persuadée qu’ils arrivaient pour me liquider…
Un silence pesant accompagne ces dernières paroles. Louise s’assied les jambes flageolantes. Son avocat se penche vers elle, lui glisse à l’oreille quelques paroles qui ne produisent pas d’effet. Elle continue la tête entre les mains, les coudes sur les genoux.
L’avocat général reprend la parole :
– Une question objective à l’accusée : dans le courant de sa vie, plus précisément les mois ou les semaines, le jour même des faits, a-t-elle souffert un type quelconque d’agression de la part de son défunt père ?
Me Jacques demande à la Présidente de lui donner la parole bien que la question ait été posée à l’accusée compte tenu de son incapacité passagère à répondre. :
– L’accusée a précédemment confirmé tous les témoignages qui ont été portés au dossier lors du premier procès ; son père était un homme droit et inflexible. Elle n’a jamais souffert de violence physique, ou psychologique. Des échanges verbaux enflammés caractérisaient leur désaccord, aucune menace n’a été proférée : son père manifestait, parfois, de la véhémence voire de la colère.
Après avoir échangé avec ses deux assesseurs, la Présidente prend en compte l’attitude de Louise et suspend les débats pour un déjeuner prolongé. Avant qu’il ne quitte la salle d’audience Me Jacques B s’entretient « in off » rapidement avec les quatre magistrats et le greffier. Joseph et les jumelles solidaires rejoignent Louise ; ébranlée mais consciente elle veut reprendre sa place. De retour son avocat, lui propose un changement de tactique dans la plaidoirie dont il vient de vérifier la possibilité auprès des magistrats. Après un petit débat entre les trois sœurs, Louise soulagée accepte.
À la reprise l’avocat général fait une lecture complète de chacun des témoignages tels qu’ils ont été consignés pour que les jurés en aient l’entière connaissance. Un droit de réponse est donné à Louise qui donne la parole a son avocat pour répondre qu’elle n’a rien à ajouter, évitant de la sorte une confrontation qu’elle aurait du mal à soutenir avec le ministère public.
L’avocat général ayant terminé l’exposé de son réquisitoire, la parole est donnée à Me jacques B. ; cinquante ans, svelte aux cheveux blancs il est économe de ses mouvements ; il s’exprime lentement pour être bien compris, sans emphase ni émotion, regardant peu ses notes.
La perte de discernement au moment du crime ne peut retirer à Louise la responsabilité de son acte. La crise qui a entrainé le crime est un accès aigu de sa pathologie, faute de soin… Elle revendique son statut d’être humain, sans lequel elle retourne dans le les limbes des êtres qui ne sont soumis pas à la justice humaine, des irresponsables. Son état est comparable à celui d’une personne en état d’ivresse, entrainant une perte passagère de discernement, c’est à dire de ses capacités intellectuelles et psychologiques. La pleine conscience suspendue ne la dispense pas de se sentir, d’être responsable.
Pour expliquer avec une compétence à laquelle il ne peut prétendre il demande à la barre le médecin psychiatre de l’hôpital des prisons de Paris qui accompagne Louise depuis quatre ans le Dr Armand de M. pour qu’il vienne témoigner. Après qu’il ait prêté serment :
– La patiente Louise P. est arrivé à l’hôpital dans un état proche de la prostration, en état de choc suite à la prise de conscience des conséquences de son acte ayant occasionné la mort de son père et d’un ami de celui-ci. Dans les semaines qui ont suivi, un double accompagnement psychologique et médical, (l’écoute du malade et les médicaments) lui a permis de dépasser ce stade. Depuis presque deux ans elle a renoué avec une forme de vie sociale… Aujourd’hui elle reçoit des visites de personnes proches, a établi une relation personnelle avec l’équipe de l’hôpital ; elle demande des livres de droit et de quoi écrire pour préparer, sa propre défense, participe à sa demande de recours devant la justice. Louise a une licence en droit, et une licence de lettres modernes.
L’avocat général demande la parole pour questionner le témoin :
– Docteur peut-on guérir de cette maladie ?
– Les chances sont réduites, mais je préfèrerais dire que ce genre de maladie, et bon nombre de maladies mentales, comme d’autres maladies chroniques ou auto immunes, ont besoin d’un suivi médical et psychothérapeutique systématiques qui devraient lui permettre d’avoir une vie sociale.
Me Jacques B. demande a interrogé à son tour le témoin :
– Docteur dans le monde des statistiques de la même façon que l’on évalue les chances de guérison des patients, pourriez-vous nous dire qu’elle est le pourcentage de la population française atteinte de troubles du type de la psychose.
– Suivant les études les plus récentes on estime qu’entre 3 et 5% de la population française et européenne est atteinte de ce type de maladie.
L’avocat général a son tour :
– Heureusement très peu d’entre eux deviennent criminels.
– i on ne peut en guérir, avec le double accompagnement que vous proposez, pensez-vous qu’un être humain atteint de cette maladie a sa place dans notre société ?
– l n’y a pas de réponse générale ; dans le cas particulier de madame Louise R, je le crois. On pense aussi que les individus les plus brillants, artistes, intellectuels, scientifiques sont souvent des sujets porteurs de troubles psy.
Épilogue
La cour réunie, neuf jurés et trois juges professionnels soit douze votes, répondront à la première question : « Le discernement de l’accusé a-t il été altéré, ou aboli » par onze voix le discernement de Louise a été considéré « altéré ».
À la seconde question « Dans le cas du discernement altéré doit-on considérer le sujet comme dangereux ?» par dix voix la cour a décidé que Louise ne devait pas être considérée comme un «sujet dangereux». Devant ces conclusions la présidente, suivie par ses assesseurs, décida une remise en liberté immédiate après le jugement, accompagnée de l’obligation de la poursuite de l’accompagnement mise en place à savoir hebdomadaire avec la Dr Elise A pour dix ans, et mensuel avec le Dr Armand de M. psychiatre des prisons hors du contexte carcéral pour la durée de cinq ans, pouvant être renouvelé une fois pour cinq ans supplémentaires après demande et/ou acceptation du juge chargé du suivi des peines.
Louise après avoir habité chez Lucien et Laure, ses beaux-parents, pendant un an, vit seule dans un appartement proche de ses sœurs Marie et Lucie. Indépendante elle travaille au cabinet du Dr Jacques B. où elle remplit la fonction de documentaliste, avec l’estime et la considération de l’ensemble des membres du cabinet. Au bout de cinq ans elle a été libérée de sa visite mensuelle auprès du Dr Armand pour avoir avec la Dr Élise A. le support psychiatrique nécessaire.