7/31/26                                                     

Franc-tireur

Cher Ami,

Pendant la Révolution française, le franc-tireur est un soldat de l’infanterie légère, pendant la guerre franco-prussienne de 1870 un engagé volontaire en marge de l’armée régulière. Les FTP, Francs-Tireurs et Partisans, sont un groupe de résistants français de la seconde guerre mondiale ; les deux signifiés se confondent, quand les premiers sont autonomes les seconds organisés par le parti communiste : ils montent ensemble des opérations de commando et d’éliminations d’ennemis et de collabos. Dans son sens figuré, il est aujourd’hui utilisé comme celui de tireur d’élite non aligné : le syntagme est le titre d’un hebdo français.

L’indépendance, au sens actuel, intègre l’engagement pour une cause : si le franc-tireur se retrouve dans la réflexion et l’action aux côtés de consœurs ou confrères, il veille à n’être pas enrégimenté craignant le parti-pris et la perte de liberté, entre autres de penser. Son autonomie n’élimine pas le risque de se fourvoyer ; il en assume l’entière responsabilité dans sa recherche de clairvoyance : une gageure. Sa réserve est de la prudence.

Je redoute le parasitage naturel de la communauté plus que la nécessité extensive de la diversité des points de vue, conséquence obligée des limites d’un savoir. À l’écoute, comme Montaigne, je souhaite m’essayer à penser, à confronter mes idées à celles en circulation, quelques dizaines d’années d’expérience diverse m’aidant à les interpréter

Je mesure ressentis et convictions avec quelques proches de tous horizons, et réagis à ce qui me semble être les absurdités du panurgisme et la myopie de mon délire personnel. Mon indépendance assumée, je rêve d’apporter mon énergie au moulin de la tolérance pour une société démocratique et républicaine dont les composantes s’exprimeraient et agiraient librement pour plus d’égalité et de fraternité. Je honnis la loi du plus fort et sa barbarie : l’histoire de toutes les formes d’impérialisme montre, in fine, sa ruine.

Le franc-tireur que j’ambitionne, est un combattant isolé qui tendrait à être un phare de haute mer.

06/26/26

Résistant.

Cher Ami,

Avril 1943, Berlin, deux ouvriers Elise et Otto Hampell sont décapités pour avoir distribué 287 cartes postales dans des lieux publics : écrites manuellement une par une, elles dénonçaient le régime hitlérien.

À l’époque l’événement n’en n’est pas un ; à la fin de la guerre, l’ouverture des dossiers de la Gestapo rend public leur histoire : elle prend une dimension planétaire dans deux livres et des œuvres cinématographiques.

Ce couple de résistants allemands, à la conscience et la maturité politique exceptionnelles, sans tambour ni trompette, isolé à Berlin, à l’apogée de la violence du IIIe Reich, réalise une performance difficile à caractériser. A priori, sa portée est dérisoire et le coût maximum : deux ans pour distribuer moins de 300 cartes postales, soit en moyenne 3 cartes par semaine déposées dans des boîtes aux lettres d’immeubles et d’édifices publics, versus l’exécution capitale par le régime nazi. Il y a dans leur détermination une provocation du destin, une prise de risque énorme pour un effet symbolique ; le choix de contrarier un système colossal sans commune mesure avec les moyens possibles utilisés ; un geste désespéré qui veut répondre à une révolte essentielle, issue misérable à un insupportable impossible à partager.

Le couple « Antigone » du XXe siècle, refuse la loi de la tyrannie, et sans autre espoir que de sauvegarder un idéal qui pourrait leur survivre, choisit un suicide marginal et grandiloquent ; cette décision fait réfléchir sur la valeur du sacrifice : la mort pour qu’un idéal de vie humaniste et démocratique persiste dans un avenir incertain.

Un évènement exemplaire, plus qu’une illustration de l’humanisme souriant et de la complexité sociologique du philosophe clairvoyant feu Edgar Morin ; Juif résistant de la première heure, qui dès la fin de la seconde guerre travaille à la différentiation entre la responsabilité entière des Nazis et celle des Allemands à l’échelle de nuances inextricables. La simplification est obscénité malhonnête, qui ne séduit que les imbéciles dénués de sensibilité et de discernement.

#résistance #penseecomplexe #edgarmorin

01/05/26

Franc-tireur.

Cher Ami,

J’élimine mes mauvaises habitudes avec difficulté ; j’abandonne les bonnes facilement. Quand l’habitude devient une manie consolatrice et mortifère, elle ne me lâche pas. Si installer une saine routine requiert effort et constance, c’est sans proportion avec la détermination nécessaire pour écarter une aliénation. Trait de personnalité ou ancrage problématique, le morbide de l’addiction augmente l’attachement : paradoxal !  

Les activités en groupe les plus diverses, sport d’équipe, groupes de supporters, fête en tous genres, réunions organisées autour d’une cause, etc. libèrent chez les participants un véritable enthousiasme. L’individu d’abord tolère, puis apprécie et acquiesce, enfin s’engage dans un grandiose envoutant. Sur les réseaux sociaux, dans l’actualité, les exemples de fascination sont pléthoriques. Un exemple banal : avec un minimum de qualité, chorale et orchestre font apparaître au-delà de l’audible une ardeur communicative ; gravé dans l’affect, elle crée un désir de répétition. Allié à un message simpliste, elle est le marchepied à une conquête des esprits et des corps.    

Le réflexe grégaire amarre l’individu, le sentiment d’appartenir à un groupe cohésif rassure, la vague d’exaltation subjugue ; la manipulation peut surgir, et avec la récidive la dépendance.

L’isolement est préjudiciable à l’individu, et aujourd’hui la société exclut un bon nombre ; à l’inverse elle assujettit une majorité dans des confréries et tribus diverses, réduisant la capacité de penser : la soupe populaire livrée rassasie.

Mon isolement de la vie urbaine et sociale laisse perplexe, je passe pour étrange. Je souhaite cet isolement, pour garder mes distances avec une société où les valeurs rétrogrades et ostracisantes dominent, quand les humanistes sont remises dans un tiroir, dont on ose à peine les sortir.

Un pas de côté est nécessaire pour ne pas embarquer dans l’enivrement d’une chapelle ou d’une cathédrale, qui tôt ou tard expliquera quoi penser, puis comment penser.

Décalé, je suis à l’écoute, regarde, résiste : fourmi laborieuse, sceptique, aujourd’hui mécréante.   

#panurge #mécréant