01/05/26

Franc-tireur.

Cher Ami,

J’élimine mes mauvaises habitudes avec difficulté ; j’abandonne les bonnes facilement. Quand l’habitude devient une manie consolatrice et mortifère, elle ne me lâche pas. Si installer une saine routine requiert effort et constance, c’est sans proportion avec la détermination nécessaire pour écarter une aliénation. Trait de personnalité ou ancrage problématique, le morbide de l’addiction augmente l’attachement : paradoxal !  

Les activités en groupe les plus diverses, sport d’équipe, groupes de supporters, fête en tous genres, réunions organisées autour d’une cause, etc. libèrent chez les participants un véritable enthousiasme. L’individu d’abord tolère, puis apprécie et acquiesce, enfin s’engage dans un grandiose envoutant. Sur les réseaux sociaux, dans l’actualité, les exemples de fascination sont pléthoriques. Un exemple banal : avec un minimum de qualité, chorale et orchestre font apparaître au-delà de l’audible une ardeur communicative ; gravé dans l’affect, elle crée un désir de répétition. Allié à un message simpliste, elle est le marchepied à une conquête des esprits et des corps.    

Le réflexe grégaire amarre l’individu, le sentiment d’appartenir à un groupe cohésif rassure, la vague d’exaltation subjugue ; la manipulation peut surgir, et avec la récidive la dépendance.

L’isolement est préjudiciable à l’individu, et aujourd’hui la société exclut un bon nombre ; à l’inverse elle assujettit une majorité dans des confréries et tribus diverses, réduisant la capacité de penser : la soupe populaire livrée rassasie.

Mon isolement de la vie urbaine et sociale laisse perplexe, je passe pour étrange. Je souhaite cet isolement, pour garder mes distances avec une société où les valeurs rétrogrades et ostracisantes dominent, quand les humanistes sont remises dans un tiroir, dont on ose à peine les sortir.

Un pas de côté est nécessaire pour ne pas embarquer dans l’enivrement d’une chapelle ou d’une cathédrale, qui tôt ou tard expliquera quoi penser, puis comment penser.

Décalé, je suis à l’écoute, regarde, résiste : fourmi laborieuse, sceptique, aujourd’hui mécréante.   

#panurge #mécréant

30/01/26

Cher Ami,


Confession. Je lève mon verre à moitié plein à un désir volontaire : laisser une trace ; un acte de foi décidé à dépasser l’absurde de l’existence.

Dans le bréviaire des pessimistes, vieillir est se préoccuper d’éviter les pertes. Le temps qui passe les rend inévitables ; je reste avide des découvertes que l’avenir me réserve, et attentif à celles que j’irai chasser.

L’âge venant, j’aime cette indétermination relative, parents et amis sortent de scène. L’événement existe dès l’affleurement de la mémoire : nostalgie sans fin. Sans comptabilité sordide des sortants et des entrants, de nouveaux venus sont toujours possibles, si disponibilité et curiosité sont au rendez-vous ; « parent » et « ami » ont un sens à géométrie variable, à conjuguer avec une tolérante exigence.  

L’optimisme est nécessaire pour croire à mieux dans notre monde complexe et effrayant, mais aussi riche de nouveaux moyens. Un pessimisme fondamental caractérise l’ultraconservateur, le réactionnaire qui, convaincu, veut convaincre que le monde d’hier était meilleur que celui d’aujourd’hui, que les lumières du passé vont nous éclairer. Sans renier les acquis, je crois, avec un enthousiasme mesuré, aux outils actuels pour construire notre futur.

L’image d’Épinal de l’ancien assis avec ses camarades de classe sur le banc de la place du village à regarder passer le temps, est aujourd’hui remplacée par l’isolement dans le sofa du salon à regarder la télé… Je préfère me pencher sur les nouvelles problématiques de notre société, l’évolution des sciences etc. Et sans être aux commandes de rien, je continue à témoigner de ce que je vois et écris ce que j’en pense ; une hirondelle ne fait pas le printemps, mais européen et citoyen du monde, je ne me lasse pas de la tâche que j’ai choisie : résister aux forces rétrogrades et défendre l’humanisme. Vieillir, à mes yeux, serait se désister de croire à un monde meilleur, et de faire l’effort d’y participer : pas pour demain ! Je souhaite m’éteindre la plume à la main, à dénoncer, ce que je crois être, les erreurs et surtout leur répétition. Oxalà !

#optimisme # résistant @ivoszterling

09/01/26

Cher Ami,

Pas de trêve des confiseurs pour le président fanfaron relayé par ses influenceurs armés d’IA. Mais Ubu est nu, le compte n’y est pas : BB fait ce qu’il veut, Poutine lui tient la dragée haute, Xi le déjoue, « the US economy » patine. À la veille des élections de mi-mandat la coupe du Bibendum étasunien est plus qu’à moitié vide de résultats ; des revers à la marge du bulldozer apparaissent. Un succès était nécessaire pour faire briller l’image du leader de l’illibéralisme.

Le narcissiste de la Maison Blanche, au lendemain du jour de l’An fait un coup d’éclat, un peu facile mais bien joué, contre le président de la République du Venezuela. Si l’exploitation des réserves pétrolières les plus importantes au monde risque d’être problématique, l’enjeu est un profit espéré entre 100 et 150 milliards de dollars US par an. Plus, effet d’annonce et affaiblissement directe de Xi et Poutine.

L’incursion impérialiste contre Nicolas Maduro est une insulte à toutes les conventions et règles établies depuis la fin de la seconde guerre. La Chine et la Russie ne s’y sont pas trompées, condamnent l’initiative. L’Europe, dont la France, continue de caresser dans le sens du poil la blonde crinière du cynique octogénaire : ce geste de tolérance diminue notre crédibilité et notre capacité à négocier, entrouvre la porte du Groenland aux ambitions de DT.

Le shérif de la planète, dans sa logique de prédateur, profite de l’effet de surprise et du succès de cette guerre éclair pour avancer ses pions vers le Groenland : l’Europe est le maillon faible de l’échiquier international, les autres pièces ont déjà montré leur résistance, sans effets de manche. Le vieux continent essaye de glisser entre les griffes du cousin américain impérialiste déclaré, telle une vieille fille effarouchée ; nous perdons notre âme à accepter du bout des lèvres les dictats du répugnant Donald.     

Européen, je ne peux que déplorer le manque de courage et de vision de l’UE ; ses étoiles se ternissent à ne pas dénoncer avec véhémence la truculence de la canaille capitaliste.

Mais l’histoire n’est pas écrite.

#donaldtrump #unioneuropéenne #2026