« I would prefer not to. » Bartleby. Herman Melville

… L’homme de stature moyenne, avance d’un pas assuré et lourd de quelques lieues, automatique : chapeau de chasse au feutre roussi, houppelande de gros drap de laine vert délavé et brodequins au cuir durci épousent sa démarche ; la posture projetée en avant facilite le mouvement, aide à porter un baluchon accroché à ses fortes épaules ; immobiles bras et mains se protègent sous la cape. Tout à sa tâche il marche, sans emphase ni inquiétude ; tel l’artisan de rue mêlé à la foule, il se concentre, solitaire. Les sens aux aguets, il sonde l’atmosphère : une fébrilité âcre sourd du fond de sa lassitude.
Le pont étroit sur La Soule traversé, une aire au vert bruni s’étend bordée par la Mairie à l’oriflamme décoloré, l’église aux tuiles vernissées bordée de son cimetière désolé, les vestiges d’un château moyenâgeux et un lavoir couvert de neuf. Une vingtaine de hauts platanes couronnent le trapèze central à l’herbe rustique de pâtis. Le piéton s’installe en son centre, son sac bistre de toile huilée glisse de ses épaules qu’il remue comme un animal qu’on débâte ; il frotte ses mains ankylosées par les heures de marche. Le visage tendu, il vérifie le cadre de son arrivée : des alignements ternes aux cheminées fumantes aboutissent à la place. Une ombre de satisfaction court le masque buriné.
L’homme ramasse branches et brindilles chues des grands arbres, quelques poignées de feuilles mortes. Après avoir allumé l’une d’elles à son briquet à essence, il met le feu à quelques autres, puis à des brindilles. Du bois de javelle une fumée chargée d’humidité fait place à un crépitement de langue de feu. Les flammes incertaines gagnent en importance, de gros rameaux secs sont rompus sur le genou pour compléter la flambée. Avec cautèle des morceaux plus épais sont distribués autour de l’embrasement.
Au crépuscule quand les vapeurs froides de la Soule se glissent dans les rangs serrés des maisons, un court mais vigoureux foyer anime la place. Quand le dernier halo de lumière fond à l’horizon, le nouvel arrivant sort de son bagage une forte cuillère en bois et un chaudron noir de fer fondu. Au lavoir il le remplit ; il nettoie quelques cailloux polis par le roulage des crues qu’il glisse dans la marmite pour abonnir le futur bouillon.
De retour au bord du feu, l’étranger le pondère, le recharge ; il s’accroupit et d’une chiquenaude relève son couvre-chef. Son regard fixe traverse les flammes ; d’un geste automatique il sort d’une poche intérieure une bourse de cuir et un brûle-gueule de merisier, consciencieux le bourre d’un doigt goure ; la tête penchée, un œil clos, l’autre sur le « Gris caporal », il enflamme la bouffarde à une brindille ardente. Aux premières exhalaisons, une détente court les sillons de sa physionomie guillochée. La brise cinglante de fin de journée est tombée, la maigre fumée s’élève sinueuse ; à distance de la flambée réconfortante, l’homme savoure l’âcre chaleur, hume l’odeur poivre et sève. Ses yeux se perdent dans la nuit installée par de là la lumière incandescente.
Le piéton, resté un long moment immobile à fumer chichement, tapote sa bouffarde dans le creux de sa main, la vide de ses cendres, et la glisse dans sa poche. La nuit s’est installée, le feu s’est assagi, les braises font une large tache rougeoyante ; il plonge la grande cuillère en bois dans le chaudron qu’il installe sur le tapis incandescent ; il en fait le tour, organise le brasier autour du pot de fer, remet les tisons au centre, rajoute quelques branches plus vertes à la combustion plus lente. Gardien d’un foyer en plein air, il reprend accroupi son rôle de vigie, pipe et blague à tabac. L’harmonie de la chaleur enfumée et l’éloquence des flammes enivrent ses sens assoupis ; il voyage dans un pays lointain, rêve posé, nostalgie sans nom qui gonfle son entrejambe.
Le brûle gueule rechargé, rallumé, retrouve sa place immobile en bouche. À demi-conscient l’homme perçoit, dans les ténèbres opacifiées par l’écran rayonnant du brasier, un hésitant contour s’approcher. Sans sourciller, il sort de sa veille ensommeillée, accompagne l’arrivée du représentant de la petite cité, tire une plus longue bouffée de fumée du court calumet. La silhouette sort de l’obscurité, dans le flottement de la lumière rougeoyante : le visage jovial du Jocrisse s’installe en vis à vis, s’accroupit. Distrait il se gratte la tête sous le béret, cherche le regard du chemineau sans contenir son insistance.
L’homme feint de ne rien voir, laisse l’ambassadeur hésitant s’asseoir, tapote dans le creux de sa main le petit fourneau de bois : les cendres tombées à terre, il se gratte la gorge comme pour s’éclaircir la voix, reste quoi. De l’autre côté de la flambée, les mains largement ouvertes, le nouvel arrivant, de loin en loin, gauche, se balance assis d’un pied sur l’autre. Après avoir toussé à son tour, le candide se lance :
– Pas vu le soleil aujourd’hui!
– … C’est la saison qui veut ça.
Plus tard il repart :
– Quelle soupe vous faites là ?
– Une soupe aux pierres.
Le maladroit à l’aide de la cuillère en bois vérifie la teneur du bouillon :
– P’têtre qu’elle serait meilleure avec que’ques patates ?
– J’crois bien !
Long silence, coupé par la frouée du frottement des quatre mains calleuses et le sifflement de l’effervescence de la sève.
– J’suis L’Jeannot, j’m’en retourne.
Le naïf autochtone revient sans tarder ; il plonge une brassée de pommes de terre dans le faitout, et satisfait se rassied à croupetons. Un long silence plus tard, L’Jeannot :
– L’temps va pas vers le beau…
– … Pour sûr.
L’homme rajoute du bois vert sur les braises, le simple repousse les tisons ; le temps se perd avec le vol d’un oiseau nocturne dans les frondaisons.
De l’obscurité de la nuit tombée, sort claudicant un individu ténébreux à l’âge avancé, courbé la main sur un haut bâton de bouvier, le regard caché sous un béret éculé. Il s’arrête à distance du feu, debout les deux mains au sommet de sa houlette, une patte raide ; un long moment il surveille d’un œil suspicieux la tournure du pot, de l’autre le tandem disparate. Il repousse de la pointe de la canne une branche :
– Fait frais c’soir.
– Près du feu on l’sent pas trop.
Deux temps plus tard :
– Et c’est comment qu’on vous appelle ?
– L’Contois… J’suis de là.
Trois mesures de silence dont la pesanteur va en diminuant
– Quelle soupe vous faites là ?
– Une soupe aux pierres.
– Hum !!! Sec.
Cinq mesures tenues par le chuintement du bois vert qui se rend à l’embrasement ; le nouvel arrivant jette un œil suspicieux au fond de la marmite, inspecte le bouillon la cuillère de bois en main.
– El’ serait pas meilleure avec q’ques oignons !?
– J’crois bien !
Les duettistes se surveillent du coin de l’œil ; plus tard, dédaignant le crédule :
– J’suis L’Père Richard, j’men retourne.
L’Contois et l’Jeannot restés seuls échangent un intentionnel regard morne.
L’ancien ombrageux revient les poches de son surtout sans nom rebondies ; il en extrait trois gros oignons blancs et une poignée d’échalotes pelées, qu’il plonge dans le faitout. Il se redresse, le menton sur les deux mains appuyées au pommeau de son bâton, s’aligne sur les premiers venus et leur vision spéculaire du feu.
La nuit est étale ; le bourdonnement de la ramure s’est éteint, le chant des flammes se dessine plus claire dans le silence. De loin, le frottement clapé d’un pas volontaire bruit dans les ténèbres, se rapproche du récent trio. Un barbu sans âge à la chevelure hirsute, la mine virgulée d’un mégot de cigarette roulée au coin de la bouche, une manche vide dans la poche de son caoutchouc, avance en trainant ses bottes de crêpe. Il anticipe son arrivée d’un raclement graillonné de gorge, à brûle pourpoint :
– B’soir !
– B’soir. Répondent d’une seule voix monocorde l’Jeannot et l’Contois. Le nouveau venu s’accroupit, sort un briquet à pétrole, le visage couché sur l’épaule dans un rictus de gargouille allume les restes jaunis de sa roulée. La main valide saisit la courtille, après un nouveau raclement de gorge :
– Fait pas chaud c’soir !
– Près du feu on l’sent pas trop. Lui répond le non-résident.
Le fumeur de sèche repousse les tisons d’un air distrait dans un mouvement réfléchi ; il est suivi dans son attitude, avec un décalage de temps varié par les autres membres de la petite assemblée.
– N’a pas fait les présentations : moi c’est L’Bernard, dit L’Rouge !
Bravache :
– L’seul communiste à des lieues à la ronde. Et toi c’est comment ?
– L’Contois ! J’suis de la « Haute Patate ».
L’Bernard jette le reste éteint de sa cigarette artisanale dans la braise :
– Quelle soupe vous faites là ?
– Une soupe aux pierres.
– Humm !!! Compréhensif.
L’autochtone de gauche jette un œil intéressé au fond de la marmite, inspecte le bouillon à l’aide de la cuillère en bois :
– El’ serait pas meilleure avec du lard ?
– J’crois bien! Confirme l’étranger.
Le collectiviste goguenard s’éloigne de son pas traînant :
– J’m’en retourne.
Les trois hommes en garde du foyer, sans presque bouger la tête se surveillent, échangent une furtive impression concertée. L’Contois entreprend de recharger de bois vert qui chante au contact de la braise ; l’Jeannot complaisant aide à la tâche en repoussant les tisons. On reprend sa place et sa rêverie au coin du feu.
L’Bernard arrive la main encombrée d’un torchon débordant de poitrine de porc fraîchement fumée. Après avoir déposé son marché dans l’herbe, il glisse, une à une, dans le faitout avec un air de seigneur bienveillant, quatre belles tranches de lard maigre. La scène, mine de rien, est suivie par trois paires d’yeux émus.
– Vous m’en direz des nouvelles, l’Monsieur l’est d’chez moi !
Accroupi, sa main valide manipule une boite à rouler dont il extrait une nouvelle « toute-cousue » ; il la coince au coin de la bouche et l’allume avec le même rictus de démon de gouttière. Le reste de l’assemblée apprécie la scène, regard plissé, sourire dissimulé d’abbé confesseur.
La température baisse a vue de nez ; une grosse bulle éclate à la surface du bouillon : le signal fait son chemin dans les estomacs. Un chien de chasse mâtiné arrive alerte, furetant, se réfugie auprès du Jeannot dont il sollicite une caresse.
– Tiens v’la le garde champêtre ! Raille L’Bernard.
Une armoire normande vêtue de chasseur rejoint le groupe ; le représentant de la police rurale sûr de son prestige jette un coup d’œil circulaire, et conclue :
– B’soir à tous !
– B’soir ! répondent trois voix. L’Père Richard muet impassible.
Une suspension interrogatrice pèse sur le quatuor silencieux ; le représentant de l’ordre les bras croisés semble attendre quelque chose :
– Lui c’est « L’Contois », l’est de la « Haute Patate ». Claironne L’Rouge.
– Huumm ! Sanctionne l’autorité administrative locale.
Le fonctionnaire territorial baisse la tête, se concentre, rentre en délibéré avec lui-même ; puis relève le front ceint de sa mission de protection de la commune; il décroise les bras, enfouit ses mains dans les poches de son pantalon et sur un ton consciemment courtois :
– Quelle soupe vous faites là ?
– Une soupe aux pierres. Affirme l’Contois.
– Huummm !!! Songeur.
Le gendarme des campagnes jette un œil interrogateur au fond de la marmite, inspecte le bouillon à l’aide de la cuillère en bois :
– El’ serait pas meilleure avec du chou et des navets ?
– J’crois bien !
L’homme de l’ordre avec une fausse modestie emphatique :
– J’suis L’Bertrand, j’m’en retourne.
La maréchaussée s’éloigne, digne et fier, son animal de compagnie sur les talons ; L’Bernard se racle la gorge avec le naturel des fumeurs et crache dans le feu ; L’Jeannot repousse les tisons et L’Contois recharge de bois vert ; L’Père Richard ne quitte pas sa posture de commandeur.
Le cinquième homme, son bâtard à la traîne, revient avec un lourd cabas : il en sort une belle tête de choux rouge qu’il coupe ostensiblement en huit portions avec son Eustache pour que les feuilles restent solidaires avec le trognon ; il les dépose, avec six navets, adroitement dans le chaudron qui est sur le point de déborder. Avec une préoccupation qui contraste avec sa magnitude, il plonge avec le dos de la cuillère-maitresse les derniers ingrédients dans le bouillon fumant. Du fond de son cabas il sort quelques bûches, et les dispose sur les braises autour de la marmite commune :
– Ça chauffe mieux que le bois vert…
– Pour sûr. Agrée L’Contois reconnaissant.
L’Bertrand choisit sa place autour du feu pour garder un œil sur l’étranger ; un sourire commandé au coin des lèvres il propose :
– On va pas vers le beau temps !
– C’est la saison qui veut ça. Répond le visiteur.
– …
– …
– Et c’est comment le nom de ton pays ?
– L’Petit Fahys, commune de Fougerolles, le pays du Kirsch !
Les Saint-Lupéens amateurs de « Prune » et de « Mirabelle » apprécient ; des eaux de vie de fruits à noyau, la « Cerise » tient le haut du panier : elle rivalise avec les lointains cousins de l’ouest, Cognac, Armagnac et Calvados, la référence vaut titre. Chacun savoure silencieusement la mémoire du dernier petit verre de gnôle ; la réminiscence associée crée un début de lien : le germe d’une communauté éclot avec le souvenir de l’haleine de l’alambic qui ravit les visages usés.
L’animal de chasse à côté de son maître intuitivement se couche.
La chaleur du brasier détend les hommes las, la danse des flammes les ensorcelle.
Seul le chien sursaute, s’assied à l’approche de deux ombres, un couple avance d’un pas assuré, un homme et une femme, la soixantaine, portant beau, s’approchent ; une expression avenante parcourt les visages graves.
Lui sonne assuré :
– B’soir les amis !
– B’soir répondent les quatre voix assises.
Comme les nouveaux arrivés restent debout L’Bertrand se sent désigné pour faire les présentations :
– Salut L’Charles, bonsoir La Dédette, avec nous c’soir L’Contois, l’est de la Haute Patate, son pays c’est L’Petit Fahys de la commune de Fougerolles…
– Huuummm ! Entendu du Charles.
Le couple se rapproche, scrute la marmite les bras hauts croisés :
– Quelle soupe vous faites là ? Poursuit L’Charles.
– Une soupe aux pierres. Répond L’Contois.
– Huumm !!! Pensif.
Dans un même mouvement la paire jette un œil entendu au fond de la marmite, la Dédette inspecte le bouillon à l’aide de la cuillère en bois; ils se regardent convenus :
– El’ serait pas meilleure avec des saucisses ? Demande L’Charles presque gouailleur.
– J’crois bien ! Sursoit L’Contois en se grattant le menton.
– La Dédette, va don’ nous en chercher un bon mètre !
– J’men retourne ! conclue enjouée cette dernière.
L’animal à quatre pattes s’allonge, fait mine de s’assoupir, L’Charles trouve sa place autour du feu, s’accroupit ; après s’être gratté la tête sous le béret d’un doigt égaré, patelin il entame :
– Elle est bonne la goutte par chez toi !
– Pour sûr ! Sourit dans sa main L’Contois.
L’Jeannot impatient repousse les bûches vers le centre du brasier, suivi, un à un, des autres membres de la petite assemblée ; le bouillon commence à fumer :
– L’ beau temps est derrière nous ! Poursuit L’Charles.
– C’est la saison qui veut ça. Répond L’Contois.
La Dédette est de retour avec son chapelet boudiné ; elle le glisse méticuleusement du dos de la cuillère dans le bouillon bouillonnant ; elle sort de son tablier, sous le manteau une poignée de genièvres et un bouquet garni qu’elle repousse scrupuleusement le plus loin possible dans le faitout qui déborde et fait fuser l’eau sur la braise. Elle s’accroupit en prenant soin que sa longue jupe noire en corolle fasse un rempart, à côté de son Charles qui continue :
– Qu’est ce qui t’amène ?
– J’suis chemineau, j’m’arrête où j’trouve d’la tâche !
– Hum ! Affirmatif.
Les Anges de Saint-Lou passent en vol serré autour de la petite assemblée absorbée par-delà le feu par l’annonce : L’Contois est content d’avoir bien rempli son rôle, L’Jeannot croit à un tournant de la vie municipale, L’Père Richard continue imperturbable inquisiteur, L’Bernard se retient de défendre le travailleur de passage, L’Bertrand est satisfait de lui et de son enquête, L’Charles madré attend que les informations trouvent leurs places, La Dédette se cache de montrer sa satisfaction d’être la seule femme de l’assemblée. Le chien de la sécurité se redresse et scrute l’obscurité, sept paires d’yeux se perdent dans les lueurs du foyer, deux individus se rapprochent :
– Ça sent bon par chez vous ! Claironne une voix de femme.
– B’soir La Jacquote ! B’soir Grand-Jacques lui répond La Dédette.
– B’soir ! Reprend le chœur des hommes presque à l’unanimité.
Un couple souriant d’une cinquantaine d’années au teint rubicond s’approche comme on aborde une table d’amis.
– Quelle soupe vous faites là ? Renchérit la nouvelle venue.
– Une soupe aux pierres. Lui répond sa commère.
– Une soupe aux pierres !!! Complète la première.
Grand Jacques s’accroupit à côté du Charles ; curieuse sa compagne jette un œil réjoui dans la marmite, inspecte le bouillon à l’aide de la cuillère en bois:
– Mais Bon Dieu c’est pas une soupe c’est une potée !
– Huuummm !!! Fait le L’Grand Jacques gourmand.
Les deux compères n’échangent pas même un coup d’œil de connivence. La Jacquote prend la pose de sa commère à côté de son homme.
– J’vais faire les présentations ! Commence L’Charles. Lui c’est L’Contois, l’est de la Haute Patate ; son pays c’est L’Petit Fahys de la commune de Fougerolles…
– C’est la gnôle de ton pays quel‘ est bonne ! Complète son compère.
Après le même non échange de coup d’œil complice, L’Charles poursuit :
– L’est chemineau, i’ s’arrête où i’ trouve d’la tâche !
– Huumm! Sans surprise.
Un autre vol de messagers ailés Saint-Lupéens se réfugie dans la futaie ; une chouette hulule, le matiné se couche la truffe entre les pattes, ferme un œil, puis l’autre. Plus tard, L’ Grand Jacques patelin :
– On verra ça d’main… Et y a rien à boire !?
Après un silence entendu, paternaliste L’Grand Jacques poursuit :
– Femme, j’ai mis en perce c’tantôt une feuillette de vin bourru …
La Jacquote se lève souriante, de la main elle hèle La Dédette :
– J’m’en retourne.
Les hommes restés seuls, L’Grand Jacques :
– La froidure s’en est revenue.
– C’est la saison qui veut ça. Répond L’Contois.
– Les Bêtes qui sont au pré, sont déjà avec l’poil d’hiver ! Complète L’Charles
– Et s‘avez vu les oignons du Père Richard !? Renchérit L’Bernard.
– Sûr ! Lâche le ténébreux participatif en hochant sobrement du chef.
– Les hirondelles et les fauvettes sont partis tôt ct’année ! Ponctue L’Bertrand.
– L’hiver va être dru ! Conclue l’Grand Jacques en faisant circuler un paquet de Gauloises, dans lequel chacun pioche.
L’Jeannot sourit satisfait d’être dans la confidence pendant que chacun allume sa « gauluche » au tison qui court de main en main, fermant le cercle.
Les commères reviennent avec quelques bouteilles sans bouchon et une dizaine de verres ; elles font le service… La Jacquote en servant une demie dose au Jocrisse :
– J’tai à l’œil, toi !
La soirée commence…