Retrouver les copains au bistro ou embrasser des proches, marcher dans la rue ou au parc, aller chez le barbier ou au restaurant, voir un film ou une expo, sortir acheter du pain ou du vin, répondre à une envie spontanée de… NON !
La perte des petites libertés du quotidien est d’abord une simple restriction : nécessité fait loi ! Si l’appartement devient un aquarium, l’ouverture des fenêtres, un peu d’inspiration et la stricte contention physique me semble raisonnable, l’appréhensible coercition supportable.
L’autre dans la complétude de son corps devient hors de portée ! L’interdit d’accès aux vibrations qui en émanent – la voix, l’odeur, les traits du visage, la silhouette du corps, la chaleur de ses bras, la tendresse de son baiser… -, et à son inaltérable singularité physique se transforment en une constante frustration.
Le virtuel mystificateur pallie un temps, la nouveauté enchante, la facilité rassure ; on va s’adapter, tout n’est qu’une question d’habitude…
Dans l’obscurité des nuits mal dormies, la prohibition se revêt silencieusement d’un manteau mélancolique ; vent coulis il glisse, enlace. Son inquiétude cotonneuse enveloppe, pèse.
Surgissent des rêves nostalgiques:
– La mélodie de la voix qui, sans y prêter attention, accompagne.
– L’odeur du proche porté par un courant d’air, qui s’égare, enveloppe.
– La singulière empreinte de la main sur le bras, du baiser sur la joue, sur le front.
– L’intensité du regard échangé, silencieux, lourd de sens et d’affection.
– La fugacité vitale, née au creux de l’oreille, aux confins de la narine, à fleur de peau, dans le chatoiement du regard.
Qu’aucune virtualité n’étanche.
Une camisole s’est imposée pour survivre.
Le seul survivre ne suffit pas à vivre : mille et un petits riens éclats de libre-contact composent la vie.
Le goût de cendre de la mélancolie envahit, à petit pas, ma nostalgie.
PS : la nostalgie des proches facilement étanchée, atténue d’une nuée d’affection l’incurable des absences définitives. Aujourd’hui la perte prolongée de ces contacts courants, sans échéance, inverse l’équilibre des sentiments mitoyens : la mélancolie fuligineuse des départs sans appel envahit d’une poussière incandescente la subtile nostalgie colorée des absences passagères.