22/05/26

Rêve.

Cher Ami,

L’aspiration à la justice sociale, jamais atteinte ou à l’équilibre précaire, est un phénomène de société récurrent.

Comme la démocratie, le Marché semble un moindre mal, capable d’intégrer institutions de contrôle et affections humaines. Dans nos systèmes imparfaits, sciences et arts, renouvellent paradigmes et symboliques, questionnent l’organisation politique, participent à une perception de désordre, et à la croissance des nostalgiques de l’ordre ancien.

Par ailleurs, on assiste à une exaspération des formes d’identitarisme et d’individualisme, qui divisent, dispersent les forces de progrès, dépourvues de narrative de rassemblement pour réunir l’insatisfaction générale dispersée : les minorités demandent la reconnaissance de leur différence et les classes défavorisées, la majorité, affichent des revendications pragmatiques sectorisées. Tous veulent des réponses à leur besoin de mieux vivre, légitime devant le nombre croissant de millionnaires et milliardaires.   

L’équation est loin d’être résolue ; la société génère de puissantes aberrations : les guerres (Trump, Netanyahu, Poutine) coûtent vies et moyens financiers ; le libéralisme privilégie le court terme et tourne le dos à la planète ; le pourcentage de population sous le seuil de pauvreté ne cède pas depuis 2017 quand les plus riches investissent dans l’IA ; l’alimentation industrialisée nocive continue à dominer de sa communication mensongère… Faisant la part belle aux  réponses simplistes et grossières des populistes de tous bords.      

De premiers soubresauts viennent surprendre gauches frileuses et révoltées, et droites conservatrices et rétrogrades : certains grands patrons de la tech anticipent l’évolution de la société ; l’IA va entraîner chômage massif et révolte populaire. Ils proposent la taxation du grand capital pour financer l’assurance d’un revenu minimum (en sus d’une semaine de 32h et de 4 jours de travail), favorisant travail artisanal et loisir. Cet horizon, « la mise au service d’une société d’abondance où chacun pourrait s’épanouir » ressemble à un rêve ; le chemin à parcourir est chaotique. 

#ia #justicesociale

24/04/26

Art lucide

Cher Ami,

L’art, que l’histoire retient, en Occident naît souvent en lisière de son époque. Il crée un évent dans les rigidités du courant dominant de la pensée, des coutumes et des lois que les hommes instituent face à la Vie insaisissable.

Les artistes, au travail compulsif, questionnent, se révoltent, résistent à l’ordre établi : l’inspiration vient souvent du contre-courant des marges, des rejets et déchets, tabous qu’ils élèvent au rang de découvertes, de nouvelles esthétiques. L’artiste est, peu ou prou, un libertaire, refusant l’étiquetage passé : hors cadre. Il tolère un nouvel attribut, et l’accepte pour survivre et arriver sur le marché de l’Art. Parfois avec la dimension artistique vient la consécration : les œuvres deviennent monnaie d’échange, transforment les sponsors, en promoteurs de la critique de la société dont ils sont les piliers : échange bénéfique, l’artisan devient Artiste, le capitaliste un visionnaire mécène bienfaiteur.

Une totale intégration serait sa mort fonctionnelle, tel le fou du roi, il continue à sortir du cadre. L’historien d’art l’aide, le remet dans son contexte, souligne anticonformisme et originalité : caractéristique permanente, vertue de marché.

L’art conteste la morale courante, elle s’en libère, tombant parfois dans l’abjecte… La limite est aussi affaire de sensibilité, aux nuances infinies ; la liberté est la règle comme celle de la critique : échange de bons procédés. Funambulisme entre intégration qui pasteurise et provocation outrancière. La reconnaissance pervertit, l’histoire enterre, pour faire renaître, plus tard.

Une dimension bienfaitrice, une forme de délicatesse, ne pourrait-elle prévaloir? Révolte contre la violence que les humains affichent sans honte, dont on fait la promotion. Son discours ne pourrait-il pas promouvoir la poésie, étincelle de vie cristallisée à l’humanisme subtile? Sans autre utilité que la gratuité de son essence, évitant le morbide et le mortifère de l’univers fantasmatique humain. 

L’art qui met en scène la violence, n’empiète-t-il pas sur le territoire du reportage? Œuvre humaine, l’art est suspect.

#l’art #poésie

06/02/26

Cher Ami,

1906 Joséphine McDonald naît à St Louis (USA). Ainée de 4 enfants, à 13 ans elle quitte l’école et se marie.

1921 artiste de rue, elle épouse William Baker ; 22 le quitte pour danser à NY ; 24 elle rencontre Caroline Dudley qui monte à Paris un spectacle : “La Revue nègre”. Octobre 25 JB, leader, fait son entrée au Théatre des Champs-Elysées en dansant le Charleston vêtue d’une “ceinture de banane” : parodie souriante d’un érostime exotique. Tournée en France et à l’étranger la lancent. 27 elle enchaine aux Folies Bergères ; rencontre son 3ème mari et emprésario Giuseppe Abattino, ouvre son club. Elle séduit Picasso, se lie d’amitié avec Cocteau et Hemingway . Georges Simenon devient son sécrétaire et son amant. Elle milite à la “Renaissance de Harlem” contre la ségrégation.

30-31 Meneuse de revue au Casino de Paris, elle participe à des soupes populaires, danse le tango. 35 tournée aux Etats-Unis : les américains sont sceptiques. 36 en France elle épouse Jean Lion et obtient la nationalité française. 37 le couple s’installe au Château de Milandes, Périgord, où elle cache juifs et résistants de 39 à 44.

Infirmière pilote secouriste, correspondante du renseignement, Joséphine glane des informations de ses mondanités. Elle se produit en Espagne, au Portugal et en Afrique du nord. Elle termine la guerre sous-lieutenante médaillée. 45 elle est l’ambassatrice de C. Dior et P. Balmain. 47 avec son 4ème mari Jo Bouillon, elle accueille à Milandes 12 enfants adoptés de 8 nationalités différentes, sa ”tribu arc en ciel”.

51 de retour aux USA elle y est l’objet de discrimination, interdite pour dix ans : parti pris pour la lutte contre la ségrégation, elle poursuit sa carrière dans le jazz.

60 elle rejoint le mouvement de M. Luther King, 66 est reçu par Fidel Castro. 68 à l’Olympia, elle se produit pour essayer de renflouer les caisses de Milandes dont elle finit expulsée malgré l’aide de Grace Kelly.

75 elle décède d’un AVC après être passée à Bobino devant Sophia Loren, Mick Jagger, Diana Ross, Liza Minelli…

2021 Joséphine Baker est la sixième femme, la première noire, à entrer au Panthéon.    

#pantheon