05/06/26

Phénomène de corps.

Cher Ami,

Dieu est une création de l’être humain pour donner un sens là où probablement il n’y en a pas. L’homme a peur du vide, le vertige terrorise.

L’homme, être parlant, a un mode de communication capable de créer des concepts, des symboles, éloignés de la réalité matérielle. Ces fictions ont construit techniques et systèmes politico-sociaux, engendré les progrès d’un mieux-vivre dont nous touchons les limites.

Ces représentations ont permis, depuis des milliers d’années, aux spécialistes de sciences exactes et humaines d’approcher l’infini de la vie, sans y parvenir. Leurs nombreuses élaborations demandent comme condition sine qua non un consentement, conscient ou pas : dès lors la frontière entre les fictions ancrées dans le réel et celles libérées de tout ancrage est floue et variable. Un résultat de recherche vraisemblable d’une personne consacrée par ses pairs engendre un prédicat qui prétend embrasser une partie de Vérité. Même limité, il fournit une réponse à un vide de connaissance, favorisant son apparition et son acceptation : un acte de foi qui anesthésie l’inquiétude de l’esprit et de l’âme.

L’âme est une autre idée sagace, cache-misère d’un autre vide, celui intérieur tout aussi vertigineux ; dématérialisée elle est l’étincelle de vie qui, un jour, nous lâche. Des prédicateurs assurent qu’elle est la part d’éternité qui, après le dernier pas, rejoint Dieu ou, comme vous le souhaitez, l’infini de la Vie.   

Aux yeux de certains et pour plus de consistance, l’âme serait aussi le siège de la pensée. La mort cérébrale confirme le contraire, la pensée est un phénomène de corps : en l’absence de réaction cognitive, et de quelques autres signaux, les médecins confirment la mort clinique ; l’arrêt des appareils, qui maintiennent le corps en vie, entraîne le décès légal. À quel moment l’âme délaisse-t-elle le corps ? Les exégètes en débattent. L’imagination alimentée par l’affection crée aussi d’autres fictions, non moins légitimes.

Je préfère cultiver le mystère et la nostalgie, qui me ramènent irrémédiablement à vivre intensément « ici et maintenant ».

#ame #dieu

03/13/26

Cher Ami,

Le temps n’y fait rien. Passé et présent ne laissent pas d’espoir ; après des millénaires des progrès matériels ont été enregistrés et l’espérance de vie avance, mais le matériel de guerre est tout-puissant et la vie sur terre est menacée.

La confrontation du bien et du mal, essence du vivant, symboliquement éros et thanatos, dans les diverses versions de la morale est racontée associée au respect des traditions. L’Histoire de l’homme et de ses institutions confirment que cet antagonisme est de tous temps, sans embelli.

Pas de désespoir non plus, une action bienfaisante peut avoir des conséquences négatives, l’inverse aussi :  la rivalité durera tant que notre planète la supportera. L’option politique unique, si elle était possible, d’un des deux clivages traditionnels précipiterait l’avenir : les forces politiques dites de progrès, baignées d’idéalisme et de théories, remettraient en question l’équilibre précaire acquis par des siècles de tâtonnements ; quant aux forces dites conservatrices dominantes aujourd’hui, nous témoignons de la violence fascisante dont on peine à voir l’issue de la spirale destructrice. La morale nous oblige à la recherche d’un impossible équilibre, et donc à tous moments d’être contre le mainstream.

L’individu lui fait un choix irrationnel, intuitif justifié de connaissances limitées : partagé, il tend vers un mode de penser et de vivre qui le fonde, ou lui convient à court terme. Les plus positifs croient à l’innovation, incertaine mais promettant en thèse un progrès ; les plus frileux préfèrent le discours populiste du passé heureux, des coutumes. Quelques-uns balancent d’un camp à l’autre.

L’arbitrage des deux courants, et de leurs nombreuses sensibilités et théories justificatrices d’absolus, est difficile : l’équilibre est en perpétuel devenir.

Les valeurs humanistes défendues par nombre religions et philosophies sont érigées mais, travesties, n’aboutissent pas : des millénaires d’expériences nous permettent, au mieux, de faire du surplace.

Optimiste de la première heure, je n’ai pas choisi : l’expérience tempère mon éros natal de scepticisme.         

#populisme

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30/05/25

Cher Ami,

En France, l’Assemblée Nationale et le Sénat vont légiférer sur les termes qui encadreront les soins palliatifs ou d’accompagnement, et l’aide à mourir : le droit de disposer de son corps, en être humain responsable à part entière jusqu’aux ultimes conséquences.

La loi veut transcrire une vision « humaniste » : le proche bouleversé devant la tragédie d’un être cher sait qu’émotion et inconscient nous retirent la clairvoyance nécessaire. Les professionnels de santé parviennent mieux à circonscrire le cadre psycho-émotionnel du patient isolé dans sa souffrance.

Les élus légifèrent pour répondre à une demande de la société ; la loi n’anticipe pas, ce n’est pas son rôle, mais elle devrait envisager les conséquences ou les risques de dérive. La logique de la société ultralibérale croissante, dénuée de compassion dans les mains des puissances d’argent et leurs institutions privées, pollue l’écoute du sujet en détresse.

En Italie, premier pays à avoir clos les asiles psychiatriques et exclu l’enfermement, réforme du nom du psychiatre Franco Basaglia, voit la privatisation des services de santé retenir le patient en otage : aux mains d’un « administrateur », il est guidé pour d’excellentes raisons dans les méandres d’une institution dont les solutions multiples, sur mesure, accompagnent son évolution. Là, l’initiative privée qui dégage des bénéfices, absorbe déjà 50% des fonds publics destinés à la santé psychiatrique : quelle prise en compte réelle de la souffrance humaine ?

Au Canada, la loi à l’aide à mourir a été votée en 2021. Une étude récente fait apparaître, qu’au Québec, 25% de la population est favorable à ce que soit inclus dans les demandes recevables d’aide à mourir, des critères sociaux : aux yeux d’un quart des citoyens, d’un pays classé 3ème à L’Indice de Développement Humain de l’ONU, il serait souhaitable que pour des raisons socio-économiques, une personne qui désire se suicider, soit assistée médicalement. Dit autrement, l’état pourrait désister de l’aide économique aux plus démunis, et y substituer une aide à mourir. Imaginons ce souhait généralisé dans les mains d’un tribun populiste ?