15/05/26

« Opera buffa. »

Cher Ami,

Les qualificatifs du président de la première puissance économique et militaire de la planète se multiplient. Ils varient entre bête et méchant, fou et dangereux, clownesque et grossier, incompétent et impulsif… Pour ceux qui ne le soutiennent pas et qui vont croissant.

À ses propres yeux champion planétaire des dirigeants, la caricature de chef d’État ne reconnaît aucune autorité ; mais le flambant nouveau riche affiche une fascination pour les dorures et la liturgie de la royauté anglaise. Au vu du roi Charles III, il se lâche, hystérique devant le Mickey de ses rêves, multiplie les gaffes et les embardées protocolaires : au-dessus de tout, il se fout de mettre les pieds dans le plat.

Le face à face de son altesse et du cuistre relève de la bouffonnerie. Le contraste entre le subtil gentleman qui, face aux situations les plus inattendues, ne perd jamais l’entregent de son rang, met en relief la goujaterie de son partenaire de scène. Mieux encore, les complaisances de l’histrion sont réhaussées par la gentille arrogance d’une royauté tout en apparence. Charles III n’est qu’une figure symbolique vide d’autorité : chef d’État sans pouvoir, il a le mérite de faire croire à une noble différence. Il est le garant du fonctionnement d’une constitution qui l’a déshydraté. Le souverain obéit à un protocole que l’État aime voir appliquer à la lettre à tous les moments de son existence ; il est sollicité dans la vie politique du Royaume-Uni pour la recouvrir de son respectable manteau royal : mystification. Le monarque ne peut même changer l’usage des biens qui lui appartiennent, ni modifier le budget qui lui est alloué. Il est l’otage du parlement qui décide et du ministère des Finances qui gère.

La plus grande gueule des chefs d’État actuels s’incline lamentablement devant un fantoche politique. Profitant des flatteries du goujat criminel, Charles III a délivré à l’occasion d’un discours diplomatique affûté, une leçon de démocratie, de politique internationale et d’environnement, et octroyé un coup de brosse à reluire à la « House of Windsor ». Bien joué !      

#bouffon #trump      

26/12/25

Cher Ami,

Une année se conclut pour le monde occidental, marquée par l’outrecuidance d’un personnage sorti d’une mauvaise série d’Hollywood : souhaité par une majorité d’Étatsuniens d’Amérique du Nord, moins de 1% de la population mondiale, il occupe en permanence le devant de la scène internationale avec un profond mépris pour les autres 99%. Le garçon vacher vêtu de représentant de commerce est la caricature du pays qu’il dirige : au pays de l’Oncle Sam tout est affaire d’argent. Dans ce domaine ils sont les plus forts : depuis un siècle leur leadership économique (aujourd’hui encore 25% du PIB de la planète) s’est étendu au financier, au militaire, au culturel et à la diplomatie. Rien de nouveau sous le soleil !

Virage à 180 degrés, la pollution, conséquences de la vie économique, est le principal problème de la planète : de nouvelles valeurs apparaissent avec difficultés, mais indubitablement. D.T., dans sa vision passéiste de l’avenir, ne peut que nier ce renversement : sauver la face en vendant un « Make America Great Again ! » à la rhétorique commerciale.  Son chant du cygne est vulgaire et brutal, envers du dollar et des valeurs d’argent qui ont porté les USA au pinacle.

Le réveil tardif de l’UE, le jeu de go de la Chine, le poker menteur d’Israël et de la Russie ne questionnent pas Donald ; les valeurs historiques de l’Europe, de la Chine, de l’Inde, du Japon, du monde musulman, de l’Afrique etc. relèvent d’un humanisme complexe : incompréhensible pour lui ! Le mainstream « Make a deal » joue son va-tout : on bluffe, surenchérit, fait volteface, se contredit… Le numéro de cirque s’essouffle, les enthousiastes ne sont plus que convaincus, les convaincus doutent, certains tournent le dos. Ses alliés traînent les pieds, s’omettent ; ses ennemis jouent la montre, esquivent ; des événements périphériques enregistrent les premiers revers.

Nos cousins d’outre-atlantique se sont laissé séduire par un vendeur de cravates ; ils se réveilleront gros-Jean comme devant, à affronter une nouvelle réalité délicate et grave, à payer le prix des arriérés des cadeaux de leur Père Noël !

#DonaldTrump #imperialisme         

https://www.facebook.com/reel/304249339159877

10/10/2025

Cher Ami,

Autre provocation de Jacques Lacan : »Faire l’amour, c’est de la poésie ». Comment passer de l’action qui relève de l’animal au concept éthéré, suggéré par le langage mais aussi par d’autres formes de production humaine souvent considérées comme artistique, mais pas seulement.

L’ambiguïté de  » Faire l’amour » saute aux yeux : est-il à prendre dans son sens commun, littérale aujourd’hui, de l’acte sexuelle ou dans le sens que propose la juxtaposition des mots « faire, fabriquer « l’amour ». Dans le contexte de l’après deuxième guerre mondiale, la jeune génération avait embrassé la liberté de « faire l’amour » avec une force chargée d’hormones. Or l’amour est un sentiment que les êtres parlants inventent, entre autres, pour oublier que la mort, qui s’approche à chaque instant, est notre seule certitude, vide de sens. Le psychanalyste français se garde bien de nous éclairer: il semble nous enjoindre de douter ou de croire que les deux illusions se conjuguent, nous incitent à un voyage personnel, quand l’acte est peu ou prou réussi, proche de la seconde partie de sa maxime , »c’est de la poésie »… Mais pour cela, il faudra dépasser, en partie au moins, le désir ou l’objet du désir pour quelque chose d’autre ; un lâcher prise, un passage outre : à chacun son saut dans l’absence de sens. L’adjectif quis’approcherait le mieux est mystérieux, complexe ; il relève d’un domaine innominé entre cérébrale, sensuel, conscient, inconscient, imaginaire, intuitif, furtif… Faire l’amour à l’instant ultime a quelque chose de baroque, de libre, d’insaisissable.

« La poésie est la vertu de l’inutile » dit le poète Manoel de Barros ; à chacun de le découvrir. La poésie c’est cette capacité de l’être humain à percevoir, à sentir, une forme de décalage, un incongru souriant quelques fois au plus fort de la tempête : le rayon de soleil qui crève un ciel d’encre, les notes d’un accordéon dans la brouhaha d’un couloir de métro… L’inutile de la vie nous rapproche du sublime sans aucun appareil, si nous savons nous y prendre ; plus que divin, une absence de dimension qui nous entraine un instant vers un infini. La poésie est une forme de sensibilité, une compétence qui s’acquiert et se développe.

La provocation s’apparente à un aphorisme ; je fais l’amour aux feuilles de marronnier au vieil or rutilant dans le ciel gris du jardin du Luxembourg.