La Vache de Santos-Dumont.

(Extrait du journal « La feuille de Santos-Dumont »)

« Qu’adviendra-t-il de la société, de la politique et de la vie quotidienne quand les algorithmes non conscients mais hautement intelligents nous connaîtront mieux que nous nous connaissons? » Homo Deus de Yuval Noah Harari.

Prologue

Alberto Santos-Dumont est né au Brésil en 1873 ; il émigre à Paris. Après avoir expérimenté ballons et dirigeables, il préfère « les machines volantes » ; le 23 octobre 1906 il entre dans l’histoire de l’aéronautique en faisant décoller le premier aéroplane, et le 12 novembre il réalise avec son biplan le « 14 bis » un premier vol de 220 m en 21 secondes à près de 2 m d’altitude. En 1910 il abandonne l’aviation pour des raisons de santé. Au début de la première guerre des voisins ignorants le dénoncent comme « espion allemand » ; traumatisé et déprimé par la maladie qui s’installe, il rentre au Brésil. Après-guerre il revient en France, révolté par l’usage militaire de l’avion. En 1928 le diagnostic tombe : sclérose en plaque il rentre au Brésil où il se suicide en 1932. Il est à l’origine de la création de la première montre bracelet.
Santos-Dumont est aujourd’hui une ville entre Rio de Janeiro et, au centre du Brésil, Belo Horizonte, la capitale du Minas Gerais – État traditionnellement conservateur et subversif, résistant, à l’aune de notre massif central. La cité a pris le nom de son fils illustre, en 1932.

Le 09/01/2000 « Lettre ouverte » du conseiller municipal Ricardo Nogueira.

La préfecture de notre cité a raté le virage symbolique du troisième millénaire. Notre Maire, Dr Atlantico, récemment élu, a marqué son mandat d’un décret rétrograde : « Prohibition de vente de lait cru dans notre municipalité », et donc au poste d’essence de la BR 040.
Sur cet axe principal de circulation – à mi-distance entre deux des trois principales capitales de la Fédération -, le chauffeur professionnel et le touriste amateur après quelques heures de trajet, retrouvaient le plaisir authentique et simple d’un verre de lait tiré du pis de la vache.
En rentrant sur les pistes de la station-service immanquablement le regard du voyageur était attiré par la courte étable où se relayaient les vaches parquées dans le pré attenant ; singulière dans son style traditionnel – Une construction basse, simple structure en bois close de murs de pisé et d’une toiture de tuiles romaines -, cernée de bardage industriel.
Au siècle dernier et durant plusieurs dizaines d’années, la famille da Silva a offert avec l’opportunité de s’approvisionner de combustible, en marge de la course des chevaux vapeurs pollueurs, une halte bonne-enfant. Ce clin d’œil original incitait à la détente le cavalier du XXème siècle ; le sain breuvage provoquait un détour nostalgique, un présent du passé. Une réminiscence surgissait de la tiédeur nacrée : la courte mousse à l’odeur légèrement herbacée, le goût finement acidulé de la crème en suspension, transportaient le voyageur sur les ailes mémorables de l’enfance. Expérience privée, banalité sans prix, hors marché !
Dorénavant, circulez, il n’y a rien à boire !
La tradition libérale et gourmande de la Palmira* depuis le XIXème siècle savait conjuguer modernité – notre industrie laitière a été reconnue comme la première de l’Amérique du sud en 1880 -, et accueil frugal : s’affichait sans ostentation. Sûre d’elle et de son image progressiste, « Chemin neuf » de l‘ancienne « Route royale de la Cour » du transport de l’or entre les Mines et la capitale Rio de Janeiro.
Notre ville ne gagnera pas un gramme de modernité ; mais elle perd déjà le bénéfice d’un signe impair de bienvenu associé aux qualités de produit gouteux respectueux de l’environnement, qu’une frange importante de la planète redécouvre après des décennies de force pasteurisation et homogénéisation. Un ordre bureaucratique se prévalant de modernité scientifique a enterré le geste bienveillant ; un reste d’humanité sur la route aveugle du développement économique et social a été gommé.
Monsieur le Maire, Mesdames, Messieurs du conseil votre progrès est un recul. Je suis convaincu qu’Alberto Santos-Dumont m’eût apporté son soutien.

• Nom d’origine de la ville de Santos-Dumont.

Lettre ouverte du 12/01/2000 du conseiller municipal Celio Campolindo.

Notre cité abrite, encore, un représentant du XIXème siècle ; je le salue avec tout le respect que l’on doit à l’histoire ! Je n’en continuerai pas moins à dénoncer sans défaillir le manque de bon sens et de connaissance scientifique dispensée dès l’école primaire du XXIème siècle.
Soit dit en passant, l’appel à témoin de notre illustre compatriote visionnaire du début du siècle passé en dit long sur l’actualité de l’argumentation.
Si le lait sort quasi-stérile de la mamelle d’un animal sain, les mammites (Ou infections de la mamelle.) sont courantes : il en résulte un risque important de contaminations bactériennes (Staphylocoques, streptocoques etc.) ; les conséquences pour la santé peuvent entrainer gastro entérite, pneumonie, voire méningites et donc le décès des personnes les plus fragiles. Ces bactéries peuvent par ailleurs se fixer dans les articulations, les os, les poumons et le cœur où elles développent d’autres pathologies. Ce simple argument suffit à expliquer et à justifier la pasteurisation et l’upérisation (UHT) : elles sont des mesures d’hygiène préventives considérées nécessaire à la préservation de la santé de l’ensemble de la population. Aucune hystérie ou phénomène de masse, mais une expérience séculaire qui a fait ses preuves.
Mon cher collègue du conseil fait partie de la liste des nostalgiques maladifs, conservateurs ataviques ; il rêve d’un passé idéalisé dans lequel notre Mère Nature aurait en son sein tout ce dont les êtres humains ont besoin.
Les générations qui nous ont précédé, ont su développer un autre point de vue ; elles ont intégré un grand nombre de découvertes, à l’origine d’innombrables progrès qui nous ont permis, par exemple, de doubler en un siècle notre espérance de vie. Une avancée extraordinaire, un signe unique dans l’histoire de l’humanité, une accélération sans précédent de la qualité de vie à l’échelle planétaire. Comme rien n’est parfait, nous devons écouter, en contrepartie, l’avis du représentant d’un autre siècle.
Vous livrez, cher collègue, un combat d’arrière-garde qui tient de la méprise.

« Lettre ouverte » 14/01/2000 du conseiller municipal Roberto Nogueira.

Il n’y a pas plus redoutable que les auto-proclamés « progressistes » qui font passer les solutions du siècle passé pour des vérités définitives : étiquettes rapidement collées qui perdent de leur adhérence au premier questionnement. Notre environnement évolue, maintenir une vigie sceptique est nécessaire !
Laissons de côté la notion de plaisir de vivre qui ne semble pas faire écho au cœur de l’esprit des personnes dites bien informées. Des études récentes montrent que le lait cru agit, entre autres, comme antibactérien, antioxydant et qu’il exerce une action préventive et curative contre les allergies et l’asthme. Ces deux pathologies se répandent actuellement chez les plus jeunes d’entre nous dans des proportions préoccupantes ; on ne sait en déterminer exactement la cause, mais le développement de ces atopies serait la conséquence d’un débordement de précautions chimiques additionnées dans l’alimentation industrialisée. Mais soyez tranquille, cher concitoyen, le monde scientifique des laboratoires étudie déjà avec une grande sollicitude ces nouvelles pandémies silencieuses ! En bref de nouveaux remèdes vous seront proposés pour pallier aux conséquences des drogues d’hier : la pharmacopée s’offre ainsi une perspective infinie de développement, sans aucune forme d’intérêt(!?).
Si la faille humaine est toujours possible – Et tous les systèmes sont logés à la même enseigne ! – la détection de la mammite est faite automatiquement dans la routine de la traite (manuelle ou mécanique) journalière par l’opérateur : une mamelle (ou quartier) chaude, dure, gonflée, une sensibilité accrue de la vache avant et pendant la traite, la présence de cailles dans le lait détectables lors des premiers jets sont les indices nécessaires et suffisants pour diagnostiquer la maladie ; elle ne requiert aucune formation technique avancée. L’attention minimale d’une personne à un animal qu’elle côtoie quotidiennement, suffit. L’éleveur est préoccupé par ce genre d’affection ; les conséquences pour la survie et la productivité de son bétail sont immédiates et graves, voire fatales. Qui plus est, aujourd’hui l’information vétérinaire des éleveurs est supérieure à celle des décennies antérieures et les risques infectieux sont minima.
Sans ingénuité ni procès d’intention, c’est un véritable défi pour notre société consumériste que séparer le grain de l’ivraie du progrès. Si on ne peut demander aux sociétés privées de travailler contre leurs objectifs de croissance, ne peut-on trouver, par exemple, à la conservation et son savant dosage d’additifs, une alternative respectueuse des qualités du lait, et de notre santé ? À lire les emballages, aujourd’hui nous sommes loin de la pasteurisation /upérisation ! Enfin, donnons un plancher satisfaisant d’éducation à l’ensemble de la population pour éviter l’excès, par exemple, de populisme tautologique et ses enfoncements de porte ouverte.
NB: on ne connaît pas encore sur notre planète de cas d’éducation excessive.

« Lettre ouverte » 16 janvier 2000 du conseiller municipal Celio Campolindo.

Devant l’enthousiasme « naturaliste » et le crédit accordé à la bonne volonté humaine, je tiens à rappeler que la notion de progrès comporte la notion d’avancer, de dépasser. Si tout, en principe, peut être sans cesse remise en cause, des limites sont bienvenues et l’exercice de la démocratie m’oblige à répondre ici à mon honorable collègue.
L’histoire humaine a su éradiquer certains pépins et leurs disgrâces. Le lait cru mal conservé est porteur de germe en particulier de listéria mais aussi de germes de zoonoses. Les deux étaient une cause importante de mortalité infantile dans les villes au XIXème siècle. Dès 1830 avec l’appertisation (de Nicolas Appert) puis en 1865 avec la pasteurisation (de Louis Pasteur) ces problèmes ont été dépassés. Le principe est de chauffer (Pour une durée et à une température variables, affectant plus ou moins les qualités organoleptiques) des aliments – on a commencé par la bière et le lait -, pour réduire certains microorganismes, particulièrement les pathogènes, garantir la qualité de l’aliment et en reculer la date limite de consommation.
Est-il nécessaire de recommencer l’expérience ? À quel coût !? Non seulement en terme d’argent, mais aussi de vies humaines ?
La pasteurisation a permis le transport et la conservation du lait (entre autres) dans des conditions sanitaires acceptables et d’éliminer une cause importante de mortalité infantile. Et si on croit voir apparaître quelques effets pervers éventuels (non scientifiquement confirmés !) l’humanité dans sa très grande majorité a pu profiter de cette avancée reconnue et saluée.
Quant à faire le procès de l’initiative privée pour avoir su – employer des chercheurs qui se consacrent à -, découvrir et à industrialiser à l’échelle planétaire des progrès immédiats de la science, passez-moi l’expression c’est « jeter le bébé avec l’eau du bain ! »
N’en déplaise aux ergoteurs soixante-huitards nostalgiques de tout acabit, la question à leur grand dam est entendue.

« Lettre ouverte » du 19/01/2000 du conseiller municipal Roberto Nogueira.

Que nenni, cher collègue souteneur régressif de thèse progressiste dépassée, votre raisonnement manque sérieusement d’actualisation.
Des études récentes montrent par exemple que les fromages dits « Au lait cru » – Tant décriés par nos cousins de l’Oncle Sam, sans lesquels ils ne vivent pas plus vieux que ceux de la vielle Europe ! -, assurent leur propre défense contre la prolifération de listéria monocytogène ; à l’inverse la chute de la biodiversité microbienne des fromages à base de laits micro-filtrés ou des laits pasteurisés favorise sa croissance qui prolifère en cours d’affinage. « L’Autorité Européenne de la Sécurité des Aliments » évidemment intéressée à dépasser les barrières sanitaires (douanières !?) des Amériques a lancé une étude sur l’évaluation du risque posé par la consommation de lait cru. Les premières conclusions – qui ont besoin d’être confirmées pour des raisons de protocoles administratifs et scientifiques. -, montrent que les risques d’infection sont non négligeables mais que les cas réels (Sur l’étendue du territoire de l’U. E. la normalisation des réglementations n’est pas encore effective.) sont très peu nombreux, et très exceptionnellement mortels.
Les résultats pratiques sont en désaccord avec les doctes théoriciens ; à quoi doit-on se fier à la théorie ou au réel de l’expérience ? Tout scientifique de bonne foi reconnaît que ce dernier doit prévaloir dans tous les cas, quoiqu’il en coûte aux thèses doctrinales. Il s’agit bien d’une limitation de la sacro-sainte loi élevée au rang de vérité absolue, et donc permet au commun des mortels de légitimement douter, de questionner.
Enfin les européens de l’ouest, plus tolérants dans le domaine de l’hygiène des produits (J’évite volontairement toute notion de progrès galvaudé dans notre petite guerre interne !), ne vivent pas moins bien et moins longtemps que nous, et que les américains from USA. Cherchez l’erreur ?
L’homogénéisation Coca-cola est un excès (Voir la croissance du pourcentage d’obèse !) : le sujet est peu traité dans la « Grande presse » (et dans les grands médias), profitons de l’inintérêt du grand capital pour notre « Feuille » ! Nous avons pu préserver notre liberté de penser et d’écrire, de leurs largesses : n’hésitons pas à dénoncer les effets pervers du libéralisme planétaire : il courbe l’échine de l’exécutif, du législateur, du judiciaire, des médias et transforme l’être humain en consommateur assisté, invétéré, à son corps défendant.
À bon entendeur, salut!

« Lettre ouverte » du 21/01/21 du conseiller municipal Celio Campolindo.

Notre voisinage, chers lecteurs – Je remercie, en passant, ceux d’entre vous qui se manifestent en faveur de ma position-, est une source d’enrichissement permanente sur la nature humaine.
Cher collègue du conseil municipal, porté à l’optimisme et à la bonne chère, vous prenez les vessies d’hypothétiques perspectives pour des chances réelles d’avancées. Une bonne information est une information dûment vérifiée. Terrien je resterai avec le parti du réalisme pragmatique basé sur l’expérience séculaire et sa mise en pratique que vous prônez si bien.
Le principe, très actuel, de prudence convient à notre polémique ; elle pourrait bien comme les trains, en cacher d’autre(s). Des siècles de progrès et de bonnes pratiques ne doivent être annulés par les doux rêves de quelque idéaliste de la vie naturelle, nostalgique, inadapté des nouvelles technologies, qui préfère faire le procès des avancées que de se mettre en route.
Si la société du troisième millénaire crée de nouvelles contraintes dans des proportions sans précédents – en commençant par la quantité de résidents de notre planète, le réchauffement de la planète etc. -, il n’est pas raisonnable de consacrer du temps, de l’énergie et les deniers publics à remettre en question les progrès internationaux de la santé et des règles d’hygiène consacrés par les siècles. Pourquoi ne pas réinventer la roue, ou nous accrocher à l’étude du moteur rotatif ? Si le bon sens, n’est pas en soi la solution, une pincée, comme le sel dans une recette, est souhaitable. Pas plus que la ceinture de sécurité en voiture et le port du casque en moto ne sont l’objet de discussion – même si l’on se doit de les améliorer. -, la pasteurisation du lait et des produits laitiers, entre autres, ne peut l’être.
Par égard pour nos lecteurs et concitoyens sachons aborder les véritables problèmes, la discrimination, la pollution, la corruption, l’enrichissement des nantis et l’appauvrissement des plus démunis etc. S’il vous plait.

« Lettre ouverte » du 23/01/2000 du conseiller municipal Roberto Nogueira.

Nous y sommes ! La vache de Santos-Dumont est symbolique de notre refus (Je suis loin d’être le seul !), d’une résistance à une certaine forme de progrès dont le mérite évident est l’enrichissement de quelques individus au détriment du reste de l’humanité. Millionnaires et milliardaires se multiplient, la richesse mondiale croît comme jamais dans l’histoire de l’humanité, et la pauvreté loin d’être éradiquée ne cesse de grandir : elle touche déjà un milliard d’individus. Sans parler d’autres formes d’exclusion sur l’autoroute libérale.
Demain à la place de l’animal domestique, le robot de compagnie (multi programmes !), après le lait pasteurisé, le lacté de synthèse (à la composition sur mesure !) garantie à vie, zéro risque, pour notre plus grand bonheur !? Pas de blanc-seing à votre société cher collègue !
La résistance contre le nouvel impérialisme – de la consommation, de l’argent du capital et des nantis internationaux -, comme celle de l’« Inconfidencia Mineira » ou d’Astérix nait de la posture d’un qui ne veut se laisser subvertir par ce tsunami planétaire. Un plus un, plus un, plus un, bientôt quelques-uns et demain une foule de uns… Si l’homme n’est pas intrinsèquement bon, le système corrompt, avec certitude, les meilleures intentions.
La recherche du risque zéro fait la partie belle aux industries, dans leur quête du bonheur organisé par le marketing des multinationales des produits et services, garanties et assurances. Il est temps de résister à la promesse du « Meilleur des mondes » de quelques souriants individus revêtus de Père Noël ; vivre comporte des risques, sans assurance ni garantie, aujourd’hui augmenté du nouvel esclavagisme de la bienveillance déguisée.
Une proposition, un signe de résistance : Santos-Dumont pourrait participer de la Cowparade initiée en 1998 à Zurich et lancer officiellement en 1999 à Chicago par le directeur artistique Walter Knapp avec l’aide de l’entrepreneur Peter Hanig. Un modeste exemplaire de cette manifestation d’art populaire, siègerait indépendant en bordure de station-service, en mémoire du libre octroi aux bovins de notre cité. Un « clin d’œil », après presque dix mille ans de convivialité avec les êtres humains, à notre vache reléguée dorénavant à un traitement planifié dans son étable automatisée : une forme d’immortalisation. Le noyau résistant de notre municipalité s’associerait à la production de la « Vache de Santos-Dumont », manifestation pacifique contre le nouvel impérialisme, celui de la consommation. Un appel ironique à la clairvoyance, non contre le progrès, mais contre celui sans limite qu’on tient à nous vendre !
Les objectifs financiers des entreprises sont sur le point de submerger l’objectif fondamental, essentiel de l’humanité, celui d’un libre mieux vivre ! Sans contre-pouvoir, ou si peu.

« Lettre ouverte » du 26/01/2000 du conseiller municipal Celio Campolindo

Très chers lecteurs, mon collègue du conseil nous a donné une démonstration de son généreux tempérament ; le romantisme et le lyrisme de ses propos cachent mal le « donquichotisme » de sa campagne.
Démocrate libérale, si j’ironise le caractère enthousiaste de notre passionaria «Dumontesque», je lui reconnais l’innocente franchise de la jeunesse et du non conformisme. Soit, notre république dans les limites de la loi doit tolérer que chacun use de son libre arbitre dans la gestion de la chose privée… Reconnaissons à chaque individu le droit de prendre ses responsabilités (Sans porter préjudice à un tiers !) : que notre voisin élève donc en gaulois d’avant-garde sa vache et qu’il boive donc son lait à risque ! Nous lui concédons. Pour ma part, je fermerai les yeux ; nul besoin de crier au loup ! Quelques siècles d’expérience suffisent : à jouer avec le feu… Les mauvaises nouvelles sont les premières à arriver : il nous suffira d’attendre.
Mais, le responsable élu de la cité a le devoir de se préoccuper de ses concitoyens, de prendre toutes les mesures préventives nécessaires face à la désinformation, à la surinformation, et à l’information militante et manipulatrice. Que la plus haute autorité municipale mette un holà à l’exemple ou au prêche d’une ingénuité criminelle, me semble une saine mesure. L’homme politique dans l’exercice de ses fonctions, a le devoir de protéger les plus démunis, ceux qui n’ont pas toujours les moyens du discernement.
Quant à la, désormais consacré, vache da Silva, je crois savoir qu’elle est bien vivante et continue de paître dans le champ voisin de notre poste d’essence sans que sa vie ne soit en danger.
Notre pythie municipale va devoir proférer ses prophéties sous un nouveau chapiteau.
Chacun peut voir midi à sa porte ; portez-vous bien !

« Lettre ouverte » du 28/01/2000 du conseiller municipal Roberto Nogueira.

Le rôle du lider élu de la cité, au-delà de garantir le bon fonctionnement du municipe et le bien vivre de ses concitoyens – et je félicite mon cher collègue d’avoir fait le premier pas dans ma direction-, est de tolérer dans les remparts de la loi et les barrières des diverses réglementations des porosités, des évents, des écarts ; tout ce qui permet à la vie de s’immiscer, de persévérer, de surprendre. La vie est sans loi, elle l’a précédée ! L’histoire – Future, celle qui nous intéresse ! – remerciera les résistants, originaux, libertaires, francs-tireurs, libres penseurs, bons vivants survivants ; tout un chacun pour exister – un brin hors la loi, qui ne l’est !? -, a besoin de sortir des routes internationales. Pour mieux dire ouvrir un espace de désir, ici ou là, de re-création. Laisser l’humain participer de cet immense élan, énorme bulle qu’est l’univers.
Rêve d’illuminé ? Non pas. Modeste lumière pour une ouverture démocratique contre le risque majeur actuel la montée d’une nouvelle norme globale obscurantiste déguisée de scientisme.
Dans la pratique, au quotidien Monsieur le Maire entre-ouvrez une modeste porte au développement local, à son expression la plus authentique, la plus ancienne, redevenons (Il suffirait de laisser l’ingéniosité de certains, avec l’aide et la supervision bienveillantes des services vétérinaires municipaux) un pôle de développement de l’artisanat voire de l’industrie laitière ; laissez-faire ! Sur la base de lait cru (pasteurisé ou non) de brebis, chèvre, vache et bufflesse, sachons laisser composer une gamme de laits et fromages ; le marché est porteur, la demande croissante. Nous pourrions innover (C’est très relatif !) sur notre territoire, retrouver une présence, redonner à notre cité un lustre !
Quant aux risques, par ailleurs cernables et quantifiables, inhérents à la vie en général prenons quelques mesures préventives : formons et informons citoyens et techniciens, éduquons ! Les difficultés sont connues, et le progrès évident.
Contre l’hégémonie de la société de (sur)consommation – et ces normes/vérités scientifiques trop souvent discutables – soutenez, Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers Municipaux, l’image symbolique de la résistante «Vache de Santos Dumont », dérisoire et multiple !
Notre mouvement est certainement périphérique, mais l’évolution de la société historiquement vient de ses marges : cher collègue, vous n’y pourrez mais !