Tendance.

Les villes sont embouteillées, les déplacements lents et imprévisibles, les véhicules thermiques polluent l’air, les électriques créent d’autres nuisances et le stationnement est problématique. Avec la bicyclette et la marche à pied, le transport en commun est l’avenir contre la pollution du trafic en ville. L’avantage du dernier est de protéger du mauvais temps et d’offrir un moindre effort ; important pour une population vieillissante.

La gratuité des transports en commun offrirait au moins deux autres avantages, favoriser sensiblement la classe moyenne inférieure pour qui le coût du transport est en proportion supérieur et promouvoir le respect de l’environnement. La taxation des pollueurs, particuliers et entreprises, en payerait le coût, démotiverait l’incivilité et le goût d’une liberté discriminative.

L’argent économisé par les ménages sera utilisé contre l’endettement et pour l’amélioration du pouvoir d’achat. Si ce gain se transforme en vie plus saine, et en moindre consommation d’énergie le bénéfice doublerait ; si au contraire il se reporte sur des produit-services issues de l’industrie chimique et de l’énergie non renouvelable, le résultat sera moindre : sensibilisation et taxation bien organisées optimiseraient les résultats.

Libéralisme et grand capital dissuadent les gouvernants des pays développés d’inverser la tendance à la croissance de la consommation. Inutile de se retourner vers les pays en voie de développement, où un pourcentage à deux chiffres de la population voisine le seuil de pauvreté : humainement impossible, politiquement innégociable, économiquement sans intérêt. Leur empreinte carbone, sans les sociétés multinationales installées, est ridicule. La solution : surtaxer le luxe polluant et les grands consommateurs, sociétés et individus, donner aux défavorisés une vie descente, chez eux.

La gratuité des transports en commun est à peine un exemple de moyens possibles contre la pollution, doublé de progrès social immédiat aux effets négatifs contrôlables. L’objectif est un axe politique où, du gouvernement au maire, chacun pourrait s’attribuer l’initiative.

« Unsex me here ! »

Les trois mots étaient calligraphiés récemment sur des pancartes brandies. Actualité de Shakespeare qui l’a mis dans la bouche de Lady Macbeth, 5ème tableau du premier acte de la tragédie qui porte son nom ; premières représentations début du XVIIème siècle : 4 siècles d’interprétations.

William S. était proche de la cour et au courant des échos des tensions liées à la succession d’Elizabeth 1ère. La mise en scène est fantastique (sorcières et déesse) : sous l’influence d’une prophétie et de son épouse, Macbeth va assassiner le roi. Le régicide l’installe sur le trône. Dans la scène en référence Lady Macbeth apparaît pour la première fois et campe son personnage, affirme «, unsex me here, » : elle craint que son époux ne soit trop moral, n’embrasse son destin ; une cruauté aveugle va les conduire. Le couple pathétique et médiocre humanise une ambition immorale.

Du XVIIème à nos jours le sens donné aux mots a changé : appropriation indue, ou lecture actualisée. Dans le premier cas à l’époque de sa création Shakespeare personnifie un désir d’équivalence de force entre les deux sexes : arrivisme et pouvoir de manipulation sont associés au genre masculin. La féminine ascension subversive et réaliste explique le succès ininterrompu : la femme peut atteindre le faîte de la société.

Aujourd’hui le même énoncé revendique le sens littéral du changement de sexe, physique et dans l’identité administrative et sociale. Sans abandonner la lutte pour l’égalité entre homme et femme, s’affirme que le genre est pure fantasme ; délire auquel chacun a le droit comme celui de disposer de son corps… Les conséquences d’une chirurgie invasive semble un risque incalculable. La nature de l’être humain est d’une complexité à l’appréhension hasardeuse : le réel du physique, la symbolique de l’être parlant et l’imagination sans limite ébranlent en permanence notre équilibre précaire. Une intervention radicale génère des conséquences d’une violence imprévisible et indicible.

La question du genre est de l’ordre du un par un ; envisager le non-genre ou la neutralité, un voyage sur une autre planète. La tolérance est de mise.

Haïku,

J’ai découvert récemment ce poème japonais de trois vers et dix-sept syllabes (5, 7, 5). Loin d’être l’unique expression de la poésie japonaise, elle est remarquable par sa simplicité et sa finesse, sa densité et sa légèreté. Dans sa brièveté le poète, célèbre ou quidam*, a une contrainte supplémentaire : il doit faire apparaître, suggérer le temps, la saison. L’objet du poème est saisir dans sa banalité le moment unique, l’instant, en transmettre le souffle, la note moirée : illustration fugace, où le sens des mots ordinaires tend à disparaître pour faire place à un émoi. Un singulier prend la parole, ni marqué par l’individuel ni par le privé, il lance :  

Au clair de lune
le prunier blanc redevient
un arbre d’hiver

Buson Yosa

Irruption d’un instant où se cueille une nuance, une subtilité qui émeut. Une vibration liée à la relation entre les mots sans causalité, un évènement cosmique en filigrane qui appartient à tout lecteur : une individuation offerte. Une capture sans ponctuation pour laisser les mots respirer, l’esprit circuler, le lecteur voyager. Un geste qui s’éternise, un particulier non réducteur, une contingence.

Aube du Nouvel An

Le jour d’hier

Comme il est loin

Ichiku

Photographie à la texture fugitive, les mots et leur agencement définissent l’espace-temps (« Ma » en japonais) d’un seul trait, marque et infinitise. Une aile nous frôle, sa brièveté nous conduit à l’essence suggérée de l’instant, se conclut à la suspension de la lecture. On savoure la longueur d’une fluide inspiration, une persistante fugacité.

« Le haïku va vers une individuation intense » Roland Barthes

« C’est à la cime du particulier qu’éclot le général » Daniel Halévy

Cette forme poétique est installée, intègre la culture japonaise comme la « Musique Populaire » au Brésil, transversale, partagée. La pratique du Haïku est populaire, comme un exercice, un sport national ; 60 revues et les colonnes des quotidiens l’abritent, nombre d’entre eux sans signature.