Rushes d’Ukraine

Photo LP / Fred Dugit

2014 Poutine annexe la Crimée sous couvert de référendum d’autodétermination. En Ukraine l’oligarque Petro Porochenko est élu pour lutter contre la corruption , héritée du régime soviétique et des oligarques des secteurs privatisés de l’économie. Il priorise la guerre du Donetsk et Louhansk (majorité russophone et russophile) soutenue par Poutine. 2019 élection présidentielle aux 39 candidats : Zelensky très présent sur les réseaux sociaux, est élu au second tour avec 73% des votes : priorité à la lutte contre la corruption des oligarques. Le 24/02/2022 Poutine, sûr de lui, envahit l’Ukraine et bombarde plusieurs villes.

Zelensky fait l’unité de son pays contre l’envahisseur : l’agression militaire des civiles est abjecte, l’émigration forcée odieuse. Mais d’autres problèmes apparaissent : la destruction des infrastructures matérielles est colossale ; plus douloureux les 7 ou 8 millions d’Ukrainiens émigrent, déchirent familles et amis. Le courage est-il du côté de ceux qui choisissent d’abandonner le confort du foyer et de s’expatrier pour protéger la vie des leurs ? Ou du côté de ceux qui restent pour défendre la mère Patrie, au risque de leurs vies et de celles de leurs proches ?

Une réponse unique serait celle d’un tyran ; le chef d’état a la charge de créer les conditions d’une réunification de la population divisée. Et le million de Russes Ukrainiens qui a pris la route de la Russie sous contraintes … !!!??? Et les Ukrainiens partis en Russie pour raisons de famille et d’emploi… Et la complexité des migrations internes déplaçant des minorités, parfois d’extrême droite (Bataillon Azov, revendiqué à tort et à travers) et d’extrême gauche… Et les lois du travails annulés sous prétexte de guerre… !!!???

Zelensky va par une communication « toxique » tenter de convaincre Poutine et son entourage qu’il a perdu la guerre, pour l’écourter ! Et l’après-guerre : le tribunal des crimes de guerre ; et la corruption du système oligarque que la population ne supporte plus dès 1989.

La guerre a unifié les Ukrainiens contre l’ennemi commun. D’autres problèmes moins meurtriers, mais non moins complexes les attendent. 

Brève Histoire.

Au IXème siècle, le scandinave Oleg le Sage fonde un état en proto-slave Rous’(capitale Kyiv), la Rus’ de Kiev : l’état le plus étendu d’Europe au XIème siècle. Rivales les Principautés sont dominées par les Turcs et les Mongols, puis par les Lituaniens et les Polonais, qui l’emportent au XIVème. On trouve sur le territoire des Russyns (Ruthènes ou Petits-Russiens), des Allemands, des Moldaves, des Arméniens, des Juifs et des Russes. Au XVème les Polonais prennent la main. Les Cosaques refusent de s’aligner ; tolérés ils sont mis à contribution pour lutter contre les Tatars/Turcs.

Au XVIème les cosaques se soulèvent pour que l’Ukraine (« Les marches ») existe contre les Polonais, et les Russes : devenus les vassaux de ces derniers, ils repoussent les Ottomans et les Polonais. Au XVIIIème Catherine II de Russie partage l’Ukraine avec l’Autriche, la Moldavie, la Hongrie en garde 70%, et supprime toute autonomie. L’Ukraine reste partagée entre l’Autriche et la Russie jusqu’en 1917. A la fin de la première guerre, les Empires Austro-Hongrois et Russe disparaissent, les Ukrainiens déclarent leur indépendance, mais ne parviennent à s’unir contre les bolcheviks, l’Ukraine intègre l’URSS en 1922.

Les Russes d’Ukraine dominent. Pendant la 2ème guerre le nazisme est vu comme une opportunité d’indépendance, mais elle est rejetée ; au retour de l’URSS, la répression est violente : l’Ukraine déplore 7 millions de morts. La reconstruction de l’appareil industriel est une priorité ; en 46 et 47 une famine fait 1 million de morts. En 58 l’arrivée de l’Ukrainien Kroutchev à la tête de l’URSS change la donne : la Crimée est rattachée à l’Ukraine qui a un rôle prépondérant ; le goulag fonctionne à plein régime. En 1986 l’accident de Tchernobyl endeuille la population.

Avec la libéralisation soviétique de 1989, se crée le Mouvement Populaire D’Ukraine indépendantiste « Roukh » :1991 Acte de Déclaration d’indépendance de l’Ukraine, référendum (90% de vote favorable). Malgré la Révolution Orange les gouvernements se succèdent, favorables à l’Europe et l’OTAN, mais tenus par une oligarchie favorable au gaz russe bon marché.

Ukraine 24/02/23.

Contre l’attente de beaucoup, les Ukrainiens ont opposé une résistance exceptionnelle et repoussé l’armée russe. Les occidentaux (Surtout les USA) les fournissent maintenant en armement de dernière génération. Une guerre de tranchée a commencé et va durer, sauf nouvelle surprise !

La surprise a été le Président de la République Ukrainienne Volodymyr Zelensky : juif ashkénaze d’origine, né dans le sud-est russophone, il se déclare laïc. Formé en droit, il choisit la production télévisée humoristique et devient le protagoniste d’un président « Serviteur du peuple ». De la fiction à la réalité, il se fait élire en 2019 et son parti a la majorité au parlement ; sans réforme profonde, son image et celle de son gouvernement se dégradent. Le 24 février 2022 révèle ses qualités de chef de guerre : dans un pays où la sensibilité varie de russophile à russophobe, il profite de l’invasion et des barbaries russes pour réussir une mobilisation générale depuis la capitale Kyiv prête à tomber. L’invasion russe est stoppée, puis bat en retraite ; il gagne l’aide des occidentaux, qui n’ont pas à livrer bataille.

Les calculs et la stratégie russes n’étaient pas erronés. En 2008 la mainmise russe sur l’Ossétie Géorgienne n’a intéressé personne ; en 2014 l’annexion russe de la Crimée et de la ville de Sébastopol (Historiquement indépendantes !) n’a pas déclenché de réaction réelle de la communauté occidentale ; et sa passivité en 2016 avec la Syrie où Poutine impose à la population (20 millions d’habitants et 500 mille morts) l’autocrate Bachar el-Assad est notable. En 2022, l’annexion après le Donbass de la fragile Ukraine, par une blitzkrieg était de l’ordre du possible.

Face au nationalisme impérialiste russe, la diplomatie des occidentaux ne peut donner de leçon, ne trouve pas sa place. Poutine a su créer contre eux, par leur passé d’impérialiste congénital et de la non-reconnaissance de leurs erreurs, un front au sein des organisations internationales.

Chapeau bas aux Ukrainiens, exemplaires ! L’occident devra attendre les demandes de Volodymyr Z. pour repousser l’expansionnisme russe, et, devra faire le ménage chez lui.