A droite toute !

Après « l’islamo-gauchisme » expression créée pour nier l’inégalité sociale universitaire, le Wokisme.

L’apparition du mot viendrait de l’argot Afro-Américain du temps de l’esclavage du verbe to wake « woke » éveillé, vigilant. On le trouve dans le discours anti-raciste des années 1960, dans les universités en 70/80. Au premier plan avec «I stay woke», Erykah Badu (2008) et le  mouvement «Black Lives Matter» (2013).

En France « wokisme » (2015) récupère la racine «wok» pour créer un vocable dont l’étymologie laisse penser à un courant organisé, tel le marxisme, christianisme… et contrer un ensemble flou de diverses causes (#MeToo, climat, antiracisme, LGBTQ+ …) en lutte pour moins de discrimination.

Escalade, débordement, déresponsabilisation/ victimisation ne remettent pas en question la légitimité d’une demande d’intégration des minorités laissées pour compte (du meurtre de Michael Brown jusqu’à la croissante proportion d’être humain vivant sous le seuil de la pauvreté.) Contre et au-delà du discours raciste RN/FN, le wokisme des minorités ségréguées veut dénoncer toutes discriminations pour plus d‘égalité, de liberté, de démocratie et d’universalisme républicain.

Des conservateurs occidentaux, après avoir inventé le « racisme » pour justifier l’esclavage des africains, le « colonialisme » civilisateur, et le « différencialisme » pour éviter les mélanges de culture avec les immigrés (70/80), aujourd’hui inventent le « wokisme » pour nier le racisme « institutionnel » : l’existence d’un préjugé favorable (subtil !) de l’homme blanc chrétien qui a contrario est une forme sournoise de discrimination, dite « systémique ». Wokisme est devenu péjoratif ; Clément Viktorovich dit « Un outil rhétorique, une arme de disqualification massive… »  

L’opposition des grands médias au service de la droite a, dans une dialectique spécieuse, avec l’appui des dignitaires, caractérisé le wokisme de mouvement qui résulterait dans la fragmentation de la société républicaine, et serait par voie de conséquence irrecevable. Et dorénavant toute revendication contre l’ordre établi sera écartée pour être anti-républicain… !!!???

Vide constitutif.

Du lieu commun des réunions de famille, ou d’amis, surgissent les souvenirs ; attisée par un rien d’alcool, la discussion s’envole avec les points de vue des mémoires incertaines, objets de divergences, surenchères, digressions…

En petit comité sous le sceau de la confidence, les réminiscences apparaissent. Ces ombres, qui nouent nos émotions, s’énoncent laborieusement ; à ce ressenti individuel on ne peut que compatir.

Dans le secret du cabinet de l’analyste, le sujet intéressé par l’ancrage de sa personnalité se livre au sauvetage d’un écho de l’inconscient : reflet des évènements que le temps a gommé, traumatismes diffus qui nous manipulent.

Un non-voyage (No go !) dans le temps m’agite ; celui des absences qui m’encerclent, de ce vide qui m’enlace. Quid de mon premier cri ? Lorsqu’un représentant du corps médical m’a reçu parmi les vivants d’une tape sur les fesses : de la douleur irradiante de l’air déchirant mes poumons ! Primordiale. Quid de l’odeur du sein de ma mère ? De sa chaleur, du goût de la première succion… Pas de trace de la première séparation à l’entrée du jardin d’enfance… Rien de l’émotion du premier baiser ni de l’élan qu’il venait en quelque sorte sceller… Pas plus de nomination, ni de souvenance de l’anxiété vitale de mon être vierge au mystère de la confrontation amoureuse… L’homme avance devant ce vaste oubli, brouillard insaisissable, creux infini sans paroi !

J’évoque non pas l’exercice d’imagination, prose ou poésie vertueuse, émouvante création pour une communion inspirée, mais le vide de la méconnaissance, de l’amnésie de ce qui n‘a ni registre, ni ombre, ni écho : ce trou béant qui nous constitue aussi fondamental que notre mise au monde, abîme nécessaire à l’être de l’humain pour vivre, heureux et malheureux, constitutif. Tous les efforts rationnels, scientifiques, religieux, artistiques, psychologiques témoignent de l’impossibilité à appréhender ce vide majeur, entre-aperçu dans la profondeur de l’univers.

 Comment ne pas se souvenir de ne pas oublier ce dont je ne me rappelle pas, que « La vie n’a de sens que sa propre existence »*.

*Jacques Fux      

«Les racines du Romantisme»

L’auteur Isaiah Berlin (R&N EDITIONS), britannique et américain d’origine russe, philosophe et historien, du siècle passé est influencé par son compatriote Alexandre Herzen : en France, il est considéré libéraliste dans le centre de l’hémicycle. Son livre (200 pages résumées d’une étude plus ample), sans pédantisme ni académisme, nous présente combien le mouvement romantique a profondément influencé (et continue de le faire) la pensée de nos cultures occidentales.

Le chateau de Versailles

Une cause historique, les Illuministes : leur vertu suprême est la connaissance. L’être humain a réponse à toute question, ou la question est mal établie ; toutes les réponses sont connaissables ; toutes les réponses seront compatibles entre elles, pour être vraies et décrire un univers idéal. Pas d’unanimité : Montesquieu conteste l’universalité de l’Église, Hume la logique de l’existence des choses, Diderot croit en un homme ambivalent, Rousseau ne croit qu’en la nature etc.

Après l’éclatement du Saint Empire Romain Germanique et la Guerre de Trente Ans, les centaines de principautés de la très provinciale Allemagne actuelle, pieuse et humiliée, rêvent d’une revanche contre les exagérations du rationalisme brutal prussien et suffisant français. Illustration de cette vague, Johann Hamann obscur ami de Kant, philosophe à son opposé, est le prophète du romantisme ; contre les scientifiques disséqueurs, l’amour et l’art, entre vitalisme mistique et historique : il influence entre autres Goethe, Schiller et Hegel. Sturm und Drang débordent comme l’illuminisme les frontières…   

Si le débat occidental sur la connaissance continue depuis Socrates, avec la religion et la science, il est attaqué par le romantisme et la volonté indomptable de l’être humain, qui lui crée finalités et objectifs, sa propre vision (non objective !) de l’univers. Comme dans la création artistique, l’action libére, invente son propre univers, sans modèle, libre infini d’une vie en perpétuelle rénovation, ouvert à l’optimisme ou au pessimisme inépuisable.

A lire !