Le réel de la jouissance

Il n’y a plus intime, incoercible solitude, que l’irruption du plaisir ivresse conjuguée des sens et de l’intellect, volupté et joie. Majestueuse, la jouissance transporte dans un ailleurs majeur, événement innominé, rare délectation ; fugace, elle pince au cœur et délivre une subversion acide, loin de tous, un scintillement enchanteur. De l’impression grandiose à celle ténue, dans l’infini intérieur du corps, les variantes sont innombrables, et intranscriptibles :réalité humaine, savoir instinctuel.

Quand deux êtres humains, dans une sensuelle exception, partagent la même action, une illusion fantastique de communion se produit, mise en abîme au miroir de l’autre : deux voyages uniques et solitaires. La con-jonction demande un élan sublime et/ou une attirance irrépressible, nécessaires pour atteindre les sommets : une aspiration violente à combler un manque méconnu, pour décrocher la parcelle d’éternité de la petite mort. Post-coïtum, les amants sont sous le choc, muets, le partage verbal serait leurre : narcisse exaucé 

On approche aussi le petit infini du vivant par la méditation, la lecture d’une œuvre ou de vers, la contemplation du silence bruyant de la nature, une onirique dégustation sensuelle, ou par son refus : découverte lente, ou fugace d’une parcelle de vie ou de mort, d’où surgit une étincelle qui illumine l’être du clair-obscur d’un bien-être, paillette irisée intraduisible.

Le désordre intense survient d’une séquence irraisonnée, improbable, d’un mouvement instinctif qui fait choisir, renier un objet au milieu de milliards d’êtres, de choses, d’idées, d’alternatives. Puis greffé au choix, au renie, le développement d’une enthousiaste attraction se poursuit (Du durable fétichisme au passager coup de foudre, de sa possession à sa négation, du plaisir à la douleur.), d’un amour de présence ou d’absence de l’élément vivant, matériel, concept, illusion. Le couronnement est le lâcher-prise, l’abandon absurde sans frontière, plongeon au vide qui nous altère, conjugaison de foi athée et de gourmandise vitale ou létale, réel et impénétrable. Sans retour.  

Afghanistan.

Le revers majeur des derniers jours a ses racines dans le drame historique du 11/09/ 2001, les USA subissaient au cœur de leur territoire un viol télévisé, symbolique exemplaire : honneur à laver.

Mais les affamés, 30% de l’humanité*, ne devraient pas être outragés par l’absolu mépris du leader de nos sociétés occidentales.

La suffisance et l’inconséquence estadunisiennes apparaissent dans toute son horreur : la décision du départ des troupes américaines par deux présidents (Républicain et Démocrate) successifs, caractérise la posture politique de la très grande majorité des Yankees. L’histoire se répète, après avoir lavé l’honneur et résolu militairement un problème de sécurité interne, les neveux de Donald le transforment en fournisseur de 90% de l’héroïne mondiale et le livrent au chaos. Le chevalier Blanc est bouté hors des frontières par un peuple miséreux assuré de sa légitimité.

Une partie de la planète est un territoire à la merci d’un narcisse aveuglé. Après le Vietnam, l’Amérique central, l’Irak, le Liban, la Syrie, la Lybie… et de combien d’autres cas – Secrets d’état ! – d’ingérence violente dans les pays des plus démunis. Et Joe B. a la conscience tranquille ! Moi européen non.

  « La Vieille Europe » n’a pas de leçon à donner (Historiquement responsables, la France alignée sur la pointe des pieds, la Grande Bretagne vassale assignée etc.) mais pourrait saisir l’opportunité humaniste, unie autour d’une solidarité – Un rêve face au pouvoir du marché, du libéralisme aveugle !- avant que les vainqueurs d’aujourd’hui n’aient d’alternative que de se retourner vers leurs voisins autoritaires

Athée et démocrate, ma sympathie ne va pas aux Talibans. Mais leur désir de revanche face au complotisme nord-américain et leurs alliés fait sens. Des hommes et des femmes de civilisations millénaires vivent et pensent différemment : l’humanisme de l’U.E. doit aider au dialogue.

Le Capitalisme-libéral nord-américain piétine les Autres. L’Europe ne peut emboiter le pas de l’Oncle à la superbe paranoïa.

*Sous le seuil de pauvreté 10% de la population moins de 2$ par jour, 20% entre 2 et 5 $.  

Ney Matogrosso

Inclassable et fidèle à lui-même, il est un des interprètes les plus salués du Brésil : ces 50 dernières années il chante la meilleure musique populaire brésilienne et latino composée depuis un siècle. Avec d’excellents musiciens il produit un « cabaret », léger et touchant, écrin coloré d’un précieux frénétique.

Né à Bela-Vista (4000 habitants en 1941) dans le Mato Grosso do Sul à la frontière avec le Paraguay, le fils unique d’un sergent de l’armée de terre et d’une maitresse de maison a une jeunesse de solitude et de voyage. Adolescent il chante dans les bars. A dix-huit ans il se déclare homosexuel et passe par l’armée de l’air ; première aventure amoureuse. Jusqu’à l’âge de trente ans sans abandonner les planches, il mène une vie de hippie entre Brasilia, Sao Paulo e Rio de Janeiro, embrasse des professions variées, de laborantin d’anatomie pathologique à danseur étoile d’un show de nouvelles « fantastiques », révélateur ! En 1973, il commence sa carrière, chanteur du groupe « Secos & Molhados » : il bat des records de ventes de disque. Contre-ténor hors norme, il se matérialise dans un corps d’homme liane couvert de paillettes à la langueur nerveuse, un homme au déhanché féminin au vrai-semblant androgyne. Libre d’interprétation, il précède l’univers classificateur LGBTQIA’s. En pleine dictature il impose l’érotisme de son interprétation, un humanisme libertaire. Sa voix de castra et la sensualité de sa gestuelle perturbent les machos de la république militaire qui l’obligent à quelques séjours à l’ombre.

Dans une interview récente le « quasi animal » raconte: « J’étais une chose tellement ambiguë, tellement de tous les côtés, que je pouvais être un insecte, un serpent, un oiseau, quelque chose. C’était ce grain d’ouverture que je proposais.» rétrospectivement. Et « Que chacun pense avec sa tête » « Je ne suis pas militant et jamais je ne le serai » « Il n’y pas de délicatesse dans l’histoire. Sans snobisme, ça ne m’intéresse pas.» Rien ne l’arrête à 80 ans (le 01/08) il lance un nouveau disque « Nu com minha Musica ».

Un citoyen emblématique !