19/09/25

Cher Ami,

Le Brésil a vu sa démocratie menacée par une tentative de coup d’état en janvier 2023 : défait aux élections de 2022, l’Ex-Président de la République Jair Messias Bolsonaro et un arsenal de collaborateurs, membres des forces armées, personnalités de son ex-gouvernement, hommes politiques dont ses fils, nombreux influenceurs comme un pasteur évangélique et avec l’appui d’une partie de la population mobilisée ont attaqué violemment les édifices des trois pouvoirs, judiciaire, législatif et exécutif.

Le Suprême Tribunal Fédéral a condamné le 12/09 par 4 votes contre 1 (défense saugrenue de partialité) les 7 principaux responsables : Jair Bolsonaro, lieder incontesté, à 27 années de prison. La République brésilienne, a su défendre sa démocratie ; l’extrême droite qui n’a perdu que son capitaine, a appris que la conquête par les urnes d’une représentation significative au parlement et du sommet de l’état ne suffisent pas à la transformer en un régime autocrate : le respect de la constitution a compté avec la loyauté des forces armées, la robustesse des institutions, et une partie des Brésiliens.

La présidente du suprême tribunal, Carmen Lucia et le rédacteur du procès Alexandre de Moraes ont eu une participation exemplaire dans la conduite de ce procès, précédent unique à condamner cette conspiration. Carmen Lucia a cité Victor Hugo « L’histoire d’un crime » et a conclu d’une touche personnelle : habitante d’une région aride au nord de l’état du Minas, sa Grand-Mère, à son mari qui la chahutait de la voir religieusement tous les matins arroser un rosier impropre au climat local, répondait : « ce n’est pas grave, j’aime les roses », et la ministre du STF de conclure « au risque d’être raillé par certains, je continuerai à défendre la démocratie sur la base de notre constitution. »

Il est à craindre que la loyauté et le courage d’une poignée de personnalités politiques de la nouvelle république brésilienne (Constitution de 1988), aient mieux su que celles des États Unis d’Amérique (Constitution de 1788) prévenir la tentative de coup d’état d’une extrême droite affichée.

#démocratie

12/09/25

Cher Ami,

Le cowboy étatsunien a choisi le bras de fer avec le reste de la planète : cet isolement va accélérer la fin de l’hégémonie des USA, de l’occident. En Orient la Chine, et son allié obligé la Russie, va imposer son mode autoritaire enrobé de soie à la plus grande partie de ses voisins (presque 5 des 8 milliards d’habitants de la planète), et va soudoyer l’Afrique et nos démocraties vacillantes. Dans 25 ans, l’occident aura succombé peu ou prou, et à la fin du siècle nous aurons été colonisés.

Le genre humain doit affronter un triple défi : d’abord gérer la réduction des ressources naturelles de la planète, ensuite opérer la mutation du système libéral qui soumet la pensée des individus, capturés par une information en réseau, à un jeu mortifère où la « money » est la valeur suprême, et enfin l’irréversible baisse de la population mondiale aux conséquences économiques et sociales in-imaginées. Une opportunité…!!!???

Optimiste incurable, je n’ai pas choisi ma nature, je crois qu’après l’échec inévitable des fausses valeurs du profit, du sectarisme et leurs conséquences mortifères, à une nouvelle ère : celle d’un humanisme, celui du respect de la vie et de l’autre, qui existe dans les cultures les plus diverses autour du globe. Son sens a été détourné par les faux prophètes aux solutions simplistes, autoritaires et ségrégatives. Avec Edgar Morin, 104 ans ancien résistant philosophe constructiviste, je plaide en premier lieu pour l’optimisme, levier contre l’attraction morbide qui fait le succès des réactionnaires d’aujourd’hui : croire à la vie, affronter sa complexité et ses doutes inhérents, même quand la lumière au bout du tunnel vacille.

Une tristesse rageuse m’envahit devant le sort des plus démunis de notre communauté humaine. Le soixante-huitard ressenti se souvient de ses rêves de société meilleure, plus égalitaire et libre, fraternelle, et de progrès sans fin.  Optimiste malgré mon dépit, je parie sur les prochaines générations qui poseront les bonnes questions, découvriront les nouvelles solutions et surferont sur la nouvelle vague. La lutte d’Éros contre Thanatos continue.

https://youtu.be/HxAsO_aQiwo?si=LgpaJ9q4f5Lt0cwU

#eros @thanatos

29/08/25

Cher Ami,

Avant la lecture qui m’amène au sommeil, j’ai regardé la photo de la dernière de mes petites filles « S ». Ému j’ai cherché un air de famille, tenté de deviner sous ses traits de nouveau née sa personnalité. Bras en croix, le joli nourrisson endormi, rassasié semble ravi, l’espace entre les sourcils à peine froncé : béat je conclue, sans accident, elle aura une nature optimiste sur un fond sérieux.

La nuit, j’ai fait un rêve : sans narrative, son caractère insondable autant qu’inusité paraît une absence pâle et rayonnante. Pas de respiration, pas de conscience, pas plus de quelque chose ni de quelque part, de pures sensations sur le chemin de sentiments vaporeux, sans appartenance : sans notion de temps, le vol stagne dans un errement, acquis à une impression d’éternité bienveillante. Tel un animalcule inconsistant lâché dans un espace infini favorable à sa survie, sans en rien savoir, ou un non-objet dénué et complet. Peut-être le fruit du trouble vertigineux de l’endormissement : flamme vacillante mise en abîme, flottement dématérialisé jeté au vent cosmique, effusion de sérénité définitive.  

A mon réveil, le voyage endormi revient, effluve bien heureuse, absurde souriant. Se superpose l’image de S. et ma projection facile ; conscience sinueuse au sortir des limbes de la nuit, nuée d’opale.       

Adolescent, un bras de fer avec « l’auteur de mes jours » m’accablait. Pour calmer l’animal enragé, d’une voix contenue, ma mère convient : « Ton opposition à ton père est compréhensible, un jour elle passera…», puis confesse « Sache que l’un des moments les plus extraordinaires de ma vie, fut l’heure à laquelle tu es né : à peine venu au monde, sans l’habituelle tape sur les fesses, tu as braillé ; et quand on t’a déposé sur ma poitrine, tu t’es assagi. Je me rappelle ce moment comme si c’était hier : je me suis senti toute puissante. Donner la vie, m’avait rendu invincible, rayonnante ». Plénitude de la maternité. J’avais recouvré à ces mots le ravissement qui avait baigné l’aurore de ma vie, revenu soixante ans plus tard au détour d’une photo et d’un rêve. 

#bebe #reminiscence #perrinebrisset