« Realpolitik tropical »

La mauvaise foi fait partie de la militance politique ; Jair Bolsonaro a dépassé la limite du scabreux. Après les cinq-cents-mille morts du Covid 19 quel est le nombre de brésiliens ulcérés par son manque de compassion, d’humanité ?

La jeune démocratie – fin de la dictature militaire 1985, 7ème constitution 1988 – a vécu deux impeachments conclusifs contre deux des quatre présidents précédemment élus. A 18 mois de son éventuelle réélection, les manifestations populaires du 19 juin dernier contre JB font croire à un retournement. Jusqu’alors il avait mobilisé ses supporters, qui défilaient spontanément (sollicités par les médias sociaux.), et récemment le suivaient en cavalcades à moto. La tendance s’inverse ; dans les capitales d’état, la majorité silencieuse demande un 3ème impeachment. L’image présidentielle s’effondre « urbi et orbi » : la rue républicaine veut interrompre le mandat.

Comme dans les deux précédents cas d’impeachments, un échec économique (Le salaire minimum au Brésil oscille autour de 200 Euros) augmente la disparité entre les plus riches et les plus démunis, atteints de plein fouet par les 15% de chômage et les 30% de sous-utilisation. L’honnêteté du président sérieusement questionnée (180 demandes d’écartement ont été déposées auprès du président de la chambre des députés.)  ramène les descendants des « Gueules peintes » (« Caras Pintadas* » du 1er Impeachment de1992)  au centre du débat démocratique.

Autres signes: la presse qui accompagne les vents dominants a clairement changé de bord. De grands entrepreneurs qui suivaient immodérément JB (et la politique ultra libérale de son ministre de l’économie Paulo Guedes) s’alignent sur la droite traditionnelle pour assurer sa présence au second tour des élections de 2022, alternative à Lula et JB. Les partis politiques du centre après avoir fait monter les enchères de leur alliance, ne parviennent pas à maintenir leur unité ; les opportunistes historiques discutent l’heure de réviser leurs choix. Une sourdine calme l’enthousiasme braillard des supporters de JB dans les cercles familiaux/amicaux divisés.       

Je partage avec A. Camus la volonté d’affrontement de l’adversité en général de la vie, et le désir inlassable de plus d’égalité, de solidarité humaine. L’écrivain journaliste parle de « gloire » des peuples au moment où tout est sur le point de basculer vers le tragique. La « gloire » du siècle passé est marquée par le religieux et le militaire ; le sens classique originel « renommée » est la marque de l’élan du peuple brésilien, une sorte de « Realpolitik tropical » dictée par l’enregistrement direct de l’opinion publique.

*Référence aux amérindiens