E. M.

Sans confusion possible, Edgar Nahoum a cent ans le 8 juillet ; je n’ai pas lu la majeure partie de son œuvre. Souvent un de ses livres reste sur ma table de chevet ; je m’instruis en lecteur avide, mal préparé, comme on déguste un alcool fort. Sa perspicacité, qui ne rentre dans aucune classification traditionnelle – philosophie, sociologie, épistémologie etc. -, soulève des polémiques fondamentales, et propose l’étude de solutions aux concepts paradoxaux venus des multiples domaines de la connaissance, passée et actuelle, sans repousser la complexité et la précarité du travail.

A l’opposée des tautologies, ségrégationnistes et réactionnaires de toutes les latitudes, tel un phare de haute mer il jette, contre vents et marées, un regard éthique pour faire de l’appréhension de l’univers, un devoir face à l’étendue et à l’adversité de la Vie ; prendre le risque de vivre en conscience planétaire pour conjuguer politique et civilisation.

Parfois rencontré à la table d’un bar restaurant ou à une conférence, il affronte souriant les contrariétés du quotidien, et écoute l’exposé des problèmes des fondamentaux de l’humain anthropologique, économique, sociologique, scientifique, politique : il accepte la confrontation nécessaire à « la pensée complexe ». Prêt à découvrir un nouvel éclairage, il s’enrichit d’une ouverture généreuse, et sourit gris à ses détracteurs qui pervertissent ses élaborations et aux récupérateurs de sa notoriété à des fins impropres. Il a pris le parti d’abandonner le parti pris, une distance clairvoyante née de sa fondamentale curiosité : il monte sa propre construction et n’appartient à aucune école.

Le petit homme solaire, incroyant fervent qui fricote avec le bouddhisme, tombe amoureux à presque 90 ans ; en 2013, il écrit avec sa nouvelle compagne « L’homme est faible devant la femme » où il confesse son besoin d’aimer et d’être aimé ; en 2020 en pleine pandémie il publie sans hésiter « Changeons de voie ».

Docteur honoris causa quarante fois, simplement par ce qu’il accepte sans discrimination toutes les offres, dit-il « On n’est pas sérieux quand on a cent ans » : Edgar Morin