Le poids des mots.

Nomade tiré par les réminiscences, j’ai longtemps rêvé d’un monde en voilier : un couple d’amis bretons, coureurs de mers et d’océans dans la mire. Je les enviais et perpétuais sans le savoir une longue histoire familiale quelques fois racontée ; remémorée en infusion lente, je l’ai élaborée mot à mot à l’ombre brûlante du semi-aride tropical. 

Une appropriation par la nomination, le vocable : l’individu parlant, n’existe que par les mots. Un peu à l’écart de notre monde logorrhéique, je me parle, j’écris. Sur une planète submergée de mots, je me targue d‘écrire. Je ne sais taire ce symptôme spéculaire, je me mets en abîme, en miroir : conscient, je reflète un étranger couché sur le papier, la lecture me dédouble dans une perspective infinie, la conscience se perd en pure ivresse ! 

Longtemps satisfait par l’action, faire dur comme fer, je suis passé à l’acte, rêve interdit à portée de main : écrire. Je prends du recul sur la parole jetée au vent, papillon de la pensée, de l’émotion : je saisis le fugace au filet de mes élucubrations et fixe sur le vélin de l’écran, grave dans le papier … « Minute Papillon ! »  Pa !? Pas, sont tant de pas, de vrais, de faux, pas à pas, pas et plus, pas de porte, pas si vrai, premier pas, de pas en enjambée, je m’égare, de pas mal en pis repart… Pis ? Pi rebondit, pi infini du nombre clé du cercle qui ne se referme. Pi, on me prend la main pour remonter la rue du Montparnasse, le chemin du jardin d’enfant, Stanislas, je m’accroche à tout ce qui passe à portée : cruelle terreur enfantine aux tripes, on va me donner à une naine suisse, l’abandon… Ion abandonné je dévale l’abîme, libère le pa-pi-llon des filets de mes ombres au soleil embrumé de la matinée, une pleine lune !

L’ineffable poids des mots ! Si la musique et la danse ensorcellent de leur éphémère langage universel, si l’image s’impose, si les trois dimensions appellent le touché sensuel (Interdit !), si les paroles dites donnent l’illusion d’une relation dans la profondeur de la scène, ils créent une communauté ; l’écrit, lui ancre une intimité née au creux du livre. Parfois.          

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