
Il n’y a plus intime, incoercible solitude, que l’irruption du plaisir ivresse conjuguée des sens et de l’intellect, volupté et joie. Majestueuse, la jouissance transporte dans un ailleurs majeur, événement innominé, rare délectation ; fugace, elle pince au cœur et délivre une subversion acide, loin de tous, un scintillement enchanteur. De l’impression grandiose à celle ténue, dans l’infini intérieur du corps, les variantes sont innombrables, et intranscriptibles :réalité humaine, savoir instinctuel.
Quand deux êtres humains, dans une sensuelle exception, partagent la même action, une illusion fantastique de communion se produit, mise en abîme au miroir de l’autre : deux voyages uniques et solitaires. La con-jonction demande un élan sublime et/ou une attirance irrépressible, nécessaires pour atteindre les sommets : une aspiration violente à combler un manque méconnu, pour décrocher la parcelle d’éternité de la petite mort. Post-coïtum, les amants sont sous le choc, muets, le partage verbal serait leurre : narcisse exaucé
On approche aussi le petit infini du vivant par la méditation, la lecture d’une œuvre ou de vers, la contemplation du silence bruyant de la nature, une onirique dégustation sensuelle, ou par son refus : découverte lente, ou fugace d’une parcelle de vie ou de mort, d’où surgit une étincelle qui illumine l’être du clair-obscur d’un bien-être, paillette irisée intraduisible.
Le désordre intense survient d’une séquence irraisonnée, improbable, d’un mouvement instinctif qui fait choisir, renier un objet au milieu de milliards d’êtres, de choses, d’idées, d’alternatives. Puis greffé au choix, au renie, le développement d’une enthousiaste attraction se poursuit (Du durable fétichisme au passager coup de foudre, de sa possession à sa négation, du plaisir à la douleur.), d’un amour de présence ou d’absence de l’élément vivant, matériel, concept, illusion. Le couronnement est le lâcher-prise, l’abandon absurde sans frontière, plongeon au vide qui nous altère, conjugaison de foi athée et de gourmandise vitale ou létale, réel et impénétrable. Sans retour.