Le Neutre.

Pierre Soulages

Référence des êtres parlants, les langues en Asie ne possèdent la catégorie grammaticale « genre », d’autres, au-delà du masculin, féminin, utilisent, le vivant/le non vivant. En Afrique certaines langues ont une dizaine de genres. En langue allemande, le neutre désigne toutes sortes de phénomène, en latin il est attribué aux choses. Le concept linguistique neutre est fluide, et tend à disparaître.

Le vocable neutre est introduit en français au 14ème, au 16ème dans le sens d’une personne impartiale, au 17ème d’un territoire hors conflit. Depuis le neutre est synonyme d’indéfinition en chimie et en botanique, d’asexué en zoologie… Au figuré il est synonyme de « fade, sans éclat, sans passion », peu valorisant : une idée.

La problématique apparaît à propos de LGBTQIA+ et d’une volonté d’inclusion qui passerait par le langage, un mode politiquement correct : un élan romantique qui inclurait toutes les minorités dans un neutre généralisé, une zone de confort pour tous. Si éviter la discrimination est nécessaire, en lieu et place du neutre, la langue française est inclusive avec « humanité » pour « hommes », « corps médical » pour « médecins », « sénat » pour « sénateurs » etc. sans limite, un vrai signe de volonté d’inclusion, de reconnaissance de la pluralité, de la diversité, sans le raccourci ni la dictature d’un mot (Esperanto sans espoir !)

La création du neutre nous ferait gagner une étiquette refuge, employée pour englober la sexualité nébuleuse de l’humanité ; une catégorie de plus dans le grand ordre des normes, honni, alors que le vocabulaire lexical recouvre mal la réalité observable et peu le monde des fantasmes des humains, et la solitude de leur mode de jouir singulier. 

La psychanalyse, dont la libido est au centre, conclue (ici simplifié !) que le mâle, le phallus est une farce, que la femme n’existe pas et que tout être humain oscille entre ces deux pôles. Le neutre va avoir du mal à trouver sa place.   

Au fil des ans la langue évolue, se moule pour cerner une réalité mouvante, mieux que l’imposition d’un vocable, qui déjà mal existe dans la syntaxe et le lexique des idiomes.