
Le langage chez l’homo sapiens, dans une évolution lente entre 300 et 100 mille ans, apparaît en Afrique du sud-ouest. Avec un larynx en position basse, il commence à articuler, phonèmes et mots. Une légende raconte que les mères hominidés dépourvues de pelage, dans l’impossibilité de voir leur progéniture s’accrocher, inventent un protolangage pour garder le contact, rassurer. L’instinct maternel œuvre, le fredonnement devient cantilène. Le futur de l’homme était déjà la femme, il y a des centaines de milliers d’années.
La première cantilène maternelle, accompagnée de gestuelle, donne au langage une dimension symbolique. Le développement d’une structure cognitive grammaticale devient la base d’une nouvelle relation sociale. Le vocable-concept, l’écriture / lecture viennent sophistiquer l’ensemble. Rien d’inné, un long apprentissage.
La vie humaine s’organise depuis quelques milliers d’années autour de récits ; ils ont un lien flou avec la vérité historique – impossibilité d’une transmission intégrale -, mais impriment une narrative dans nos mémoires et cultures.
L’humanité croit aux récits, surtout écrits : ils sont synonymes de connaissance, digne de foi. Les traditions, religions, philosophie, psychologie, anthropologie etc dont la multiplicité et l’évolution montrent l’inexactitude, sont autant d’exemples … Les auteurs originaux souvent sont mesurés, mais ils voient leur vulgarisation se charger d’asséner leurs conclusions comme des vérités. Aux antipodes la narrative de la recherche scientifique la plus théorique acceptée par la communauté internationale, celle sur la relativité et la physique quantique confesse être dans une impasse : l’impossibilité de conjuguer ces deux théories incontestées pour saisir la réalité de l’univers.
La démarche la plus sophistiquée des mathématiciens accepte l’incongruité d’un paradoxe insoluble, quand le reste de l’humanité avance aux larges pas de confrontations meurtrières sur la base de récits dont la probabilité d’inexactitude est quasi absolue.