Simone de Beauvoir – Annie Ernaux

La voix des femmes n’est pas dominante : notre phallo(go)-centrisme culturel, individuel et institutionnel la relègue. Les Françaises dénoncent cet état de fait ; Simone de Beauvoir au siècle dernier s’est faite entendre. Après que J-P Sartre, « son amour nécessaire », ait refusé le prix Nobel de littérature, l’Académie Suédoise n’a pas pris le risque de la nommer. Le camouflet a été une anti-consécration brillante ; les deux philosophes parisiens cultivaient indépendance intellectuelle et autopromotion.

Le prix Nobel de littérature 2022 salue une autre référence féministe : Annie Ernaux. Comme le « Castor » elle est femme de gauche et se manifeste seule et avec d’autres. D’origine modeste, née en 1940 en province, elle est une littéraire indépendante. Discrète, souvent ignorée (Prix Renaudot 1984) elle n’est reconnue qu’au 21ème siècle. Elle dit pudiquement « je suis traversée par les autres comme une putain », « une (femme) au milieu des autres », « j’écris avec mon corps », « écrire est une action » ou encore « écrire c’est allé jusqu’au bout de ce qu’on vit ». Elle parle comme elle écrit, simplement, comme une lame d’obsidienne. Son écriture contextualise l’intime, lui donne une dimension sociologique. Référence pour bon nombre d’auteurs actuels, ses œuvres sont aussi portées à l’écran. Modeste elle transforme la reconnaissance très officielle en responsabilité, celle « de l’engagement de l’écriture : dire le monde n’est pas neutre » , « Changer avec les mots : des mots non romancisés, des mots factuels, sans jugement » « pour comprendre les injustices ».

Écrivaine du 20ème et du 21ème siècle, Annie Ernaux, a été couronnée, sur le tard ; c’est le cas, souvent, des nobelisés. Libre penseuse, proche dans sa démarche d’Albert Camus, elle dit sa solidarité avec les femmes d’Iran et toutes les autres.

En 2018, un ressortissant français influent de l’Académie Suédoise est condamné pour agressions sexuelles ; le Nobel de littérature ne sera pas délivré : « Le nouveau prix de littérature de l’Académie » concurrent circonstanciel consacre Maryse Condé, écrivaine guadeloupéenne postcoloniale et féministe…

https://youtu.be/anLncnsm-nk