01/02/24

Cher ami,

Entre les évènements préfabriqués de la fin de l’année et les autres de la même eau trouble du calendrier, j‘anticipe ta demande et celle d’autres proches : quel merveilleux petit cadeau pour sceller une fois encore le lien que nous entretenons coûte que coûte, « Qu’est-ce qui pourrait me faire plaisir ? » pour célébrer l’été de la Saint Martin que je suis enclin à poursuivre ; une demande d’apparence facile : je désire une heure ininterrompue de ta stricte présence. Pas de sujet, juste un objet, partager 60 minutes à renouer ce que la vie interrompt : communier un espace-temps, entretenir une relation, qui n’existe peut-être pas, mais qui me tient lieu de bouillotte dans le lit conditionné de notre monde disruptif.

Dans cette société mercantile, notre temps est source de profit pour un marché qui n’a cesse d’offrir une kirielle de leurres : imposture mise en abyme par le jeu des médias et des réseaux sociaux. Délirant la réalité qui nous entoure, nous vivons en permanence un reconditionnement sous prétexte de « progrès » : de nouveaux objets de désir nous sont proposés, de plus en plus futiles, souvent inatteignables générant des sous-produits sèche-pleur et pis-aller. Un exemple à peine : des images hollywoodiennes proposent une aventure tout compris, un cabotage dans un paquebot géant où le clinquant substitue le luxe et le confinement tient de la fourmilière…

Un reste de conscience me suspend au bord de mes travaux d’écriture : je me vois dispersé, agité par une foultitude d’obligations secondaires, voire superflus. Les habitudes consomment la majeure partie d’une saison qui me glisse entre les doigts ; plus que la nécessité déraisonnable de laisser une trace écrite aux yeux d’inconnus, l’empreinte dans la mémoire de ceux qui me bénéficient, ceux que j’aime m’importe.

Nous aurions plaisir à te recevoir chez nous pour une heure, une journée, une semaine, un mois, seul ou accompagné : toi et moi saurons créer l’occasion d’un tête-à -tête sans autre objectif que celui d’un échange soudain, un dialogue spontané, qui ne verra pas le temps passé et qui nous débarrassera des miasmes de la société…