Cher Ami,

Sans foi, j’affirme mon pas de quelques cannes. L’une est, depuis des années, « LES ESSAIS » de Montaigne (1533-1592).
Le décès de son ami Etienne de La Boétie en 1563 et celui de son père en 1568, l’invitent en 1570 à se distancier de la vie publique pour embrasser celle de chatelain. A 37 ans, après avoir considéré la mise au repos de son esprit, le peu de temps qui lui reste à vivre, le libre penseur décide de coucher chimères et fantasmes pour mieux s’en moquer. Il dit de son livre au Roi Henri III « il ne contient autre chose qu‘un discours de ma vie et de mes actions ». Les silences qui entourent son histoire, interpellent autant que cette chronique de plus de 1700 pages (Edition de 2001 du livre de Poche) qu’il n’a de cesse d’amender et de rééditer ; épigraphe de la dernière édition de son vivant, Virgile « Il acquiert des forces en allant ».
Pas de narcissique autobiographie ou de récit historique, il commente ce qu’il retient du naturel des hommes de son époque « les signes de l’âme » : laisse libre cours à sa pensée en leçon à vivre. Modeste, il écarte le docte mais ponctue ses pages de citations antiques et modernes : commentaires familiers, jamais intimes. Il écrit pour peu de gens ; en stoïcien insiste « c’est la fermeté non des jambes et des bras, mais du courage et de l’âme », apprécie la poésie des lettrés et celle « populaire et naturelle ».
Sa vie et ses écrits témoignent d’une actualité surprenante : en 1562, de la suite de Charles IX, il a un entretien avec « trois Indiens » avec qui il partage la surprise de voir « des hommes pleins et gorgés de toutes sortes de commodités » et « des mendiants à leurs portes, décharnés de faim et de pauvreté » : comment peuvent-ils souffrir une telle injustice ? En son temps il est critiqué pour « Irréligion ».
Si Michel de Montaigne fait un mariage de convenance qui satisfait son père, en 1588 il fait la connaissance de Marie de Gourmay (1565-1645), célibataire, écrivaine, féministe avant le mot, proche des Libertins du XVIIème ; elle le considère comme son père d’alliance et prend en charge la sixième et dernière édition de 1594 qu’elle préface.