13/09/24,

Cher Ami,

“ O anel” ( “ L’anneau ») de Antônio Grillo au Parc Municipal de Belo Horizonte ( MG Brésil)


Si le Beau n’existe plus, la poésie s’éternise : enchantement enfantin qui saisit, présente dans l’histoire humaine depuis plus de trois mille ans, délectation aérienne ! Le mot est d’origine littéraire, il vient de poète : l’artisan qui dans une séquence de mots suggère des images, des impressions qui ravissent. Puis la poésie est associée à la musique avec le chant, et envahit d’autres domaines d’expression, aujourd’hui artistiques.

Elle est une rémission pour l’individu devant l’absurde, avoué ou non, de la vie : petit bonheur absolu et passager, elle est une trouvaille de l’être humain, un instantané faux-fuyant à son destin. Indépendant de tout et de tous, seul ou accompagné, l’esprit et les sens attentifs aux détails de son environnement, cueillent le furtif sortilège, le candide détail : feu follet de la conscience du spectateur, et de l’interprète.

La poésie n’est pas dans l’objet mais le fait du récepteur, « Le cœur seul est poète » André Chénier. L’aptitude à cette joie vient de l’enseignement ou d’un guide. Notre capacité à appréhender cette réjouissance solitaire, tient à l’ouverture au mystère ensorcelant de la vie, soustraite de sa routine : déceler au détour du chemin la faille, l’aspérité délectable.

 On reconnait le charme de la poésie, sans réalité tangible, dans un mouvement, une lumière, une forme, une odeur, un son, une saveur, un toucher, un spectacle. Elle contrebalance l’absence d’énoncé d’une solution aux problèmes de la vie, à l’inexistence palpable du « Je », présents dans notre conscience.

 L’expression artistique, avant de devenir tribune de contestation engagée en reflet de mouvement politique et social, tendait à découvrir une réalité enchanteresse, à créer une illusion, à l’avant-garde et en écho de son époque.

A sa recherche, son inutilité est un indice qui m’attache au fait inusité, à l’événement disconnexe. Un autre est sa subtilité qui me laisse penseur, rêveur, sans exclure la simplicité. Un autre encore, est une sorte de décalage avec le moment, l’entour : un effet-surprise, une odeur de rébellion, un trait qui déjoue le commun et fait croire à une renaissance, à l’original.