23/05/25

Cher Ami,

Dans le patriarcat historique dont nous avons du mal à nous départir, le corps du mâle appartient à l’état : ce dernier détient le droit d’en faire de la chair à canon.

Il est encore inscrit dans les lois ; en occident il y a moins d’un siècle, un être de sexe masculin qui aurait voulu se soustraire à ce devoir de citoyen, aurait été taxé de déserteur, et donc eût été passé par les armes. Plus grave, il est ancré dans les mœurs de la race humaine : donner sa vie pour défendre sa mère patrie est un devoir moral ; faute de répondre à l’appel, le sujet souille son honneur, le nom de sa famille. La violence du diktat marque l’humanité, et se retrouve aujourd’hui encore dans les discours les plus réactionnaires : l’injonction virile impose de prendre les armes contre l’ennemi, intérieur et extérieur, au nom des valeurs ancestrales. D’est en ouest et du nord au sud, la primauté de l’individu sur la communauté n’est pas acquise. La complexité et les doutes de l’analyse actuelle dans tous les domaines viennent complexifier la vie de chacun ; le confort des références d’hier induit la régression totalitaire.

Le dictat moral pèse sur les femmes : génitrices de corps encore parfois adolescents, elles en sont dépossédées au profit d’un idéal patriarcal. L’état s’octroie le droit de sacrifier le produit intime de leur vie. Cette violence idéalisée, moralement incorporée, crée un précédent, infère la tolérance à la violence masculine, et renforce la révolte de nos consœurs.

Le genre masculin, pour sa part, confronté à la réprobation générale de la société, famille incluse, devant la fracture entre l’éros de la vie, symboliquement féminin et le thanatos de l’ordre morale masculin, se trompe de cible, de cause ; il cherche à faire taire l’élan vital et se retourne avec la violence de l’incompréhension, de l’inconscient, contre l’origine de cette déchirure : la femme emblématique de son mal à vivre.

La raison d’état a ses limites : la violence physique, et la guerre son extrémité, doivent céder, être éradiquées : le débat d’idées doit s’y substituer, les mots peuvent aussi être d’une redoutable violence.