07/11/25

Cher Ami,

Pour mieux comprendre la vie, je cherche à cerner la mort : les siècles et les cultures ont multiplié les discours, les hypothèses. Je m’autorise à créer la mienne.

Quand un individu du règne animal passe de vie à trépas, un invisible s’échappe, une étincelle vitale quitte le corps ; une inertie définitive s’installe : un paradoxal vide absurde en présence d’un corps. Le proche commence un travail d’élaboration façonnée d’imagination : à l’absence d’explication se substitue une narrative.

Je me sers de quelques-unes des innombrables propositions, toutes discutables, comme à un self-service : je compose ma propre salade, une louche de culture dite judéo-chrétienne remixée en fond de toile, une cuillère d’intuition, une pincée de bon sens, un zeste de science… Je multiplie les béquilles pour continuer ma route de somnambule.

Ma relation avec mes morts, passe par leur souvenir sans cesse revisité pour mieux les saisir, histoire de prolonger leurs vies. Ce faisant, je fais leur deuil vivant, et me conforme à la fin certaine ; je cultive le défunt, parti trop tôt, et me penche sur mon propre sort : chute sans peur ni espérance vers un repos infini. La ferveur de mon recueillement n’est pas une plaisanterie, même si mon sourire l’accompagne dès les funérailles, mais un jeu auquel je me livre : l’autre me manque et son absence me noue les tripes. La nostalgie des personnes chères qui ont quitté ma vie me remplit au coucher du soleil, à l’automne, à la croisée des chemins. L’émotion est réelle, mes absents m’habitent.

Je me suis trouvé une perspective : la physique quantique, aujourd’hui à la pointe du progrès scientifique, explique que nous ne sommes qu’énergie, la matière n’existe pas. Lorsqu’un être vivant perd la vie, l’énergie vitale dont il est composé rejoint le grand ensemble énergétique de l’univers sans destination particulière ; il retourne au grand melting pot originel, quelques restes mortels retournent à la terre ; sans aucun sens.

Je trouve une chance unique à ce passage dans une coquille vide, La vita è bella. Que mes cendres servent d’engrais à l’olivier que j’ai planté !

#deuil #mort #vie