Cher Ami,

La vie est trop courte pour ne pas savourer la moitié pleine de mon verre à moitié vide. Après l’abordage raisonnable, j’ai laissé tomber l’objectif ; atteint, je sens le chausse-trappe. Seul un bel horizon de bien-vivre vague.
Vingt ans de vie biblique n’ont pas été creusés sur une mer d’huile. La vitalité des conjoints a baissé, lassés de course- poursuite, ils avancent en tandem : le relais en tête varie au gré des moments. Si l’un flanche, l’autre ne va pas loin debout sur les pédales ; solidarité obligée. Et quand l’engin crève le couple roule dans le fossé ; juste synchronisation. BD de la vie à deux.
Le sentiment né d’une attraction mutuelle et d’un intérêt mal expliqué, doublés d’un jeu de jambes consubstantiel, trouve après coup une manne d’explications : conte des mille et une nuits et jours de deux décennies. À la narrative bien construite et piquante, je préfère le mystère. Au pourquoi de l’attachement, je réponds, pour le plaisir de la faire rougir et de me faire rabrouer, des anecdotes vraies, et fausses. Vraies pour être advenues, et fausses pour être sorties de leurs contextes, enrichies d’omissions et d’oublis, détails révélateurs. Je me perds dans un magma scintillant que les mots effleurent à peine.
La vie à deux est un non-rapport, mais le désir de faire couple existe ; il fait naître un autre impossible à raconter, nommé du nom générique d’amour. L’être parlant crée une fiction pour recouvrir l’absurde de vivre : un jeu de mots comme un jeu d’eau.
Sans sens ni explication, le sentiment est fragile, protégé d’ombres et de secret pour que les deux folies, qui s’ignorent, fassent lien de cet inconséquent. L’alchimie parfois réussit : étrange habitude à la poursuite d’un enchantement.
L’enchantement du risque de la surprise, va-tout moderato cantabile. Personne ne sait vraiment ce qu’il veut. Faites vos jeux : je joue pair, passe et gagne. Le jeu vicie, c’est jamais sûr : ça fait partie du jeu.
#couple #carpediem
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