Cher Ami,

Une douleur physique intense augmente ma solitude. L’effort singulier de la lutte qui perdure amplifie mon sentiment d’inutilité ; l’énergie dépensée à résister me fragilise.
Malgré Épicure et d’autres, la souffrance a encore moins de sens que la vie qui n’en a pas ; un négatif pathologique aggravé : à l’instant « T » la cessation future est incertaine et l’augmentation de l’intensité possible, double incertitude cuisante !
Je hais souffrir avec une colère supérieure à la joie avec laquelle je déguste la vie. Je choie les p’tits bonheurs au ras des pâquerettes du quotidien ; la cruauté de la douleur loin de les pimenter, les étouffe.
Le contraire du signifié savourer n’existe pas. Si on savoure, une odeur, un met, un chant, une lumière, un moment, son contraire fait sens : on devrait pouvoir décliner et conjuguer « insavourer » les douleurs qui nous traversent. Le contraire de saveur n’est pas fadeur, qui est l’absence de saveur. Le contraire, le nerveux rejet que provoque la souffrance n’est pas nominée. Savourer dit de la dégustation sensuelle du plaisir dans la durée ; dans la douleur il fait vibrer chez moi une corde marginale et fugace dans une fusion sensation et imaginaire collatérale. Il manque au vocabulaire un signifiant : détester, haïr, exécrer, abhorrer, avoir une aversion, abominer, déclinent des sentiments distants du registre des sens. Quelle explication à cette déplorable absence de vocable pour dire la répulsion causée par la souffrance qui se prolonge ? Ni substantif ni verbe spécifique pour ce ressenti qui colle à la douleur, antipathie installée, nerf à vif, pour cette incontournable de la vie qui nous plie sous sa faux mal-aiguisée.
La douleur et la peur sont des réactions saines et vitales, synonymes de prévention devant une attaque, un danger. Le réflexe de défense fait rechercher les solutions aussi variées que les causes du stress : élimination nécessaire pour un mieux vivre.
Je suis de ceux qui choisissent le repos définitif après avoir lutté contre une douleur sans pause, ou à la rémission rare
La guérison a l’éclat de l’aube qui suit une nuit d’orage.
#douleur #mort