09/08/24,

Cher Ami,

Notre discussion m’a tenu en haleine ; je vois dans le sentiment d’appartenance une rémission, un pansement sur la blessure incurable de notre étrangeté face au monde et à nos semblables.

Avant de naître et d’être mis au monde le projet d’homme appartient corps et âme à la mère qui l’engendre. Mystère de la vie ; joie et dépassement de la mère porteuse. Plus qu’un souvenir, un traumatisme existentiel que, dans un long processus, le bambin dépasse pour gagner autonomie et identité, et se sentir unique au centre de l’univers. Sur son autre versant, l’unicité différenciatrice décline un sentiment d’étrangeté, grandissant ; l’individu ressent isolement et incapacité à partager, à communiquer. L’illusion de la fusion amoureuse ne dure ; les mots manquent, collisions et différences se multiplient. La poésie et les arts suggèrent, comblent, en passant, les vides d’un flou émouvant.

Le sujet fait l’expérience d’un soulagement avec le sentiment d’appartenance ; nous contre les autres. La famille et la mémoire de l’enfance, l’école et le club, l’entreprise ou le métier, la religion, la race, la nationalité etc. Appartenir borde d’un littoral notre identité flottante, crée le sentiment de communauté, réconfort nécessaire pour ne pas perdre les pédales …!!!???

La vie ne m’a pas fait apprécier ce mets.

Gasconnade : je survis avec mon étrangeté, mon incommunicabilité : l’amour et l’amitié viennent me bercer du partage de la fraternelle lucidité de notre incapacité à nous comprendre, à la communion : solitude et liens d’humanité et de tolérance, qu’un sourire entendu, un regard ému, un brin d’humour ou un mot d’esprit, un silence chargé de non-sens agrémentent. La conscience partagée de l’impossible de la relation, du rapport à l’autre, remplace le vide qui nous entoure d’un no man’s land brumeux.

Aux théâtres des grands boulevards, les défenseurs de toutes sortes de foi tiennent le haut de l’affiche ; leurs dieux idéalisés à la compagnie sans défaut, et leurs théories géniales sont portés aux nues.

Je me résigne, étranger, à savourer mon verre à moitié plein en bonne compagnie : un voile éthylique m’éclaire.

02/08/24

Cher Ami,

Les causes de la guerre, comme de nombreux évènements historiques sont l’objet d’études : qui les réunissent en faisceau, ou en arbre comme celles des accidents.

L’être humain, à l’intelligence différenciée du reste du règne animal, est le seul capable de cette violence organisée entre congénères, à grande échelle et sur une longue durée : la guerre. Les explications économiques, politiques, religieuses, sociales etc. ne peuvent gommer l’absurde de la répétition de ce désastre humain. Avec le recul du temps, ces prétextes témoignent d’un aveuglement irrationnel partagé, symptomatique.

L’étude de l’histoire et la prise de conscience collective à posteriori du non-sens ne changent rien à la permanence de cette activité accablante : la communication globale synonyme de connaissance, pour la majorité et des dirigeants, augmentent a contrario le succès des promoteurs du discours de la discrimination haineuse.

Les autres races, sans nos compétences, ne se livrent à aucun affrontement comparable même entre espèces. Les batailles rangées, donnant lieu à des milliers, voire des millions de morts, nous sont réservées. Nous nous comportons en cela comme les micro-organismes des principes de la Vie, qui, entre espèces antagoniques, se livrent des luttes pour la survie. Les êtres humains partagent 99,9 % de leur ADN et continuent à s’écharper, portés par un instinct de mort implacable.

L’individu livré à lui-même dans une vie médiocre voire mutilée, trouve une sorte de sublimation religieuse dans le sacrifice pour une cause idéelle qui déplace les foules ; sans condition minimum de bien-être, la mort pour une cause qui le dépasse, lance le sujet sur l’orbite de la prise de risque absolue : enivrement individuel et collectif, transcendant !   

La problématique du climat au XXIème siècle met en péril l’existence du genre humain dans son ensemble. Ce défi embrassé par le genre humain pourrait avoir un effet de dépassement pour tous : les dirigeants déposeraient les armes pour s’attaquer à cette priorité zéro, avant celui de la décroissance de la population globale et un déclin encore énigmatique !  

28/06/24

Cher Ami,

Macron, incapable de présider la Renaissance promise de l’Hexagone, a anticipé les élections législatives ; coup de poker qui prend tout le monde de court. La décision du chef de l’état donne l’impression qu’il garde les rênes, prenant l’initiative du désordre : c’est nouveau ! Sa stature d’homme d’état en pâtit. Objectif pratique mettre une fois de plus les Français devant un choix cornélien entre les extrêmes à droite et à gauche ; ou l’alternative usée du centre très à droite de la majorité présidentielle.

Le RN a à sa droite une ultra droite qui lui donne un semblant de respectabilité qu’elle entretient par un discours sibyllin. Des générations feignent de ne pas se souvenir :  une nouvelle figure lisse, séduit ; un nouveau ton de « brun » fumeux est à la mode. 

Le LR qui n’a su être le rempart des valeurs républicaines de l’après-guerre s’est lentement effondré ; sans pouvoir le confesser, on imagine un pacte contre nature avec le RN. La sortie extravagante de son président est révélatrice de leur (in)conscient collectif, immédiatement refoulé. Le « Grand Charles » se retourne dans sa tombe : une étreinte de tamandua se profile.

Les partis du Président actuel, nés de sa jeune popularité, sont à la ramasse ; son crédit est en perte de vitesse : la renaissance n’a pas eu lieu et la situation économique ne s’est améliorée que pour les riches.

A gauche on ne sait plus à quel saint se vouer : les Communistes continuent marginaux, le lieder des Insoumis a dit tellement d’incongruités qu’il est arrivé à détruire l’élan des derniers optimistes ; le parti des Verts a entamé un recul européen, pour ne pas présenter de vrai programme qui intègrerait le climat. Le parti socialiste veut croire à une renaissance de ses cendres après une contre-performance notoire aux dernières élections présidentielles et un résultat honorable aux élections européennes.

Le lancement d’une gauche unie passe par un Nouveau « Front Populaire » : en 1936 une éminente mobilisation populaire qui termine dans le décor en 1938. La mémoire n’est pas le fort des Français.

Narcisse a ouvert la boite de Pandore. A suivre…