Raducanu.

Emma Raducanu
Une Légende, déjà.

Emma Raducanu, une adolescente de dix-huit ans venue des éliminatoires a gagné un trophée du Grand Slam – l’US Open -, elle est la première britannique, depuis plus de 40 ans. Emma d’origine canadienne, de père roumain et de mère chinoise, est portée aux nues, alors que Roumains, Chinois et autres immigrants sont accusés de voler les emplois de sa majesté, et sont repoussés de l’autre côté de la Manche. Son exploit a été salué par diverses personnalités du Royaume Uni, dont le premier ministre Boris Johnson illustre pour ses campagnes en faveur du Brexit et opposées à toute émigration.

Sans y voir de paradoxe, il a profité de l’opportunité pour tenter de nettoyer son image xénophobe et rétrograde. L’incurie est double : d’une part le crédit de ce succès n’appartient pas à ses choix, et d’autre part loin de confesser que les faits viennent contredire sa ligne politique, il se cache derrière le doigt de son gant retourné, dans une pirouette dialectique digne des meilleurs autocrates populistes ! En prime sa célérité gomme l’effet d’annonce de la rhétorique adversaire.

Les conseillers de sa majesté ont emboité le pas et la Reine a saisi l’occasion de rajeunir l’image des Windsor, revers de la longévité, seulement comparable à l’étendue anachronique et inégalée, de sa titulature sous couvert de « commonwealth » : 21 monarchies et 32 républiques… Aucune forme d’impérialisme. La monarchie britannique est la plus fabuleuse comédie de l’ère moderne. William Shakespeare, en artiste, en avait été le premier chantre.          

La politique et le sport font bon ménage : B. J. avait réuni sous la bannière des jeux olympiques les « britanniques de plastique »* portés par les investissements d’autres gouvernements. Pas de jet de pierre exclusif à Albion, à son exemple j’ai saisi l’opportunité. Sorry.

*Traduction littérale pour les athlètes qui ne sauraient pas par cœur le « God save the queen ». Je confesse ne pas chanter notre hymne national, au ton belliqueux et revanchard : éculé. Je me sens citoyen du monde et européen, de naissance français et parisien, à distance.  

En passant…

La vie est énigme : objet de recherche scientifique, d’acte de foi, de démarche philosophique, de voyage poétique. La conscience de vie est le propre de l’être parlant, source d’angoisse existentielle ; incapable de se contenter de vivre, le langage l’assujettit à l’interprétation (incongruité comparée au reste de l’univers), à une distance pour mesurer, savourer l’instant et l’insondable.

Le génie supérieur de la vie se déjoue de notre condition. De l’intérieur il nous pousse à l’action, inspiration peu raisonnable, nous fait y croire maquillé d’égocentrisme ; de l’extérieur, séducteur jouant sur les cordes de nos sens, il nous tire, dans un irrécusable élan d’un vide à remplir, une soif à étancher. Tard l’insuffisance, la légèreté saute aux yeux, une odeur d’ineptie surgit.

Je saisis la pipe d’écume de l’aïeul pour retrouver un peu de ce temps qui passe, inhalé l’âcre des restes : satisfait d’avoir réalisé quelque chose et déçu d’en avoir raté tellement, modestie oblige.

Un besoin subjectif d’avancer m’a fait laisser derrière moi nombre d’amis, de parents. Infidélité, inconséquence. Dans mon tuyau, impatient, l’âge venant une associabilité se développe : de prêt personne n’est supportable, la tolérance diminue … La confession inclue, le regret de quelques proches historiques.

L’angoisse pousse à la conquête d’une connaissance de la vie : elle se limite à la découverte de ses algorithmes, le mystère demeure, s’éternise. Les brides successives de savoir, source d’une forme de progrès pour la race, nous suggèrent un univers à notre portée, un territoire à coloniser, à dominer. Avec un manque de clairvoyance brillant nous oublions que la vie est incommensurablement plus puissante. Nous jouons avec le feu d’une conquête aveugle.

La race humaine, dont je participe, est peu de chose. Après être né inconscient, sur le chemin du point final une sorte de conscience surgit, puis un détachement libère, soulage. Avec le temps l’Autre apparaît avec une petite clarté, dénué de sens ; le trouble reste irrémédiablement interne, être à peine une chose parmi un univers immense d’autres choses. 

Montgoméry

Le réel de la jouissance

Il n’y a plus intime, incoercible solitude, que l’irruption du plaisir ivresse conjuguée des sens et de l’intellect, volupté et joie. Majestueuse, la jouissance transporte dans un ailleurs majeur, événement innominé, rare délectation ; fugace, elle pince au cœur et délivre une subversion acide, loin de tous, un scintillement enchanteur. De l’impression grandiose à celle ténue, dans l’infini intérieur du corps, les variantes sont innombrables, et intranscriptibles :réalité humaine, savoir instinctuel.

Quand deux êtres humains, dans une sensuelle exception, partagent la même action, une illusion fantastique de communion se produit, mise en abîme au miroir de l’autre : deux voyages uniques et solitaires. La con-jonction demande un élan sublime et/ou une attirance irrépressible, nécessaires pour atteindre les sommets : une aspiration violente à combler un manque méconnu, pour décrocher la parcelle d’éternité de la petite mort. Post-coïtum, les amants sont sous le choc, muets, le partage verbal serait leurre : narcisse exaucé 

On approche aussi le petit infini du vivant par la méditation, la lecture d’une œuvre ou de vers, la contemplation du silence bruyant de la nature, une onirique dégustation sensuelle, ou par son refus : découverte lente, ou fugace d’une parcelle de vie ou de mort, d’où surgit une étincelle qui illumine l’être du clair-obscur d’un bien-être, paillette irisée intraduisible.

Le désordre intense survient d’une séquence irraisonnée, improbable, d’un mouvement instinctif qui fait choisir, renier un objet au milieu de milliards d’êtres, de choses, d’idées, d’alternatives. Puis greffé au choix, au renie, le développement d’une enthousiaste attraction se poursuit (Du durable fétichisme au passager coup de foudre, de sa possession à sa négation, du plaisir à la douleur.), d’un amour de présence ou d’absence de l’élément vivant, matériel, concept, illusion. Le couronnement est le lâcher-prise, l’abandon absurde sans frontière, plongeon au vide qui nous altère, conjugaison de foi athée et de gourmandise vitale ou létale, réel et impénétrable. Sans retour.