Afghanistan.

Le revers majeur des derniers jours a ses racines dans le drame historique du 11/09/ 2001, les USA subissaient au cœur de leur territoire un viol télévisé, symbolique exemplaire : honneur à laver.

Mais les affamés, 30% de l’humanité*, ne devraient pas être outragés par l’absolu mépris du leader de nos sociétés occidentales.

La suffisance et l’inconséquence estadunisiennes apparaissent dans toute son horreur : la décision du départ des troupes américaines par deux présidents (Républicain et Démocrate) successifs, caractérise la posture politique de la très grande majorité des Yankees. L’histoire se répète, après avoir lavé l’honneur et résolu militairement un problème de sécurité interne, les neveux de Donald le transforment en fournisseur de 90% de l’héroïne mondiale et le livrent au chaos. Le chevalier Blanc est bouté hors des frontières par un peuple miséreux assuré de sa légitimité.

Une partie de la planète est un territoire à la merci d’un narcisse aveuglé. Après le Vietnam, l’Amérique central, l’Irak, le Liban, la Syrie, la Lybie… et de combien d’autres cas – Secrets d’état ! – d’ingérence violente dans les pays des plus démunis. Et Joe B. a la conscience tranquille ! Moi européen non.

  « La Vieille Europe » n’a pas de leçon à donner (Historiquement responsables, la France alignée sur la pointe des pieds, la Grande Bretagne vassale assignée etc.) mais pourrait saisir l’opportunité humaniste, unie autour d’une solidarité – Un rêve face au pouvoir du marché, du libéralisme aveugle !- avant que les vainqueurs d’aujourd’hui n’aient d’alternative que de se retourner vers leurs voisins autoritaires

Athée et démocrate, ma sympathie ne va pas aux Talibans. Mais leur désir de revanche face au complotisme nord-américain et leurs alliés fait sens. Des hommes et des femmes de civilisations millénaires vivent et pensent différemment : l’humanisme de l’U.E. doit aider au dialogue.

Le Capitalisme-libéral nord-américain piétine les Autres. L’Europe ne peut emboiter le pas de l’Oncle à la superbe paranoïa.

*Sous le seuil de pauvreté 10% de la population moins de 2$ par jour, 20% entre 2 et 5 $.  

Ney Matogrosso

Inclassable et fidèle à lui-même, il est un des interprètes les plus salués du Brésil : ces 50 dernières années il chante la meilleure musique populaire brésilienne et latino composée depuis un siècle. Avec d’excellents musiciens il produit un « cabaret », léger et touchant, écrin coloré d’un précieux frénétique.

Né à Bela-Vista (4000 habitants en 1941) dans le Mato Grosso do Sul à la frontière avec le Paraguay, le fils unique d’un sergent de l’armée de terre et d’une maitresse de maison a une jeunesse de solitude et de voyage. Adolescent il chante dans les bars. A dix-huit ans il se déclare homosexuel et passe par l’armée de l’air ; première aventure amoureuse. Jusqu’à l’âge de trente ans sans abandonner les planches, il mène une vie de hippie entre Brasilia, Sao Paulo e Rio de Janeiro, embrasse des professions variées, de laborantin d’anatomie pathologique à danseur étoile d’un show de nouvelles « fantastiques », révélateur ! En 1973, il commence sa carrière, chanteur du groupe « Secos & Molhados » : il bat des records de ventes de disque. Contre-ténor hors norme, il se matérialise dans un corps d’homme liane couvert de paillettes à la langueur nerveuse, un homme au déhanché féminin au vrai-semblant androgyne. Libre d’interprétation, il précède l’univers classificateur LGBTQIA’s. En pleine dictature il impose l’érotisme de son interprétation, un humanisme libertaire. Sa voix de castra et la sensualité de sa gestuelle perturbent les machos de la république militaire qui l’obligent à quelques séjours à l’ombre.

Dans une interview récente le « quasi animal » raconte: « J’étais une chose tellement ambiguë, tellement de tous les côtés, que je pouvais être un insecte, un serpent, un oiseau, quelque chose. C’était ce grain d’ouverture que je proposais.» rétrospectivement. Et « Que chacun pense avec sa tête » « Je ne suis pas militant et jamais je ne le serai » « Il n’y pas de délicatesse dans l’histoire. Sans snobisme, ça ne m’intéresse pas.» Rien ne l’arrête à 80 ans (le 01/08) il lance un nouveau disque « Nu com minha Musica ».

Un citoyen emblématique ! 

Métissage et anthropophagie.

Fervent amateur au naturel gourmand, avant de connaître le mouvement Anthropophagique des Modernistes, je m’identifie à la voracité de mon pays d’adoption ; paraphrasant Oswaldo de Andrade « l’Anthropophagie unit les brésiliens ».

Le joyeux bordel ressenti en arrivant, n’est pas une impression : avec une indéfinition persistante existe la possibilité d’une solution bricolée, la mise à profit de la situation et la perversion des règles et des lois, après «dévoration». Couronnée d’un sourire entendu, la non-loi issue des coutumes hybrides d’aucun registre provoque, déroute, agace. Cet extrémisme viendrait des amérindiens rarement respectés, souvent décimés, parfois intégrés : racine fondamentale. Avant l’évangélisation, les nations indiennes partageaient le rite de tuer l’ennemi vaincu pour le consommer, geste réel et symbolique : souvent un seul des guerriers vaincus, parmi les plus vaillants, après avoir été traité comme un chef, était sacrifié. Vengeance et volonté d’acquérir ses qualités pour les sommer à celle du peuple vainqueur : une forme de reconnaissance, pas de cannibalisme mais d’anthropophagie, une assimilation. Après nombre essais d’évangélisations infructueux, les survivants ont abandonné cette coutume.  

Avant de penser, d’élaborer avec des mots, je ressens la réalité : elle touche les pores de ma peau, passe par les ouvertures de mon corps ; la gueule n’est pas la moindre ! L’apprentissage de la vie passe par une approche cérébrale ; la paresse me fait savourer les choses de la vie plus que les circonscrire de mots : j’engloutis, rumine, me nourris de ce que la vie m’offre : néo Pantagruel je vis au présent, j’aime la vie plus que de lui chercher un sens. Sans m’opposer à l’herméneutique, je suis séduit par la culture du Brésil : elle m’a cueilli, gloutonne, s’approprie l’étrange, s’acculture, mangeuse d’âme, délivre une lecture originale.

Quelques oeuvres en miroir, les « Bachianas » d’Hector Villa Lobos, « Abaporu » et « Operarios » de Tarsila do Amaral, l’architecture de Oscar Niemeyer, la « Bossa Nova » et le « Tropicalismo », aujourd’hui la poésie d’Arnaldo Antunes, quel que soit le moment politique.