30/05/25

Cher Ami,

En France, l’Assemblée Nationale et le Sénat vont légiférer sur les termes qui encadreront les soins palliatifs ou d’accompagnement, et l’aide à mourir : le droit de disposer de son corps, en être humain responsable à part entière jusqu’aux ultimes conséquences.

La loi veut transcrire une vision « humaniste » : le proche bouleversé devant la tragédie d’un être cher sait qu’émotion et inconscient nous retirent la clairvoyance nécessaire. Les professionnels de santé parviennent mieux à circonscrire le cadre psycho-émotionnel du patient isolé dans sa souffrance.

Les élus légifèrent pour répondre à une demande de la société ; la loi n’anticipe pas, ce n’est pas son rôle, mais elle devrait envisager les conséquences ou les risques de dérive. La logique de la société ultralibérale croissante, dénuée de compassion dans les mains des puissances d’argent et leurs institutions privées, pollue l’écoute du sujet en détresse.

En Italie, premier pays à avoir clos les asiles psychiatriques et exclu l’enfermement, réforme du nom du psychiatre Franco Basaglia, voit la privatisation des services de santé retenir le patient en otage : aux mains d’un « administrateur », il est guidé pour d’excellentes raisons dans les méandres d’une institution dont les solutions multiples, sur mesure, accompagnent son évolution. Là, l’initiative privée qui dégage des bénéfices, absorbe déjà 50% des fonds publics destinés à la santé psychiatrique : quelle prise en compte réelle de la souffrance humaine ?

Au Canada, la loi à l’aide à mourir a été votée en 2021. Une étude récente fait apparaître, qu’au Québec, 25% de la population est favorable à ce que soit inclus dans les demandes recevables d’aide à mourir, des critères sociaux : aux yeux d’un quart des citoyens, d’un pays classé 3ème à L’Indice de Développement Humain de l’ONU, il serait souhaitable que pour des raisons socio-économiques, une personne qui désire se suicider, soit assistée médicalement. Dit autrement, l’état pourrait désister de l’aide économique aux plus démunis, et y substituer une aide à mourir. Imaginons ce souhait généralisé dans les mains d’un tribun populiste ?

23/05/25

Cher Ami,

Dans le patriarcat historique dont nous avons du mal à nous départir, le corps du mâle appartient à l’état : ce dernier détient le droit d’en faire de la chair à canon.

Il est encore inscrit dans les lois ; en occident il y a moins d’un siècle, un être de sexe masculin qui aurait voulu se soustraire à ce devoir de citoyen, aurait été taxé de déserteur, et donc eût été passé par les armes. Plus grave, il est ancré dans les mœurs de la race humaine : donner sa vie pour défendre sa mère patrie est un devoir moral ; faute de répondre à l’appel, le sujet souille son honneur, le nom de sa famille. La violence du diktat marque l’humanité, et se retrouve aujourd’hui encore dans les discours les plus réactionnaires : l’injonction virile impose de prendre les armes contre l’ennemi, intérieur et extérieur, au nom des valeurs ancestrales. D’est en ouest et du nord au sud, la primauté de l’individu sur la communauté n’est pas acquise. La complexité et les doutes de l’analyse actuelle dans tous les domaines viennent complexifier la vie de chacun ; le confort des références d’hier induit la régression totalitaire.

Le dictat moral pèse sur les femmes : génitrices de corps encore parfois adolescents, elles en sont dépossédées au profit d’un idéal patriarcal. L’état s’octroie le droit de sacrifier le produit intime de leur vie. Cette violence idéalisée, moralement incorporée, crée un précédent, infère la tolérance à la violence masculine, et renforce la révolte de nos consœurs.

Le genre masculin, pour sa part, confronté à la réprobation générale de la société, famille incluse, devant la fracture entre l’éros de la vie, symboliquement féminin et le thanatos de l’ordre morale masculin, se trompe de cible, de cause ; il cherche à faire taire l’élan vital et se retourne avec la violence de l’incompréhension, de l’inconscient, contre l’origine de cette déchirure : la femme emblématique de son mal à vivre.

La raison d’état a ses limites : la violence physique, et la guerre son extrémité, doivent céder, être éradiquées : le débat d’idées doit s’y substituer, les mots peuvent aussi être d’une redoutable violence.

16/05/25

Cher Ami,

Avec le Pape Léon XIV élu, l’Église, une des institutions les plus conservatrices, par son fonctionnement et son enseignement, signalise vouloir poursuivre une rhétorique politique et sociale pour plus d’humanisme, à l’opposé de nombreuses institutions et régimes politiques historiquement plus récents : à minima hypocrites et erratiques 

L’Europe se bat contre ses paradoxes : respecter le nationalisme croissant de ses 28 pays et exister sur la planète comme une seule entité politique, économique et militaire. Les 56 pays du Commonwealth sont les sédiments d’un impérialisme du siècle dernier, sous l’ombrelle de l’image médiatico-folklorique de la couronne d’Angleterre. Avec l’aide du néo rétro capitalisme et les entreprises de technologie de l’information, les Etats-Unis d’Amérique ont élu un président qui méprise toute forme d’humanité ; il ne croit qu’au pouvoir de l’argent, celui des plus forts. Comme eux, la Russie des oligarques veut par les armes le retour d’un impérialisme digne du XIXe. Xi Jinping, énigmatique président héritier du régime communiste, habille de soie sa guerre commerciale et financière : un gant à une pieuvre, pas à un Panda géant ; avec une maîtrise du temps culturelle, Xi développe une stratégie de jeu de Go à l’échelle planétaire. Quelques rares géants du capitalisme tentent de se défaire lucidement du poids financier de leur héritage…

Le pontificat de François, sans se déparer d’une forme de dialogue, a été marqué par un discours en faveur de la paix : contre l’invasion russe de l’Ukraine, pour un cessez-le-feu à Gaza, pour l’accueil des immigrés/réfugiés, pour plus de justice surtout pour les démunis, et dénonçant le non-sens du réchauffement climatique, ce qui insupporte extrême droite et droite radicale. Compte tenu de sa jeunesse et de son parcours, Léon XIV, élu dès le deuxième jour du Conclave avec plus de 100 votes pour 133 cardinaux votants, va continuer à être vigilant et à prêcher plus d’humanisme ; la richesse de l’Église et la très lente révision du droit canonique montrent, aussi, combien il est facile d’éplucher l’œil du voisin…