01/02/24

Cher ami,

Entre les évènements préfabriqués de la fin de l’année et les autres de la même eau trouble du calendrier, j‘anticipe ta demande et celle d’autres proches : quel merveilleux petit cadeau pour sceller une fois encore le lien que nous entretenons coûte que coûte, « Qu’est-ce qui pourrait me faire plaisir ? » pour célébrer l’été de la Saint Martin que je suis enclin à poursuivre ; une demande d’apparence facile : je désire une heure ininterrompue de ta stricte présence. Pas de sujet, juste un objet, partager 60 minutes à renouer ce que la vie interrompt : communier un espace-temps, entretenir une relation, qui n’existe peut-être pas, mais qui me tient lieu de bouillotte dans le lit conditionné de notre monde disruptif.

Dans cette société mercantile, notre temps est source de profit pour un marché qui n’a cesse d’offrir une kirielle de leurres : imposture mise en abyme par le jeu des médias et des réseaux sociaux. Délirant la réalité qui nous entoure, nous vivons en permanence un reconditionnement sous prétexte de « progrès » : de nouveaux objets de désir nous sont proposés, de plus en plus futiles, souvent inatteignables générant des sous-produits sèche-pleur et pis-aller. Un exemple à peine : des images hollywoodiennes proposent une aventure tout compris, un cabotage dans un paquebot géant où le clinquant substitue le luxe et le confinement tient de la fourmilière…

Un reste de conscience me suspend au bord de mes travaux d’écriture : je me vois dispersé, agité par une foultitude d’obligations secondaires, voire superflus. Les habitudes consomment la majeure partie d’une saison qui me glisse entre les doigts ; plus que la nécessité déraisonnable de laisser une trace écrite aux yeux d’inconnus, l’empreinte dans la mémoire de ceux qui me bénéficient, ceux que j’aime m’importe.

Nous aurions plaisir à te recevoir chez nous pour une heure, une journée, une semaine, un mois, seul ou accompagné : toi et moi saurons créer l’occasion d’un tête-à -tête sans autre objectif que celui d’un échange soudain, un dialogue spontané, qui ne verra pas le temps passé et qui nous débarrassera des miasmes de la société…         


26/01/24

Cher ami,

En août1789 en France, le Tiers-état avec la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (DDHC) établit les principes des droits individuels et communs, et leur mise en œuvre à l’occasion de l’abolition des privilèges féodaux : 1) liberté et égalité en droits 2) les droits naturels et imprescriptibles de l’homme : liberté, propriété, sûreté et résistance à l’oppression. 3) la souveraineté de la Nation distincte de la personne qui la dirige, et la séparation des pouvoirs politiques (Montesquieu). Elle établit le droit en trois catégories principales, les hommes (tous), les citoyens (les Français), la Nation (ses diverses représentations). Elle est promulguée en novembre par ordonnance (la dernière) de Louis XVI avec les 19 articles de la constitution.

Influencée par la révolution américaine (1775- 1783) et sa constitution (1787), par les philosophes britanniques et ceux des lumières, la DDHC, malgré de nombreuses critiques, sert de référence à de nombreux textes : la Déclaration Universelle des Droits de L’homme (1948), la Convention Européenne des droits de l’Homme (1950), la Constitution Française de (1958) etc.

J’ai fait un rêve : alors que l’occident, aveuglé par le libéral capitalisme entaché de colonialisme, considère les 4/5 de la population mondiale comme « le Tiers-monde », ses représentants faisaient valoir une Déclaration des Droits de la Vie et de la Nature : objectif, abolir le droit hégémonique de l’être humain à disposer de la planète.  Article 1) toutes les formes de vie en principe ont une valeur égale et doivent être préservées. Article 2) les hommes et leurs émanations qui ont exploité, esclavagé la nature sont responsables de sa conservation et de sa réhabilitation. Article 3) la souveraineté de l’univers et sa représentation n’ayant jamais trouvé leur place dans l’Organisation des Nations Unies, il est nécessaire de réunir une assemblée générale constituante. La représentation proportionnelle de tous les peuples veillera à l’élaboration d’une constitution internationale et sa législation visant la survie de la planète et de ses composantes, pour repousser la fin du monde.

01/19/24

Cher ami,

La lecture de Krenak, Munduruku et Kapenawa bouscule mon ethnocentrisme, m’oblige à ouvrir le vasistas d’une prise en compte ; écartant l’attitude idéaliste et révolutionnaire d’un alignement sur une civilisation aux antipodes de notre histoire, quelques idées en vrac.

Le futur de la vie humaine passe non seulement par plus de solidarité contre l’inégalité (Thomas Piketty) entre les hommes mais aussi par la prise en compte complexe de toutes les formes de vie à l’échelle de la planète : regarder autrement autour de soi. A petits pas déterminés, vers un horizon flou, il faut inventer une route, route assujettie aux intempéries et aux erreurs pour préserver l’environnement, en écoutant l’autre différemment, en intégrant la divergence tolérante du prosélytisme des indigènes, en sortant de sa zone de confort forçant l’adaptation, …

Nous consommons plus que la planète ne peut offrir à la population humaine, et 90 % d’elle aspire légitimement à de meilleures conditions de vie. Pour la survie de notre communauté, extensive à la vie en générale sur la terre, une moindre consommation est nécessaire, n’en déplaise au libéral capitalisme. Aujourd’hui la totalité de la consommation des occidentaux nécessite une énergie à la matrice d’origine majoritairement fossile et à des produits dérivés de la chimie de même origine : résister au jeu du consumérisme, à la mode, à nos habitudes culturelles du toujours plus, tient de l’honnêteté intellectuelle et morale.

La dialectique du maître et de l’esclave de Hegel, aménagée par les circonstances, pourrait s’écrire : L’esclave L’indigène étant celui qui transforme vit avec la Nature, accède à l’objet (vivant), à son côté actif. Le maître L’occidental ne travaille vit pas avec la Nature, il vit dans la jouissance de l’objet créé, transformé, consommable : il ne connaît que son aspect passif. L’indigène vit à intégrer l’univers, il adapte son autonomie au monde naturel dans une cohabitation vitale, quand l’occidental se rend étranger à la nature, à l’univers, à la vie. L’aliénation apparente de l’indigène à la nature est la source de sa libération.

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