01/08/25

Cher Ami,

La noirceur du ciel s’efface, l’aube s’annonce. Froissé d’une nuit désordonnée, j’ouvre grand portes et fenêtres au réveil de la nature.

Le crépuscule du point du jour et de son terme allient clarté et obscurité. L’incandescence vitale du soleil élimine les nuances et les absences, emporte le passé et l’occulte. Le romantisme et le surréalisme, à leur époque, avaient marqué le monde du reflet lunaire du règne de l’incertain : le doute infiltrait la vie et la pensée se frayait une voie à l’instinct, entre les infinis du passé, du présent et du futur. Aujourd’hui la conscience de l’esprit et l’inconscient du rêve devraient s’enlacer, étouffer les certitudes.

L’activité des grandes métropoles illuminées, symboles de la société humaine des cent dernières années, se targue de fonctionner 24/24 ; le progrès technique, intéressé, fait oublier les cycles de la planète et de l’univers. Le siècle des lumières et ses successeurs ont érigé le rationnel de la pensée humaine en factotum. La poésie et la psychanalyse entrebaillent la porte de l’infinie étrangeté du particulier : le consumérisme n’est qu’un leure symptomatique de notre mal existentiel. Pris dans la vague enthousiaste du marché, l’être humain croit à la liberté d’acheter, oublie sa liberté d’esprit. 

L’authentique émoi simple se perd. Hier la télévision a pris la main sur le quotidien ; aujourd’hui la présence sur les réseaux sociaux est synonyme d’existence et le divertissement se paye en ligne ; demain l’IA obligera à survivre dans la dépendance de la pensée logique des centres de données : la démocratisation de la connaissance dans tous le domaines imposera ses vérités.

La superbe affichée des leaders de notre planète exhibe leur foi dans les forces de l’argent : la fiction roborative du commerce et des armes écrase 90 % de 8 milliards d’êtres humains, dont 50% vivent sous le seuil de la pauvreté ( 7$ jour).

Apolon et Artémis sont des jumeaux intraitables : l’humanité est en équilibre entre le jour et la nuit, entre demi-vérité et doute fragmenté.

Nostalgie de la vie paradoxale d’une nuit réparatrice.      

#paradoxe #crepuscule @eatihe

25/07/25

Cher Ami,

Le soleil s’est couché ; la porte est restée ouverte, la bourrasque du crépuscule m’enveloppe, me réfrigère. Le feu dans la cheminée me berce d’une douce torpeur…

Le feulement de la flambée accompagne l’encours de ma vie de couple ; vingt ans de vie biblique. Après le coup de foudre et le feu ardent d’une nouvelle vie à deux, puis la confrontation houleuse des différences et la recherche d’équilibre au fil de l’eau, comme une subtile complicité.

Le quotidien offre l’âpreté de la routine, la vie apporte son inédit contrariant, la réaction à l’adversité surprend. Face à l’éternel méconnu, le ressort maître et les ficelles du tempérament de chacun, et du tandem, apparaissent : l’actualité met sous ses feux un trait de caractère, qualité et revers, exagéré d’un réflexe de défense, d’une blessure d’un désarroi. « Déjà vu » fulgurant, recoloré pop art : la même chose et une différence criante. Une pause s’impose ; mon désir infiltre ; mon goût à protéger insiste ; le pli à faire couple demeure : la connivence s’installe.

La connivence ne relève pas du sentiment mais d’un penchant ; un état d’âme qui n’existe pas vraiment non plus, comme le fond de l’air : une figure littéraire pour circonscrire ce pressenti sans consistance, une parabole pour un lâcher-prise émotionnel. Je ferme à demi les yeux sur l’enjeu et ses coulisses, tenants et aboutissants font partie de l’histoire : lumière brutale et circonscrite, scène durassienne. Tout ouïe j’écoute les assonances des méandres du passé ; je les laisse à leur place, les prends en compte sans m’en encombrer, pour mieux entendre. Un échange silencieux dans un immédiat dense et inconséquent ; l’instant est du couple, de son mystère : lourde légèreté diluée dans une atmosphère de brume, un compromis sourd advient pêlemêle entre nous. Pas de tolérance superbe mais une connivence devant l’infortune de la roue qui tourne.

Face au froissement, un silence cassant a suspendu la conversation ; un cessez-le-feu avant même sa propagation. Le temps de l’expérience est arrivé ; la vie à deux poursuit son cours. Rien n’est acquis et pourtant…!!!

18/07/25

Cher Ami,

La prévision du temps météorologique s’améliore à brève échéance, pas sur le moyen et long terme, m’anime, adepte du feu de cheminée.

Le temps, qui ne fait que passer, ne serait à l’infini qu’une courbe, un cycle au rythme varié… Il fait écrire scientifiques, philosophes, psychanalystes, écrivains, poètes etc. et n’a pas fini. J’ai lu quelques points de vue, théories et voyages intérieurs : je m’enthousiasme pour l’érudition et la qualité littéraire. Leur lecture crée un embouteillage intellectuel, leur somme me pousse dans le décor ; je choisis un chemin de traverse.

Les collectionneurs de chronographes s’acharnent : le temps reste insaisissable. A l’opposé des trois premières dimensions matérialisées sous des formes variées qui limitent l’infini de notre horizon, la quatrième nous échappe : une étrange fiction. Son évidence est aussi inconsistante que réelle. Le temps me questionne, me dépasse ; je reste à la traîne, à la ramasse, voire en retard. Je laisse le temps « T », l’heure cristallisée par convention, sur le bas-côté du temps qui court, qui nous entoure, impalpable, invisible, inaudible, inodore, sans saveur. Le temps me berce dans l’immédiat, ne laisse pas de trace, mais au fil du temps m’outrage ; le temps n’est qu’à moi, sans pause.

Le temps avance, j’ai moins de temps, ne sais gagner du temps, et avant d’avoir fait mon temps, je veux prendre le temps, au point de perdre mon temps ; je le ralentis dans une évasion méditative, à faire des conserves de piments, à lire un livre « loin de l’actualité », et pour une minute l’arrête une éternité fixant scrupuleusement un détail de l’environnement : extase. Et puis j’aime, et le temps s’accroît, enfle, dans un souffle déformé tel une bulle de savon irisée.

Impatient, je n’ai pas le temps, je ne tue pas le temps, mais, entre bon temps et temps mauvais, je nage à contre-temps, tout le temps. A ce jeu pas « d’au temps pour moi », ni de deuxième temps, avant le seul temps mort contre le temps, je vivrai avec mon temps jusqu’au dernier temps, sans avoir pris la mesure du temps : je n’aurai duré qu’un temps, à plein temps.

temps# raymonddevos#