13/12/24

Cher Ami,

Être un individu perdu dans la foule me convient, ni gris, ni couleur de muraille, réservé pour n’être qu’entre – aperçu ; héritage petit bourgeois « pour vivre heureux vivons cachés » : pas reluisant ! Mais sans culpabilité ni remord, j’y trouve la liberté d’exister sans avoir à être à la hauteur d’une attente quelconque ; un serein manque d’audace à la recherche d’une ligne de conduite, désir et éthique.

Que faire de mes dix doigts et de cette capacité médiane à réfléchir ? Dans un contexte d’une rare complexité, gagner en efficience m’obligerait à m’enrégimenter dans un domaine, ou un groupe ; inclination et expérience m’ont rendu allergique aux manipulations conséquences du parti pris. Témoin, j’y perdrais mon reste de liberté et de clairvoyance, contrarierais mon scepticisme. Contraint à l’isolement, je furète tous azimuts, me confronte aux amis, souvent opposants ; je poursuis mes doutes, multipliant escabeaux et béquilles.  

J’aime à observer l’actualité et ses problématiques, le plus souvent cul par-dessus tête ; je cherche aussi la place de l’autre. Quel autre ? Combien d’autres ? Quel équilibre entre autocentrisme inévitable et dispersion enivrante ? Avec la distance et l’âge, quelle lecture, modeste mais pertinente, de ce monde brutal et inconséquent pourrais-je laisser à mes enfants, et à leurs enfants ? 

Je confesse que, voyageur insensé, j’ai trouvé mon port d’attache ; ma partenaire et moi avons construit une maison qui, par un heureux hasard, nous ressemble : large et claire, ouverte à tous les vents, au creux d’un val du semi-aride tropicale, et à quelques lieues du centre-ville d’une grande ville de province. La construction est ancrée au milieu d’un jardin gagné sur le maquis à l’impression de bout du monde. J’y cultive l’observation et l’oisiveté : découverte et ressourcement.            

Une forme de paresse, m’envahit à l’heure de comprendre et d’utiliser les réseaux sociaux … Sans être résistant à cette nouveauté, je ne suis pas pro actif, tout au plus suiveur. Je procrastine l’objectif d’une diffusion efficace.

La lecture traditionnelle, livre en main, est ma tasse de thé.

06/12/24,

Cher Ami,

Le migrant, coupable de tous les maux, est menacé de « déportation » par Donald Trump aux USA, pays d’immigrés par excellence. La Déclaration Universelle des Droits de L’Homme (1948) article 13 affirme : « Toute personne a le droit de circuler librement et d’être libre de partir et de revenir dans son pays ». 

Contre la loi du plus fort, les barbaries, et leurs accommodations cyniques, à l’opposé du spectre des relations possibles entre individus, groupes, états, nations un concept récurrent au nom variable : entre autres, la fraternité de l’Église originelle, universelle avec St Thomas d’Aquin (XIIIème), devenu « L’Humanisme des Lumières » (XVIIème), aujourd’hui « L’universalisme latéral » de Souleymane Bachir Diagne.

L’occident renie l’humanisme dont il prétend être l’inventeur ; la doctrine revient avec S. B. D., philosophe sénégalais, ancien de Normal Sup (élève de Derrida et Altusser), professeur à l’université Colombia. Soufiste, disciple de Mohamed Iqbal qui écrit “Si l’imitation était chose bonne, le Prophète aussi aurait suivi la religion des Pères” , il affirme à son tour que la pensée religieuse doit être vue dans une dynamique créatrice obligeant à l’interprétation. Influencé par le marxiste franco-égiptien Samir Ami matérialiste historique et par Bergson, il atteste que la vie est “Nouveau” : sa fidélité à la religion se trouve dans la sortie de celle du père, pour ne pas être une religion de morts, génèrant la mort.

Pas plus d’Universel propriété de l’occident, mais des “universalisables” partagées ; il emprunte à Merleau-Ponty “l’universel latéral”, pour conspirer ensemble à la construction d’un Universel où les parties sont sur le même pied d’égalité à la recherche d’une humanité. Un humanisme-action politique : “désocciddentitaliser pour universaliser” Alioune Diop. Pas un rêve mais un appel à agir contre les inégalités, économique et d’estime humaine, dans les nations et entre elles : une réciproque considération équanime source de progrès. « On ne nait pas humain, on le devient » conclut SBD. 

L‘Armée Française de Libération de De Gaulle (1943/44) est composée à 75% d’étrangers.

29/11/24,

Cher Ami,

Violence et brutalité sont quasi synonymes ; le premier marqué d’excès, le second de rusticité. Mais pour revanche et vengeance, s’ils ont la même origine sémantique, le sens diffère. Revanche exprime la volonté de rendre la pareille (en bien ou en mal) visant l’équivalence : lexique des jeux et du sport l’utilise, confrontation sans fin à la recherche d’une « belle » hypothétique. Vengeance a le sens de punir, d’où venger son honneur ; l’offense inclut une dimension morale, la punition alors exclut l’équivalence avec l’acte originaire. La démesure est donc moralement possible et, à terme, l’élimination de l’offenseur. Le désir de vengeance a des racines profondes, noueuses, inexprimées/inexprimables. Escalade de violences mortifères en perspective…

Un préalable, la « solution » est toujours en devenir ; l’humain est l’aristocrate du vivant par sa volonté consciente d’exercer ses capacités, bagarre interminable, pour une vie meilleure dans un contexte mouvant.  

L’apartheid est mise en place en 1948 en Afrique du sud : Dirigeant de l’African National Congress Nelson Mandela, inspiré par Gandhi, prône « la désobéissance civile » quand, en 1952, il est emprisonné avec 8500 manifestants. Après le massacre de Sharpeville en 1960 (69 morts), Mandela crée le MK, branche armée pour le sabotage de lieux symboliques sans perte humaine. En 1962, il intègre une liste nationale de terroristes ; incarcéré, il est condamné à la détention à perpétuité. Après 18 ans de travaux forcés, en 1985 encore emprisonné, il commence à négocier la fin de l’apartheid. Libéré en 1990, il fait un discours pour la conciliation. Élu président de l’Afrique du Sud en 1994, il proclame sa volonté d’une « nation arc-en-ciel en paix avec elle-même et avec le monde », et complète « il n’y a pas de voie facile vers la liberté » et la lutte contre la pauvreté et les discriminations.

Exemplaire, il a pendant ses années de prison tissé une relation de proximité avec son geôlier blanc Afrikaner : « Car être libres, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres. »