Cher Ami,

Violence et brutalité sont quasi synonymes ; le premier marqué d’excès, le second de rusticité. Mais pour revanche et vengeance, s’ils ont la même origine sémantique, le sens diffère. Revanche exprime la volonté de rendre la pareille (en bien ou en mal) visant l’équivalence : lexique des jeux et du sport l’utilise, confrontation sans fin à la recherche d’une « belle » hypothétique. Vengeance a le sens de punir, d’où venger son honneur ; l’offense inclut une dimension morale, la punition alors exclut l’équivalence avec l’acte originaire. La démesure est donc moralement possible et, à terme, l’élimination de l’offenseur. Le désir de vengeance a des racines profondes, noueuses, inexprimées/inexprimables. Escalade de violences mortifères en perspective…
Un préalable, la « solution » est toujours en devenir ; l’humain est l’aristocrate du vivant par sa volonté consciente d’exercer ses capacités, bagarre interminable, pour une vie meilleure dans un contexte mouvant.
L’apartheid est mise en place en 1948 en Afrique du sud : Dirigeant de l’African National Congress Nelson Mandela, inspiré par Gandhi, prône « la désobéissance civile » quand, en 1952, il est emprisonné avec 8500 manifestants. Après le massacre de Sharpeville en 1960 (69 morts), Mandela crée le MK, branche armée pour le sabotage de lieux symboliques sans perte humaine. En 1962, il intègre une liste nationale de terroristes ; incarcéré, il est condamné à la détention à perpétuité. Après 18 ans de travaux forcés, en 1985 encore emprisonné, il commence à négocier la fin de l’apartheid. Libéré en 1990, il fait un discours pour la conciliation. Élu président de l’Afrique du Sud en 1994, il proclame sa volonté d’une « nation arc-en-ciel en paix avec elle-même et avec le monde », et complète « il n’y a pas de voie facile vers la liberté » et la lutte contre la pauvreté et les discriminations.
Exemplaire, il a pendant ses années de prison tissé une relation de proximité avec son geôlier blanc Afrikaner : « Car être libres, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres. »