Soins palliatifs.


Mescon , RE:Union – A story of cancer in the family

Un bienfait n’est pas sans effets pervers. Les progrès de la médecine confèrent à leurs représentants un ascendant impérieux sur leurs congénères devenus objets de leur Science. Certains Docteurs emprunts d’un savoir-faire avec la vie, traitent la maladie en suivant les impératifs de la cure, en oublient l’être humain, son environnement et le respect de sa volonté.

Cruel !

Le sujet dans son unicité doit choisir les conditions de son futur, plus encore dans son ultime tour de piste. Le devoir du médecin est d’être à l’écoute de sa quête, à minima en deux temps : le moment du refus définitif de la lutte à tout prix pour survivre, accompagné d’un soulagement ; puis l’angoisse devant le saut attendu dans le vide de l’éternité, celui du repos définitif. Sans l’impossible pleine connaissance, cette décision est l’ultime geste d’amour de soi, de la vie : liberté et dignité humaine.

Autre aspect affligeant, celui des êtres chers à qui on refuse la possibilité de démontrer leur affection au proche au moment de l’Adieu : dernier bienfait humain que la main posée sur le bras, la caresse sur le visage, le baiser sur le front, la parole heureuse, la présence… Le corps du malade sent la vibration amie, le souffle de la vie l’anime, nostalgique… Or le règlement et le protocole élèvent parfois un vulgaire interdit, ou une grossière limitation d’horaire. Sans savoir l’heure du pas vers la glaciale éternité, le parent, l’ami, dans sa définitive singularité a soif de donner la chaleur de sa fragile proximité. L’ultime élan vers l’animal foudroyé par la vie, a son sens – avec sa part d’égoïsme -, quelqu’en soit la précarité. Une évidence humaine où la science peut ne pas trouver sa place.

La dignité humaine et la reconnaissance du libre choix des individus sont les limites du serment d’Hippocrate : l’assistance désirée au dernier souffle de vie n’est pas la mort provoquée, mais protection de l’intégrité et de la dignité de l’homme, in fine.

Les professionnels et le système de santé dont l’objectif est le mieux vivre de l’être humain ne peuvent refuser, dans l’extrême douleur, cette simple fraternité.

Antirépublicain.

Fred Romero, Paris – Place de la République

N. Machiavel a énoncé le bien fondé du cynisme en politique au XVIème : le propos d’E. M. en est un exemple maquillé de « Nouveau récit ».

Pro memoria, les droits de l’homme et du citoyen de 1789 sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression ; ils ont été repris dans leur intégralité dans la Déclaration Universelle de 1948 et dans la convention Européenne de 1950. Ces droits inaliénables servent d’introduction aux constitutions de la France de 1852, 1946 et 1958.

Quand E. M., Président de la République, garant de la constitution et des institutions, propose un nouvel équilibre entre droits et devoirs, l’annonce est suspecte : elle feint d’ignorer que la vie du citoyen est faite du devoir de se courber aux habitudes et aux mœurs, à d’innombrables règlements, aux lois et à la constitution, tous aussi flexibles que le glaive de la justice qui veille à leur respect. Anticipant le très probable deuxième tour, le candidat à la réélection chasse sur toute l’extension des territoires de la droite, et avec conviction affirme que « les devoirs précèdent les droits. » Non !

Les législateurs dès la Révolution tiennent à la Déclaration en exorde pour dénoncer une évidence : les rouages de la société sont d’un poids infiniment supérieur au simple individu, avec quelques rares exceptions. Avec le temps, les institutions et les entreprises travaillent en priorité à leur survie, à leur justification, ne laissant au citoyen lambda, sans réels moyens de confrontation, que l’alternative de la soumission en contrepartie d’une vie médiocre. 

Héritière du siècle des lumières, la République Française s’est prémunie d’un Rappel : la constitution et les lois sont au service de l’être humain dans sa fragile unité originale, préambule qui l’oriente. Les Droits de l’Homme et du Citoyen précédent et préexistent, orientent les lois.

Dire que les devoirs du citoyen précèdent ses droits est contraire à l’essence de notre démocratie, à l’esprit républicain que le président a le devoir de défendre. Nul n’est l’état, et le discours d’E. M. tient du révisionnisme républicain, de l’anti-républicanisme.

Mystification

Pierre-Narcisse Guérin , Phèdre et Hippolyte, 1815

Macron nous parle de « Nouveau récit », pour faire croire à un nouvel avenir. Usurpation d’un vocable au sens éloigné de feu la tradition orale et de la littérature : pas de nouvelle, de roman, de chronique ni même de mémoire ou de rêve. Le mot a une dimension politique imprégnée d’économie : le dirigeant retire de son chapeau une idée de progrès consensuel au lyrisme humaniste sous-jacent.

Après le discours millénaire des religions et assimilés nous assurant un au-delà meilleur que la précarité de notre quotidien, – asséné sans dispenser la violence -, les lumières nous ont promis l’âge de la raison, l’internationale et la lutte des classes le pouvoir au bon peuple, le tyran clairvoyant le bien-être à tous ceux qui se joindraient à lui, et récemment le néolibéralisme la tendance naturelle à un équilibre démocratique qui ferait le bonheur de tous. Dernièrement Mark Zuckerberg et ses alliés Microsoft, Apple, Amazon, Sony et autres Alibaba nous annoncent une réalité qui fusionne avec le numérique : un monde virtuel ou par avatar interposé nous vivrons un nouveau réel, chacun à sa mesure, à peine élitiste.

L’Histoire (que certains avaient bel et bien enterrée) réservent aux grandes idées la place d’une facette de notre gigantesque caléidoscope. Scientifiques et penseurs produisent des découvertes paradoxales : progrès réservés à une élite sans que les démunis n’en voient la couleur, récupérés à des fins commerciales au mieux, et/ou guerrières, mortifères.

L’homme politique français veut trouver un vrai leadership concédé de fait comme un pis-aller. L’effet de manche de sa rhétorique ne passe pas la rampe.

Un Nouveau Récit – « New Deal » -, serait une mobilisation planétaire née de la conscience de la responsabilité humaine dans notre nouvelle ère : l’Anthropocène. Le négationnisme des plus conservateurs ne saurait interdire le Rêve éveillé d’une Union contre l’ennemi commun, la Mort annoncée de la race humaine sur une planète gangrénée : tous les potentats économiques, politiques, sociaux, religieux/culturels devraient alors faire allégeance à cette nécessité absolue, tolérant les différences.