En passant…

La vie est énigme : objet de recherche scientifique, d’acte de foi, de démarche philosophique, de voyage poétique. La conscience de vie est le propre de l’être parlant, source d’angoisse existentielle ; incapable de se contenter de vivre, le langage l’assujettit à l’interprétation (incongruité comparée au reste de l’univers), à une distance pour mesurer, savourer l’instant et l’insondable.

Le génie supérieur de la vie se déjoue de notre condition. De l’intérieur il nous pousse à l’action, inspiration peu raisonnable, nous fait y croire maquillé d’égocentrisme ; de l’extérieur, séducteur jouant sur les cordes de nos sens, il nous tire, dans un irrécusable élan d’un vide à remplir, une soif à étancher. Tard l’insuffisance, la légèreté saute aux yeux, une odeur d’ineptie surgit.

Je saisis la pipe d’écume de l’aïeul pour retrouver un peu de ce temps qui passe, inhalé l’âcre des restes : satisfait d’avoir réalisé quelque chose et déçu d’en avoir raté tellement, modestie oblige.

Un besoin subjectif d’avancer m’a fait laisser derrière moi nombre d’amis, de parents. Infidélité, inconséquence. Dans mon tuyau, impatient, l’âge venant une associabilité se développe : de prêt personne n’est supportable, la tolérance diminue … La confession inclue, le regret de quelques proches historiques.

L’angoisse pousse à la conquête d’une connaissance de la vie : elle se limite à la découverte de ses algorithmes, le mystère demeure, s’éternise. Les brides successives de savoir, source d’une forme de progrès pour la race, nous suggèrent un univers à notre portée, un territoire à coloniser, à dominer. Avec un manque de clairvoyance brillant nous oublions que la vie est incommensurablement plus puissante. Nous jouons avec le feu d’une conquête aveugle.

La race humaine, dont je participe, est peu de chose. Après être né inconscient, sur le chemin du point final une sorte de conscience surgit, puis un détachement libère, soulage. Avec le temps l’Autre apparaît avec une petite clarté, dénué de sens ; le trouble reste irrémédiablement interne, être à peine une chose parmi un univers immense d’autres choses. 

Montgoméry

Le réel de la jouissance

Il n’y a plus intime, incoercible solitude, que l’irruption du plaisir ivresse conjuguée des sens et de l’intellect, volupté et joie. Majestueuse, la jouissance transporte dans un ailleurs majeur, événement innominé, rare délectation ; fugace, elle pince au cœur et délivre une subversion acide, loin de tous, un scintillement enchanteur. De l’impression grandiose à celle ténue, dans l’infini intérieur du corps, les variantes sont innombrables, et intranscriptibles :réalité humaine, savoir instinctuel.

Quand deux êtres humains, dans une sensuelle exception, partagent la même action, une illusion fantastique de communion se produit, mise en abîme au miroir de l’autre : deux voyages uniques et solitaires. La con-jonction demande un élan sublime et/ou une attirance irrépressible, nécessaires pour atteindre les sommets : une aspiration violente à combler un manque méconnu, pour décrocher la parcelle d’éternité de la petite mort. Post-coïtum, les amants sont sous le choc, muets, le partage verbal serait leurre : narcisse exaucé 

On approche aussi le petit infini du vivant par la méditation, la lecture d’une œuvre ou de vers, la contemplation du silence bruyant de la nature, une onirique dégustation sensuelle, ou par son refus : découverte lente, ou fugace d’une parcelle de vie ou de mort, d’où surgit une étincelle qui illumine l’être du clair-obscur d’un bien-être, paillette irisée intraduisible.

Le désordre intense survient d’une séquence irraisonnée, improbable, d’un mouvement instinctif qui fait choisir, renier un objet au milieu de milliards d’êtres, de choses, d’idées, d’alternatives. Puis greffé au choix, au renie, le développement d’une enthousiaste attraction se poursuit (Du durable fétichisme au passager coup de foudre, de sa possession à sa négation, du plaisir à la douleur.), d’un amour de présence ou d’absence de l’élément vivant, matériel, concept, illusion. Le couronnement est le lâcher-prise, l’abandon absurde sans frontière, plongeon au vide qui nous altère, conjugaison de foi athée et de gourmandise vitale ou létale, réel et impénétrable. Sans retour.  

Afghanistan.

Le revers majeur des derniers jours a ses racines dans le drame historique du 11/09/ 2001, les USA subissaient au cœur de leur territoire un viol télévisé, symbolique exemplaire : honneur à laver.

Mais les affamés, 30% de l’humanité*, ne devraient pas être outragés par l’absolu mépris du leader de nos sociétés occidentales.

La suffisance et l’inconséquence estadunisiennes apparaissent dans toute son horreur : la décision du départ des troupes américaines par deux présidents (Républicain et Démocrate) successifs, caractérise la posture politique de la très grande majorité des Yankees. L’histoire se répète, après avoir lavé l’honneur et résolu militairement un problème de sécurité interne, les neveux de Donald le transforment en fournisseur de 90% de l’héroïne mondiale et le livrent au chaos. Le chevalier Blanc est bouté hors des frontières par un peuple miséreux assuré de sa légitimité.

Une partie de la planète est un territoire à la merci d’un narcisse aveuglé. Après le Vietnam, l’Amérique central, l’Irak, le Liban, la Syrie, la Lybie… et de combien d’autres cas – Secrets d’état ! – d’ingérence violente dans les pays des plus démunis. Et Joe B. a la conscience tranquille ! Moi européen non.

  « La Vieille Europe » n’a pas de leçon à donner (Historiquement responsables, la France alignée sur la pointe des pieds, la Grande Bretagne vassale assignée etc.) mais pourrait saisir l’opportunité humaniste, unie autour d’une solidarité – Un rêve face au pouvoir du marché, du libéralisme aveugle !- avant que les vainqueurs d’aujourd’hui n’aient d’alternative que de se retourner vers leurs voisins autoritaires

Athée et démocrate, ma sympathie ne va pas aux Talibans. Mais leur désir de revanche face au complotisme nord-américain et leurs alliés fait sens. Des hommes et des femmes de civilisations millénaires vivent et pensent différemment : l’humanisme de l’U.E. doit aider au dialogue.

Le Capitalisme-libéral nord-américain piétine les Autres. L’Europe ne peut emboiter le pas de l’Oncle à la superbe paranoïa.

*Sous le seuil de pauvreté 10% de la population moins de 2$ par jour, 20% entre 2 et 5 $.