
La lune n’y est pour rien ! Le soleil encore moins. Légataire d’une troisième génération atteinte d’une forme de nomadisme, je déménageais.
Un désir à vau l’eau, un pseudo choix sans la mesure des conséquences, un projet porté par les circonstances sous influences multiples, essoufflé : pourquoi pas !?
Non pas louer un appart ou acheter où résider, mais choisir une aire et construire un rêve inavoué : une pensée inquiète pour une réalisation hiératique.
L’idée ne vient pas, elle advient, hors moi, hors du cours de mon parcours : une intruse. Rejetée de prime abord, elle m’enveloppe, m’embarrasse.
Prisonnier de la toile d’araignée de son évidence, je me débats dans le cheminement en volute d’un songe éveillé : comment désire vivre le sybarite au petit pied, que je crois être, avant qu’il ne soit trop tard ?
Le toit où loger ma solitude, caché à mi-distance, où retrouver mon unicité, assumer l’insignifiante incongruité du désir de laisser une trace.
Le refuge d’un couple encore énamouré, avec un grand feu pour réchauffer les nuits de froidure et repousser l’arrivée des ténèbres.
L’abri pour recevoir tout un chacun de ma famille, les amis tous les jours plus rares, les aléatoires copains parfois : petit comité et fête bon enfant.
Un volume large pour abriter les ombres nostalgiques, accueillir la lumière renouvelée du quotidien, les trop brefs printemps et les autres saisons qui s’allongent.
Un accueil presque anonyme, mélange de styles pour que chaque moment et chacun y trouvent sa place : une ample perspective pour s’y projeter, y respirer, s’y reposer, certaine.
Un domicile ouvert sur la joie apparente de la nature : une impression de bout du monde, une impasse sur l’infini, une symbolique primaire et bienfaisante, au risque de la banalité.
Un jardin tropical tempéré de semi-aride, un bosquet de taillis et basse futaie pour protéger l’intime, et savourer éclats et reflets du crépuscule au crépuscule.
