Découverte.

La lune n’y est pour rien ! Le soleil encore moins. Légataire d’une troisième génération atteinte d’une forme de nomadisme, je déménageais.

Un désir à vau l’eau, un pseudo choix sans la mesure des conséquences, un projet porté par les circonstances sous influences multiples, essoufflé : pourquoi pas !?

Non pas louer un appart ou acheter où résider, mais choisir une aire et construire un rêve inavoué : une pensée inquiète pour une réalisation hiératique.

L’idée ne vient pas, elle advient, hors moi, hors du cours de mon parcours : une intruse. Rejetée de prime abord, elle m’enveloppe, m’embarrasse.

Prisonnier de la toile d’araignée de son évidence, je me débats dans le cheminement en volute d’un songe éveillé : comment désire vivre le sybarite au petit pied, que je crois être, avant qu’il ne soit trop tard ?

Le toit où loger ma solitude, caché à mi-distance, où retrouver mon unicité, assumer l’insignifiante incongruité du désir de laisser une trace.

Le refuge d’un couple encore énamouré, avec un grand feu pour réchauffer les nuits de froidure et repousser l’arrivée des ténèbres. 

L’abri pour recevoir tout un chacun de ma famille, les amis tous les jours plus rares, les aléatoires copains parfois : petit comité et fête bon enfant.  

Un volume large pour abriter les ombres nostalgiques, accueillir la lumière renouvelée du quotidien, les trop brefs printemps et les autres saisons qui s’allongent.

Un accueil presque anonyme, mélange de styles pour que chaque moment et chacun y trouvent sa place : une ample perspective pour s’y projeter, y respirer, s’y reposer, certaine.

Un domicile ouvert sur la joie apparente de la nature : une impression de bout du monde, une impasse sur l’infini, une symbolique primaire et bienfaisante, au risque de la banalité.

Un jardin tropical tempéré de semi-aride, un bosquet de taillis et basse futaie pour protéger l’intime, et savourer éclats et reflets du crépuscule au crépuscule.

En passant…

La vie est énigme : objet de recherche scientifique, d’acte de foi, de démarche philosophique, de voyage poétique. La conscience de vie est le propre de l’être parlant, source d’angoisse existentielle ; incapable de se contenter de vivre, le langage l’assujettit à l’interprétation (incongruité comparée au reste de l’univers), à une distance pour mesurer, savourer l’instant et l’insondable.

Le génie supérieur de la vie se déjoue de notre condition. De l’intérieur il nous pousse à l’action, inspiration peu raisonnable, nous fait y croire maquillé d’égocentrisme ; de l’extérieur, séducteur jouant sur les cordes de nos sens, il nous tire, dans un irrécusable élan d’un vide à remplir, une soif à étancher. Tard l’insuffisance, la légèreté saute aux yeux, une odeur d’ineptie surgit.

Je saisis la pipe d’écume de l’aïeul pour retrouver un peu de ce temps qui passe, inhalé l’âcre des restes : satisfait d’avoir réalisé quelque chose et déçu d’en avoir raté tellement, modestie oblige.

Un besoin subjectif d’avancer m’a fait laisser derrière moi nombre d’amis, de parents. Infidélité, inconséquence. Dans mon tuyau, impatient, l’âge venant une associabilité se développe : de prêt personne n’est supportable, la tolérance diminue … La confession inclue, le regret de quelques proches historiques.

L’angoisse pousse à la conquête d’une connaissance de la vie : elle se limite à la découverte de ses algorithmes, le mystère demeure, s’éternise. Les brides successives de savoir, source d’une forme de progrès pour la race, nous suggèrent un univers à notre portée, un territoire à coloniser, à dominer. Avec un manque de clairvoyance brillant nous oublions que la vie est incommensurablement plus puissante. Nous jouons avec le feu d’une conquête aveugle.

La race humaine, dont je participe, est peu de chose. Après être né inconscient, sur le chemin du point final une sorte de conscience surgit, puis un détachement libère, soulage. Avec le temps l’Autre apparaît avec une petite clarté, dénué de sens ; le trouble reste irrémédiablement interne, être à peine une chose parmi un univers immense d’autres choses. 

Montgoméry

Des pierres et de l’eau.

La Soupe aux Pierres

Un conte tiré du folklore brésilien, à la sauce franchouillarde pour le plaisir de parler d’humanité simple et réelle. Hors temps, à lire recueilli au coin d’une cheminée, ou à voix haute dans les bois à une petite assemblée encore sensible aux charmes d’une vie lente et monotone.

La soupe aux pierres.