Cher Ami,

La bise nous fait recourir à une flambée dans l’âtre : conjugaison nocturne.
Après un apprentissage scolaire de l’allemand et de l’italien en France, adulte un élan peu rationnel me fait traverser l’équateur et l’Atlantique : 35 ans de Brésil.
Le bilinguisme est souvent issu d’un familial biculturalisme, sans renoncement, il crée une ambiguïté. Sans la profondeur du double héritage, ma plongée tardive dans un bouillon étranger différencie mon bilinguisme.
L’énoncé en langue maternelle ne dit pas grand-chose ; marqué d’affection et du temps qui s’évanouit, il implique une comme-union. La parole n’est alors qu’un support à l’échange ; le corps, le ton, le regard, les traits du visage, le geste, racontent un moment plombé d’histoire. Les réminiscences suggérées et palpables sont l’ancrage du labour connu d’un terroir qui ronronne. Cet acquis m’a donné le goût de l’étrange ; le français, m’offre un confort qui m’assure, et m’a fait désirer le saut vers l’étrangeté.
L’expatriation m’a choisi : attraction fantasmée d’une culture en devenir ; la liberté des corps et de la pensée s’y tiendraient à un métissage fondamental, audible dans la musique, visible dans l’allégresse des expatriés contre leur gré ; un souffle de magie syncrétique au pays de Descartes, une folie possible. Sans approche scolaire, plongé dans la réalité tropicale, mon corps a vécu en parlant, une migration vers la langue brésilienne. Quand l’amour m’a frappé j’ai franchi les frontières.
Je ne suis pas partagé entre deux univers, je vis une transhumance entre deux cultures, qui convivent, se superposent ; secoués par les aléas elles se mélangent comme l’eau et l’huile, sans qu’il y ait symbiose. Je me contorsionne au passage de l’une à l’autre dans l’échange des disques dures du registre. La gaité et le baroque de l’une mettent en relief les racines et l’érudition de l’autre, complexifient. Les mots se dépouillent, le choix devient difficile, l’écoute poétique.
Plus que français ou brésilien, je me sens un occidental frustré, faute de temps, je ne peux connaître, corps et âme, d’autres mondes. @silber.rene @rudianker
#bilingue #biculturel