
« La langue est ma patrie,
Et je n’ai pas de patrie, j’ai une matrie
Et je veux une fratrie »
Traduction non autorisée de Caetano Veloso.
Ces vers contemporains me parlent, tendent à un humanisme. Pas d’analyse de texte, mais un écho personnel.
Ma langue maternelle me fonde ; l’énoncé matriarcal abolit les frontières de la patrie. Trois tangentes idéalistes autour de ma bulle d’enfant privilégié tarabustent sans cesse mon scepticisme : la liberté, ivresse sans cesse à conquérir malgré soi ; l’égalité qui n’a tout son sens que devant la mort ; la fraternité, que je souhaite trans, je l’ai souvent imaginée et découverte à petite échelle.
Les trois vers parlent d’un héritage que je cultive. Les hommes de ma famille, en tête mon père et mes grands-pères, se plaisaient à répéter le dicton misogyne, « Il y a ceux qui parlent et ceux qui font ! ». Ingénieurs, ils excellaient dans l’action ; le dressage était leur domaine, la conversation affable celui de leurs épouses. Mon enfance a été bercée par trois générations de femmes et le refuge de la lecture : ces deux mondes m’ont façonné.
Parisien de naissance et pour une partie de mon enfance, je n’ai jamais ressenti d’appartenance : les saveurs d’autres climats ont miné la filiation patriarcale, m’ont gagné à la différence, au goût de l’étrange, à l’habitude du risque de la découverte. Sans renier l’héritage, je recherche la désorientation, l’accès à l’ouverture ; gain subjectif d’un laisser-aller, un lâcher-prise. Longtemps j’ai procuré le fortuit, tenté l’apprentissage d’une autre façon de vivre, d’une pensée nouvelle : cultiver la surprise de croire qu’au-delà des différences une fraternité humaine de tolérance est possible, jusqu’à l’illusion d’une mutuelle compréhension.
Naissance et ascendance m’ont donné des racines majoritairement gauloises ; des séjours à l’étranger et en province, la rencontre d’amis d’origines diverses m’a ouvert au transfrontalier. Je me sens européen, multiple et curieux d’autres cultures. La vie de la communauté planétaire m’obsède, sa problématique m’interpelle, fraternelle. Trente ans au Brésil m’ont gagné au métissage.