27/09/24,

Cher Ami,

La musique, instrumentale ou chantée, a en elle inutilité et fugacité : son immatérialité y aide. Quand elle atteint le subtile, j’aime à m’en envelopper pour voyager.

Contemporain, exemple d’épure et d‘apparente simplicité, Joao Gilberto (Pereira de Oliveira) compositeur et interprète, est le créateur à partir de la Samba de l’arrangement rythmique « Bossa Nova ». L’interprète y ajoute une note personnelle, imité jamais égalé. Il influencera le Jazz directement mais aussi grâce au charisme et au talent international de Carlos Antonio Jobim, « Tom Jobim ». Le premier est le fils d’un commerçant d’une ville modeste du nord de l’état de Salvador, Juazeiro, le second un fils de la haute bourgeoisie de Rio de Janeiro.

Joao Gilberto ne découvre pas par hasard la Bossa Nova, il cherche pendant plusieurs mois, probablement deux ans, l’inédit : rythme de la main droite, et harmonie parfois dissonante, plus que des notes, qu’il compléte par une mélodie indépendante chantée, presque libre de celle de la guitare acoustique et de sa battue : il délivre le souffle de sa voix sourde, presque sans reprendre sa respiration, qu’il contrôle d’une retenue minimaliste. Il peaufine à l’obsession phraser et toucher, imposés dans le silence de salles recueillies.

Sa personnalité comme son travail est dépassement d’une inspiration régionale portée au cosmopolite, de la samba de Bahia au jazz international : musique modale et tonale, profonde et légère, accords inusités à la fluidité vespérale pour une sobre cantilène nouvelle aux accents de standard. Il nous met en contact avec la racine métisse de la culture brésilienne traditionnelle, grave et allègre : ferveur délicate authentique, musique populaire austère à l’actualité permanente. Libre de préoccupation de marché et de mode, Joao Gilberto vivait sa musique : il se livrait avec elle pour la première fois.

Il fait l’unanimité, référence pour de nombreux auteurs- compositeurs, musiciens et interprètes actuels ; pour ne pas prendre le risque d’une liste exhaustive impossible et n’en citer que deux : Chico Buarque et Caetano Veloso, élève vertueux et disciple prodigue.