Antirépublicain.

Fred Romero, Paris – Place de la République

N. Machiavel a énoncé le bien fondé du cynisme en politique au XVIème : le propos d’E. M. en est un exemple maquillé de « Nouveau récit ».

Pro memoria, les droits de l’homme et du citoyen de 1789 sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression ; ils ont été repris dans leur intégralité dans la Déclaration Universelle de 1948 et dans la convention Européenne de 1950. Ces droits inaliénables servent d’introduction aux constitutions de la France de 1852, 1946 et 1958.

Quand E. M., Président de la République, garant de la constitution et des institutions, propose un nouvel équilibre entre droits et devoirs, l’annonce est suspecte : elle feint d’ignorer que la vie du citoyen est faite du devoir de se courber aux habitudes et aux mœurs, à d’innombrables règlements, aux lois et à la constitution, tous aussi flexibles que le glaive de la justice qui veille à leur respect. Anticipant le très probable deuxième tour, le candidat à la réélection chasse sur toute l’extension des territoires de la droite, et avec conviction affirme que « les devoirs précèdent les droits. » Non !

Les législateurs dès la Révolution tiennent à la Déclaration en exorde pour dénoncer une évidence : les rouages de la société sont d’un poids infiniment supérieur au simple individu, avec quelques rares exceptions. Avec le temps, les institutions et les entreprises travaillent en priorité à leur survie, à leur justification, ne laissant au citoyen lambda, sans réels moyens de confrontation, que l’alternative de la soumission en contrepartie d’une vie médiocre. 

Héritière du siècle des lumières, la République Française s’est prémunie d’un Rappel : la constitution et les lois sont au service de l’être humain dans sa fragile unité originale, préambule qui l’oriente. Les Droits de l’Homme et du Citoyen précédent et préexistent, orientent les lois.

Dire que les devoirs du citoyen précèdent ses droits est contraire à l’essence de notre démocratie, à l’esprit républicain que le président a le devoir de défendre. Nul n’est l’état, et le discours d’E. M. tient du révisionnisme républicain, de l’anti-républicanisme.