Les temps du temps (1)

Oliviers avec soleil jaune et soleil, Van Gogh

Premier temps, celui de l’enfance : il s’étire dans la placide lenteur de l’attente infinie d’un événement. La fratrie pollue l’espace dans la bulle : les nombreux autres envahissent mon territoire, exacerbent la frontière entre le mien et le leur, désordre sous la canopée… La confrontation incontournable et l’absence d’isolement génèrent une frustration innomée, doublée de l’espoir méconnu du monde adulte : insondable ! Quelques longs moments partagés sont parcourus d’une alégresse codifiée par les us et coutumes familiaux. Autre constance, le cycle des années m’entraine, jeune étranger mal accueilli, à repartir pour de nouveaux horizons : bringuebalé.

Subitement, au détour d’une saison, une vague d’anxiété me submerge, un désir non-identifié agite mon être sans altérer le cours du temps : une effervescence corporelle sourd…  La certitude d’un avènement majeur agite l’animal, mal à l’aise devant l’incongru de vivre, le non-sens de l’existence : fondamentale irritation ! Le refuge de la lecture, souvent, s’effondre devant des songes sans horizon : folie aigre, onanisme anéantissant, culpabilité insensée. Le ciel se charge d’orage sans le soulagement de l’averse ; face à la recherche de quiétude, une agitation exhaustive résulte en un sommeil lourd de fatigue physique. Temps bouleversé par la poursuite de solution dans un univers sans prise : enfermement.

Les murs se fissurent, une lente évolution colore le temps, accentue la forme des corps… La recherche de sens est masquée par la découverte du sentiment amoureux : attraction subite pour un autre paradoxal, à la complémentarité singulière. La conscience de vivre trouve une orientation. L’étrangeté sublimé s’allume d’éclats de bonheur et de douleur inconnus. Aux temps accélérés à en perdre le souffle succèdent d’autres suspendus, à l’aura de répits éternels ! La localisation d’un objet de désir, proche et insaisissable, à la douce odeur animale, à la saveur de fruit vert, aveugle comme la lumière à la sortie d’un tunnel, transcende. La révélation subjugue, le temps vole comme on attrape, au milieu d’une nuée, un papillon dans un filet.