L’insouciance adolescente change pour une aspiration à l’autonomie. L’adulte arrive de son pas de course contre le temps : les jours se succèdent, les semaines s’enchainent, les mois s’emballent, les années s’accumulent, les projets se multiplient… Satiété en perpétuel devenir, la réalisation aiguise l’appétit, génère de nouveaux désirs de découverte, de conquête, d’expérience, d’engendrement. Un appétit féroce me fait mordre dans la vie sous toutes ses coutures. Le temps défile comme le paysage d’un train à grande vitesse, vertige, jouissance accélérée. Les horizons sont dépassés dans un renouveau permanent, antidote préventif contre le questionnement.
Une lassitude apparaît, avec le temps les gains répétés perdent de leur acuité, de leur saveur, le chant des sirènes se confond avec le bruit de la société ; les lumières de la ville et son murmure importunent. Le domicile devient un refuge, je lève le pied sans chercher le frein ; l’élan des habitudes s’émousse, une envie d’autre chose, de plus sobre paraît. Un nouveau temps surprend au détour d’une perte, d’une désillusion : une conscience nouvelle comme un navire sur sa lancée à l’orée du port… Le temps du passé récent s’impose : son appréhension demande un lâcher-prise, crée des lapsus, des arrêts sur image. Je découvre un moindre antagonisme dans la relation : intérieur et extérieur se complètent ; toi et moi font couple.
Le temps du temps au temps acquis, advint le temps du passe-temps, sans lassitude et sans urgence, sans espoir, sans désespoir : une simple quête d’usufruit du présent. Les heures s’égrènent entre ciel et terre : je sirote l’instant dans toute sa plénitude, imagine la profondeur infinie de la seconde évanescente, une vie passe, s’espace. Cueillir la fluidité à portée de main : le regard enregistre la caresse du passager, l’ouïe s’abreuve du souffle de la rosée, un rêve accompagne le chant de l’oiseau inconnu… Affleurent souvenirs et réminiscences, le passé constitutif et le plaisir effronté du tissu qui s’effiloche dans la brise. Les yeux tournés vers l’amont du désir d’écrire, j’évite le vertige de la chute libre.
Solitude assumée.