
1 ou zéro : un progrès notoire pour installer l’informatique au centre de notre univers. Bien ou mal, mâle ou femelle, gagnant ou perdant, bourreau ou victime, aimer ou détester, vainqueur ou vaincu, le diable ou le bon dieu, juste ou arbitraire, riche ou pauvre etc. Nous avons installé dans notre mode de pensée des binarités simples, qui facilitent l’appréhension théorique, la mise en catalogue : efficace.
Notre culture occidentale a progressé techniquement et matériellement sous ce prisme inversé de la vie, et a élevé en référent majeur la monnaie : dénominateur commun des biens et des personnes. La gamme des couleurs s’est réduit à la lumière ou à son absence, la beauté est une valeur marchande, la poésie se confond avec la popularité : le propos est tranché, être ou ne pas être, la marge de doute est réduite.
Pas de contre-point évident à ce pragmatisme, au confort matériel, à la diminution des risques face aux adversités de la vie, à l’éducation et à l’information, pour les privilégiés : en deux siècles la population mondiale a été multiplié par 8 et l’espérance de vie par 2.
Plus difficilement mesurable le niveau de bien-être des êtres humains : les personnes sont différentes et leur vision, subjective, a évolué. Notre société crée des besoins sans discontinuer, génère en même proportion des frustrations.
Le judaïsme 10 ème siècle avant JC, et Platon 5ème siècle avant JC croient en « L’homme, la mesure de toute chose » ; puis les autres religions monothéistes nous ont persuadé de notre suprématie sur la terre : la planète et la vie sont passées au second plan. L’animisme et le polythéisme plus complexes, poétiques, ont été oubliés. L’occident voit l’homme au centre de l’univers et le reste aux marges. Le matérialisme, pragmatisme progressiste, nous fait oublier ce qui n’est pas immédiatement source de profit, d’argent. Le futur va nous obliger à ouvrir de nouveau l’éventail des couleurs et reconsidérer idées et valeurs préconçues qui se cachent derrière la binarité de nos jugements : une pollution intellectuelle nous aveugle.
Nous avançons comme un paquebot lancé à la surface d’un océan, fini, sans frein…