Cher Ami,

Mon futur s’amenuise, perd dans sa comparaison avec mon passé ; l’incertitude de l’échéance me fait savourer ce reste avec plus d’attention.
Solitaire embarrassé des doutes du non-sens de la vie, je suis mélancolie ; mes travaux d’écriture et l’échange avec quelques autres m’aident à la dépasser. J’élabore mon mal à vivre et quelques moments de bien-être, au fil d’une actualité extérieure et personnelle ; au gré des différences nait une fraternité.
De sources multiples, sans maitre ni vocation, j’ai choisi mon leurre ; j’aime à m’en saisir pour exister. Raison de vivre, écrire est à mes yeux quelque chose d’acceptable répondant à une double prétention : tendre, loin de l’originalité, à une communauté humaine, habillée d’un halo de beauté, d’un souffle de poésie. La marginalité de mon travail et le manque de reconnaissance garantissent ma liberté.
Je me méfie des idéaux et des concepts, tôt ou tard dépassés et pervertis, qui orientent la société ici et là ; dans un effort particulier je cherche à trouver comme une tranquillité, sans illusion, tendant à l’universel. Évitant de me mentir, je tiens à résister à l’impérialisme du capital qui enrégimente les êtres-humains et en abuse, à dégager une forme d’espérance : se battre contre l’instinct de mort dans ce monde où l’argent est le critère, et la vie est négligée. Les paradoxes me divisent, la légèreté, voire la cruauté de nos semblables me bouleversent.
L’intelligence et la liberté de penser, après être passées souvent sous la coupe du libéralisme, se voient maintenant assistées, demain dépendantes, après demain concurrencées para l’I.A. Angoisse existentielle : quelle humanité pour nos enfants et petits-enfants ? Quelle estime de soi ?
Devant cet inconnu, je me réfugie dans mes travaux d’écriture, et sa fraternelle confrontation ; fragile et têtu, incapable d’impartialité et attentif, je suis perplexe devant la beauté de la vie et l’incongruité de la mienne.
Aucune conclusion, une question sans réponse mêlée au désir de vivre : je regarde vers le haut de la falaise que j’ai choisie de gravir, modeste dépassement source d’éclat de bonheur.