Cher Ami,

Quelques jours passés avec mes petites-filles, m’ont confronté avec la marotte de la plus jeune, trois ans à peine : « Pourquoi ? » en ritournelle. Occasion de discuter quelques habitudes nécessaires, et pour elle d’affirmer un désir d’exister. Répétée à l’infini, la question agace. De guerre lasse ma réponse ne tarde pas : « Et pourquoi pourquoi ? » Ma jeune interlocutrice reste quoi. J’éclate de rire et la prends dans mes bras pour lui donner son bain : elle se laisse faire et rit à son tour … Education et culture intégrées accompagnent le genre humain : à la différence du règne animal, notre capacité innée (!?) à questionner nous fait évoluer.
La confrontation des coutumes héritées avec le « Pourquoi ? » ontologique revient tout au long de la vie. Nous savons répondre, souvent par personne interposée, à une foultitude d’autres questions posées sur la réalité perçue ou idéalisée : ces sources inépuisables de connaissances nous donnent l’impression d’être en passe de dominer la Question. Ces réflexions sont utiles à l’organisation sociale et intellectuelle, mais ne répondent à la question première : pourquoi la vie ?
Quelques millénaires et deux grandes voies tentent d’y répondre ; l’une, par un acte de foi donne aux foules un sens, voire un destin : sublimation aux modèles multiples prêts à les accueillir. L’autre est celle du non-sens absolutiste où l’homme, être vivant marginal à l’échelle de l’univers, doté d’une parole s’isole : mirage de la communication.
L’absurdité apparente de la vie tient à notre désir d’y trouver un sens ; des narratives variées … Mais si nous regardons notre environnement vivant non-humain, qui n’a pas plus de raison d’exister, il n’a pas, semble-t-il, de pourquoi ! Il se satisfait de vivre le mieux possible, dans une adaptation permanente aux événements. Laissant de côté notre fière conscience et son ethnocentrisme, une haute modestie peut imprégner notre passage dans l’univers : vivre serait profiter de la vie en égrenant les secondes, jouir consciencieusement, lucide quant aux artifices qui nous bercent.
Découvrir « L’origine du monde » ne lui donne pas de sens.