06/09/24

Cher Ami,


Beau vient de la même racine latine « Bonus » à la connotation largement morale dès Platon, idéalisé ; Saint Augustin (Vème siècle) et le néoplatonisme l’a ancré dans notre civilisation judéo-chrétienne. Le diminutif « Bellus » à l’origine du bel/belle veut dire joli : en langue classique, il est attribué aux femmes et aux enfants, ironiquement aux hommes. Pour eux le qualificatif est bon/bien dérivé de « bene », vertueux.

Au moyen-âge, la production artistique occidentale est le fait de l’Église. Le beau s’érige en regard de la morale de l’époque : vestige inter millénaire l’adoration macabre du Christ crucifié. Avec Saint Thomas d’Aquin et la Renaissance apparaît une représentation non religieuse des corps, de la nature : le beau est agréable à voir et à entendre, mais est fait d’estime « Beau-père, Beau-frère », éveille un sentiment de supériorité, voire d’admiration. Il est positif, « belle femme » ou « bel homme » synonymes de noblesse, au delà de l’apparence, tel un « bel esprit », sans dimension esthétique.

La poésie, le beau opposé au laid, est une construction de l’esprit humain, sensibilité et réflexion. Notre intelligence se construit avec des codes, la langue et le domaine des valeurs. Le réalisme politique de N. Machiavelli (XVème) débusque la morale apparente des dirigeants, la peinture de Rembrandt (XVIIème) abandonne la représentation du beau pour celle de l’humanité. L’athéisme subversif de Sade (XVIIIème), le naturalisme de Goya et Courbet (XIXème) repousse la relation entre bien et beau, né l’esthétique. Le XXème siècle, entre nihilisme existentiel et marché, abandonne le concept de Beau. Avec Nietzsche et la mort de Dieu, nous avons tué le Beau.

Aujourd’hui chacun est libre de trouver agréable, esthétique « bello » l’offre de son environnement, conscient des contraintes d’un référentiel aliénant.

La phrase de Baudelaire à propos de l’art m’oriente « La modernité, c’est le fugitif, le transitoire, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable ». L’expression dite artistique est un terrain d’exercice d‘ouverture, de tolérance pour l’humanisme.