27/06/25

Cher Ami,

Les braises sous la cendre de la veille, quelques pommes de pin et leurs aiguilles, et la cheminée de notre cuisine-salle de séjour redémarre cahin-caha.

La mort n’est pas de l’ordre de l’expérience ; le hasard m’a couché dans sa nuit sans fond. Loin de la petite mort de la jouissance extrême, un accident.

Je n’avais pas cinquante ans, la force de l’âge ; je prenais soin de ma santé, privilégiant une activité aérobique ; en fin de semaine, j’aimais nager une heure en mer. Un jour, malgré le drapeau rouge hissé à la vue d’une mer agitée, je conclus que le signal d’alerte vise les baigneurs.

Je plonge, anxieux de me mesurer aux forces de la nature. Le premier quart d’heure est pénible, un effort maximum, sans répit m’est demandé pour le passage de la barre ; je persiste, malgré une fatigue grandissante, j’espère après son franchissement trouver une accalmie, qui n’advient… A la limite de mes capacités musculaires, le souffle court, je me décide à battre en retraite, comptant sur l’aide du courant pour me ramener vers la terre ferme.

Épuisé, je surnage ; la mer m’entraine vers la plage. Exténué je vois les vagues s’écraser sur le sable à une dizaine de mètres, quand le rouleau de la barre me précipite vers un tréfonds violent où je suis terrassé : accablé, je perds le reste de mes moyens, démembré au milieu des tourbillons qui m’assomment, je désiste. Sans espoir, mes sens anéantis au milieu de forces qui me dépassent…Un reste de conscience, entre-aperçoit la fin : obscur tunnel révolté au fond d’une mer irréductible, je meurs étouffé sans souffrir ; j’élabore : « Quelle connerie de perdre la vie ainsi ! », revis une séquence accélérée d’images, ne regrette rien si ce n’est la décision fatale. « Dommage ! »

La mer en décide autrement : rejeté comme un bouchon à sa surface, j’avale une bassine d’air, puis une autre… quelques brassées plus loin, je marche à quatre pattes, reptile fuyant la mer prédatrice, pour atteindre le sommet du talus de la plage.

Effondré sur le dos, exténué, j’ai tremblé longtemps de tout mon être, vidé de sens et de désir : vivant brutalisé — un autre regard vers l’au-delà.